Pourquoi parle-t-on d' "une autre paire de manches" face à une difficulté ?

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© Capture d’écran Youtube

De nos jours, l’expression "c’est une autre paire de manches", désigne "une toute autre affaire", lorsqu’on s’engage dans quelque chose de difficile. Par exemple, on peut dire grimper dans le Jura n’est pas facile, mais qu’escalader l’Himalaya, "c’est une autre paire de manche" !

S’il n’existe aucune certitude quant à l’origine de cette expression attestée au XVIe siècle, plusieurs éléments d’explication coexistent.

Issue du XVIe siècle, cette expression trouve son origine dans une pratique de la mode médiévale. En effet, les manches n’étaient pas toujours cousues définitivement et tenaient par des rubans ou des lacets. Ainsi, il était possible de changer de tenues selon l’humeur, la météo mais aussi l’activitéPasser d’une paire de manches à une autre signifiait donc que l’on allait faire des choses tout à fait différentes.

Dans une note du livre IV, chapitre 58, de "Tristan le voyageur ou la France au XIVe siècle", par Marchangy, on peut lire : "C’était la mode, sous le règne de Charles V, de porter une espèce de tunique serrée par la taille, et nommée cotte hardie, laquelle montait jusqu’au cou, descendait jusqu’aux pieds et avait la queue traînante ; mais pour les personnes de distinction seulement, outre les manches étroites de cette robe, on y avait adapté une autre paire de manches à la bombarde, qui étaient fendues pour laisser passer tout l’avant-bras, et qui flottaient à vide jusqu’à terre. Ces secondes manches coûtaient beaucoup plus cher que les véritables, peut-être parce qu’elles ne servaient à rien. On leur doit le proverbe : C’est une autre paire de manches."

Une preuve de fidélité

L’expression "une autre paire de manches" fait également référence au gage de fidélité. Lors des tournois, les dames avaient pour coutume de donner une de leur manche à leur chevalier, pour leur prouver leur amour. Les chevaliers leur rendaient cette preuve de fidélité en l’accrochant à sa lance.

Mais si cette histoire est bien réelle, son lien avec l’expression est douteux, car elle est incontestablement présentée comme familière, voire vulgaire au XVIIIe siècle. À moins que le contexte d’utilisation ait évolué entre le XVIe et le XVIIIe siècle, il est peu probable que l’expression ait eu un lien quelconque avec la galanterie de la noblesse.

Le linguiste et écrivain français Alain Rey affirme que "cette interprétation semble être le fruit de l’imagination anecdotique des commentateurs du XIXe siècle", ces derniers étant réputés pour avoir inventé de toutes pièces nombre d’explications étymologiques.

Un indice d’infidélité

Etonnamment, l’expression pouvait également exprimer une infidélité. Changer de manches, c’était changer d’amour. Les manches portées la vielle pouvaient soudainement perdre leur valeur le lendemain. Un vieux dicton populaire est d’ailleurs venu confirmer cette explication : "On se fait l’amour, et quand l’amour est fait, c’est une autre paire de manches."