Raspoutine : retour sur les mystères de sa mort

Pèlerin, guérisseur, bête de sexe, gourou, nombreuses sont les images de celui qui murmurait à l’oreille des Romanov qui ont traversé les décennies.

L’historien français à l’origine de la biographie éponyme "Raspoutine" (2016), Alexandre Sumpf, revient sur le mythe : "Raspoutine est une fiction. Une fable partagée par des millions de Russes et de Soviétiques, puis par les sociétés occidentales qui l’ont transformé en objet de culture populaire."

Sa mort, survenue il y a plus de 100 ans, suscite encore aujourd’hui bien des fantasmes.

Dès le 1er janvier 1917, de nombreux quotidiens français, comme Le Petit Parisien, le Figaro, ou encore le Petit Journal, annoncent la mort du célèbre "moine fou". Pendant plusieurs mois, l’information reste cependant disparate et les circonstances du crime toujours aussi vagues.

Comment le conseiller et confident du tsar Nicolas II et de sa femme Alexandra Feodorovna a-t-il été assassiné ? Et par qui ?

Histoire d’un crime prémédité

Cette nuit du 16 décembre 1916 (le 29 décembre dans notre calendrier grégorien) marque l’aboutissement d’un plan élaboré depuis 2 ans. Les principaux complotistes sont Félix Ioussoupov, le neveu du tsar par alliance, un homme riche issu d’une dynastie de princes ; le Grand-duc Dimitri Pavlovitch, le cousin du tsar, époux de la princesse Irina et amant de Ioussoupov ; le Dr. Lazovent, à l’origine du poison ; Vladimir Pourichkevitch, virulent antisémite et député d’extrême droite à la Douma.

À cette époque, les protagonistes ne sont pas les seuls à vouloir la mort de celui qui murmurait [un peu trop] à l’oreille de ceux qui seront les derniers tsars. Plusieurs autres attentats sont déjà connus et programmés, notamment pilotés par l’adjoint du ministre de l’Intérieur. Le président de la Douma aurait lui-même lancé à l’assemblée "Ah, si seulement je n’étais pas si vieux" sous-entendant qu’il l’aurait bien tué de ses mains.

Cette nuit-là, le moine fou est emmené au palais pour, soi-disant, rencontrer la princesse Irina. En attendant celle-ci, Ioussoupov installe le convive dans une pièce de l’entresol. Quelques gâteaux et boissons – bourrés de cyanure de potassium – sont à sa disposition pour le sustenter.

Deux longues heures ne suffisent pas à faire agir le poison. Affolé, Ioussoupov lui tire dessus pendant qu’il a le dos tourné. Après avoir poussé un cri, Raspoutine tombe, et les 4 complices se rassemblent autour de lui pour constater le décès. De retour à l’étage pour discuter de l’avenir de la Russie, Ioussoupov redescend pour s’assurer de la mort du prophète. Au moment où il se penche sur son cadavre, Raspoutine se relève aussitôt et tente d’étrangler son assassin.

Au terme d’un combat féroce, Ioussoupov parvient à remonter prévenir Pourichkevitch qui poursuit Raspoutine en dehors du palais, et tire deux ultimes coups de feu. Le corps du Tsaret est jeté dans la Nera.

Quelques points d’interrogation

Le moins qu’on puisse dire, c’est que Raspoutine a, un long moment, semblé invincible ! Derrière cet épisode digne d’un roman policier se cachent pourtant quelques points d’interrogation.

Revenons à la première tentative d’assassinat : les gâteaux bourrés de cyanure de potassium à l’issue mortelle indiscutable. Des chercheurs se sont demandé : avait-il réellement mangé ces sucreries ? Dans quels verres avait-il bu ? Lazovert n’avait-il pas négligé les doses de poison ? L’effet du sucre n’aurait-il pas atténué celles-ci ?

L’autopsie attire également l’attention sur les deux derniers coups de feu tirés par Pourichkevitch : les marques corporelles révèlent l’utilisation de 3 pistolets différents. Certains ont avancé que Ioussoupov avait agi pour le compte des services secrets britanniques. En cet hiver 1916, la Grande-Bretagne voyait d’un mauvais œil ce conseiller du tsar, qui tentait de faire retirer les troupes russes du conflit mondial.

Néanmoins, la précision de cette dernière balle, tirée en plein milieu du front, était sans aucun doute l’œuvre d’un expérimenté. Plus récemment, les services de renseignement britanniques ont avancé la piste d’Oswald Rayner, un espion britannique.

Last but not least, l’autopsie a également révélé la présence d’eau dans les poumons du cadavre du diable saint. Eh oui, Raspoutine aurait été bel et bien jeté vivant dans l’eau. Malgré plusieurs tentatives, seule la noyade aurait finalement eu raison de lui !