Pourquoi George Sand s’est-elle appelée ainsi ?

Amantine Aurore Lucile Dupin de Francueil, voilà comment s’appelle réellement la célèbre romancière, dramaturge, épistolière, critique littéraire et journaliste française. Un nom qu’elle choisit, pour différentes raisons, de troquer contre un pseudonyme qui restera célèbre : George Sand.

Le 2 mai 1832, à Paris, la critique littéraire salue la sortie du roman "Indiana". Tirée à 750 exemplaires, cette critique de la vie bourgeoise sous le règne de Louis-Philippe Ier est signée d’un certain George Sand.

Contrairement à ce que suggère le nom, elle est une femme, et pas n’importe laquelle : Amantine Aurore Lucile Dupin, née de l’union entre Maurice François Élisabeth Dupin de Francueil, arrière-petit-fils de Frédéric-Auguste de Saxe, roi de Pologne, et Marie-Aurore de Saxe, la fille naturelle du Maréchal de Saxe.

Un pseudonyme d’abord provisoire

Avant George Sand, il y eut d’abord J. Sand. Ce premier pseudonyme est en réalité un raccourci de Sandeau. Jules Sandeau est un romancier que l’auteure commence à fréquenter dès 1830.

Les deux amants veulent écrire ensemble pour vivre de leur plume. C’est ainsi que "Rose et Blanche, ou la Comédienne et la religieuse", marque le début de leur collaboration en 1831, et est signée J. Sand.

En gardant l’anonymat, la jeune femme préserve ainsi le nom de la famille de son mari, François Casimir Dudevant.

Sceptique quant à sa relation amoureuse avec Sandeau, elle sort son premier roman en solitaire, "Indiana", en 1832. À la demande insistante de son éditeur et grâce à l’intervention d’un ami, l’œuvre est signée G. Sand, puis George Sand. Le choix de "George" n’est, quant à lui, pas sans équivoque : "l’étymologie grecque de George renvoie à 'celui qui travaille à la terre' et il est certain que l’auteur, dans le choix de son prénom, désirait ardemment être reliée à la campagne de son cher Berry", lit-on dans cet article de France Inter.

Beaucoup l’ignorent mais, en français, George désigne en réalité la formule féminine du prénom masculin Georges, avec "s".

Prendre la plume quand on est une femme

Au siècle de George Sand, nombreuses sont encore les femmes à la belle plume cachées derrière des signatures masculines. C’est ainsi que Jeanne Loiseau signe Daniel Lesueur et que Gordon Daviot s’appelle en réalité Elizabeth Mackintosh.

Une pratique encore d’actualité qui, aujourd’hui, s’explique par d’autres finalités que par le sexisme pur et simple. Comme l’explique cet article de la BBC, les choix de Joanne Rowling (nom de plume Robert Galbraith) étaient également motivés par le désir d’anonymat et la création d’une nouvelle identité.

Malgré leurs motivations propres, ces auteures, au XIXe siècle, sont néanmoins liées par un point commun : "le processus de reconnaissance du monde lettré et d’avènement à la publication en passe par une figure masculine, fictive ou non, qui parraine l’entrée dans le champ littéraire" (Source : David Martens, "Un mode de signature minoritaire")

Ce serait mentir que d’affirmer que George Sand n’avait de masculin que son nom. Habillée en homme et fumant le cigare, la romancière dresse le portrait d’héroïnes scandaleuses qui participent à sa réputation de femme révoltée.

Du côté des plus humbles

Amantine Aurore Lucile Dupin de Francueil est un nom peu convaincant pour la femme indépendante et engagée qu’était George Sand. Derrière son apparence bourgeoise, la militante veut être auprès des pauvres, des exclus et des femmes.

Comme l’avait expliqué Roger Bellet, les femmes de nom noble, au XIXe siècle, faisaient parfois le choix d’un pseudonyme par crainte de passer pour un "bas-bleu", c’est-à-dire, d’être stéréotypée comme la femme de lettres.