Plus jamais ça Francis Lalanne !

L'actualité culturelle vue par Yakana
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L'actualité culturelle vue par Yakana - © RTBF - Yakana - 2015

Le chanteur Francis Lalanne a déclenché une cascade de critiques et de sarcasmes suite à la parution de son clip " Plus jamais ça ". C'est un homme blessé qui a accepté de nous rencontrer pour nous ouvrir son cœur et son esprit.

 

Francis Lalanne, le clip et la chanson de " Plus jamais ça " ont une histoire. Expliquez-nous cela...

Francis Lalanne : Tout à fait. C'est une chanson de 2003 qui s'appelait alors " Ouvrir son cœur ". Puis nous avons réalisé ce magnifique clip en 2009. Et aujourd'hui, c'est le producteur qui a eu l'idée de ressortir la chanson, sous le titre de " Plus jamais ça ".

Parlons de ce fameux clip. On vous y voit jouer du piano avec des lunettes de soleil devant un paysage de désert. Et on a également droit à des images de migrants, ainsi qu'à des plans en 3D de l'intérieur du corps humain. Et... euh... euh...

Je comprends. L'émotion te prend à la gorge. C'est normal. Viens avec moi, on va aller prendre un arbre dans nos bras et retrouver nos racines. Viens ! Viens, je te dis !

Ben... Euh... Là, on est en pleine ville, Francis.

Mais libère ton esprit ! Ouvre ton cœur ! (Il bondit du fauteuil. Un piano descend du plafond. Il s'y assied et se met à chanter) " Ouvrir son coeur... Et son esprit... Ouvrir les frontières de son pays "

Oui. Merci Francis...

" Je ne veux plus voir tous ces gens mourir sous les roues d'un train partant pour le pays qui ne veut pas les recevoir. "

Merci Fran...

" Je ne veux plus voir ces troupeaux d'humains dériver sur ces bateaux sous le regard de ceux qui ne veulent rien voir "

Merc...

" Je veux chanter ces mots d'enfants à vous messieurs qu'on nomme grands. "

MERCI FRANCIS!!!

Tu me demandes d'arrêter ? Je comprends. La puissance émotionnelle du morceau te prend aux tripes. Je comprends tout à fait. Tu vois ? Moi, je pleure. Il n'y a pas de honte à pleurer, tu sais. Pleure avec moi, l'ami. Sois mon compagnon de larmes.

Le sort des migrants vous émeut à ce point ?

Non, je pleure surtout devant la beauté de mes paroles. (il bondit du fauteuil et se jette sur le piano) " Quand on est grand on ne peut pas ne pas savoir. Savoir ces femmes et ces bébés qui n'ont même plus d'eau pour pleurer "

Oui. Merci Francis...

" Car il y a assez d'argent assez de terre pour tous les gens. Car il y a assez de temps pour que demain soit maintenant " C'est beau, hein ? C'est ça, la poésie. Ah merde ! Je me suis coincé la cuissarde dans le pédalier.

Vous voulez un coup de main ?

Non, ça va. C'est des nouvelles cuissardes, elles montent un peu haut, il faut que je m'habitue. Hier, je me suis coincé une couille dedans. Je parlais de quoi ? Ah oui, la poésie. C'est ça qui est magnifique avec une chanson. Tu peux résumer tous les problèmes du monde en trois minutes, et y apporter les solutions.

Vous pensez que c'est aussi simple ?

Bien entendu. Sinon, je ne le ferais pas. Tous ces grands qui se font appeler messieurs, ils ne font rien depuis des années. Alors que la solution, comme je le dis si bien dans le morceau, c'est qu'il y a assez d'argent et assez de terre pour tous les gens.

Oui. Voilà...

Je veux dire par là qu'il y a assez d'argent et assez de terre pour tous les gens.

Oui, oui, j'avais compris.

Et donc, il suffit de donner cet argent et cette terre à tous les gens, et il n'y aurait plus de problèmes. Je ne comprends pas pourquoi on ne le fait pas, bordel !

Je ne comprends pas non plus.

Et tu sais c'est quoi, le pire ?

Votre chanson ?

Le pire, c'est qu'ils le savent, tous ces grands messieurs. Ils le savent ! Vous ! Vous, ronds de cuir ! Où est la caméra ? Où est la caméra ?

C'est une interview pour le net, Francis.

Pour le net ? Vous ! Vous, ronds d'internautes ! Où est la webcam ? Où est la webcam ?

Non, c'est une interview écrite, Francis.

Où est la GoPro ? Où est la GoPro ?

Non. Ecrite, Francis !

Où est l'iPad ? Le Smartphone ? Mais donnez-moi un support pour que je crie ma colère aux grands messieurs, bordel ! (il se jette sur le piano) " Vous ! Vous, les puissants. Vous, vous qui êtes impuissants. Et nous ! Nous les passants. Nous, nous qui sommes les impatients "

C'est beau.

Je sais. Je viens de l'écrire. C'est ça la poésie. Je suis rien qu'un poète, tu sais. Un troubadour. Un ménestrel. Et surtout, je suis un pacifiste. Mes seules armes sont mes mélodies.

Vous comprenez ceux qui critiquent les paroles de votre chanson ? Qui disent qu'elle est plate ?

Je suis un pacifiste. Je leur réponds avec tout mon amour.

Qu'elle est premier degré ?

Je ne suis qu'amour et paix. Peace and love, brother.

Et que le clip est consternant de mauvais goût

(il bondit du fauteuil) Je suis un pacifiste, connard ! Qu'est-ce que tu veux ? Hein ? Tu veux qu'on se batte ? Mais viens ! Viens, bordel ! Je suis un SDF de la vie, moi ! Je me balade avec ma guitare et mes chansons dans le monde ! Je me loge chez qui veut de moi ! Tiens : tu vois mon poing ? Eh bien, là, il a envie de se loger dans ta gueule.

Oui, oui, ça va, calmez-vous. On vous sent peu enclin à la critique.

La critique... (il bondit du fauteuil et se jette sur le piano) " Eux, ce sont les critiques. Ceux qui crient et qui tiquent. Nous, nous sommes les troubadours. Ceux qui trouent les bas de Dour... Euh... " Je dois encore la travailler un peu, celle-là. Je me rassieds.

Vous êtes sûr ? Comme vous passez votre temps à vous lever...

Justement, c'est pour mieux bondir. Ça fait mieux ressortir ma colère d'enfant. Et surtout, ça donne mieux devant la caméra.

C'est une interview pour le net.

La webcam.

Une interview écrite.

La GoPro.

Dernière question. Pourquoi le producteur a-t-il changé le titre de départ, " Ouvrir le cœur ", pour le changer en " Plus jamais ça " ?

Parce qu'il a vu le clip et qu'il s'est exclamé spontanément " Plus jamais ça " !

Merci Francis.

(il bondit du fauteuil et se jette sur le piano) " Merci. Un simple mot qui dit tant de bonheurs. Merci. Pour lutter contre la haine, l'aigreur. Merci. Mais aussi une praline fourrée à la liqueur. Merci. "

 

Christophe Bourdon

Ndr : Toute ressemblance avec le vrai Francis Lalanne serait vraiment, mais alors là vraiment fortuite!