Louis XIV va-t-il réellement laisser place à Louis 14 ?

Mi-mars, on apprend sur la toile que le musée Carnavalet à Paris aurait l'intention de remplacer les chiffres romains par des chiffres arabes sur certains supports d’œuvres. Une nouvelle qui a suscité un vif émoi et (re)lance le débat.

Chez les plus nostalgiques, on comprend une "solution de facilité" pour élargir le public. Pire, certains évoquent l’abandon d’une partie des racines latines de l’histoire européenne.

"Catastrophe culturelle", "stupidité", "fléau du politiquement correct", la presse italienne, elle, ne mâche pas ses mots. Il Messaggero dénonce "Louis XIV deviendra Louis 14" ou encore le Corriere della Sera s’insurge "D’abord, on n’enseigne pas les choses, ensuite, on les élimine pour ne pas mettre mal à l’aise ceux qui ne les connaissent pas".

D’autres tempèrent leurs propos en rappelant que le British Museum et le Louvre avaient déjà, quelques années plus tôt, abandonné ces chiffres romains pour les siècles.

Alors… vrai ou faux ?

Dans sa chronique sur France Culture, l’historienne Anaïs Kien explique : "Quand on pose courtoisement la question à l’équipe du musée Carnavalet, on nous explique que les chiffres romains n’ont jamais été bannis. Ils seront bien présents à sa réouverture au printemps sur les cartels et les documents d’accompagnement. Les deux systèmes de numérotation se côtoient et se répondent dans une tentative de ne plus séparer les publics, avec l’ambition que la visite au musée soit partagée par toutes et tous quelle que soit sa génération, son âge, son niveau de connaissance historique, sa culture nationale ou sa situation de handicap."

Elle poursuit : "Un projet d’accessibilité à l’histoire plus généreux que la mesquinerie des commentaires haineux qui s’abattent en pluie sur une rumeur ridicule si elle n’était pas si violente."

Néanmoins, le débat est lancé

Bien que les faits aient manqué de nuance, la polémique a bel et bien lancé le débat : faut-il garder ou non ces chiffres romains ? Cet article du Monde du 25 mars reprend les trois arguments principaux avec, pour chacun d’eux, un contre-argument.

Le premier argument, utilisé par le musée Carnavalet notamment, est celui de la compréhension : la suppression des chiffres romains consiste surtout en "une mesure d’accessibilité universelle" visant à faciliter la compréhension des personnes en situation de handicap mais aussi celle des visiteurs étrangers peu familiarisés avec la culture. À ceci, les "contre" répondent que le musée est – et doit rester – un endroit de stimulation intellectuelle.

D’autres voient dans le maintien des chiffres romains une hypocrisie sans nom : en effet, ce système de numérotation n’est utilisé que dans des cas bien précis et reste complètement absent du langage quotidien. Le contre-argument précise, au contraire, que les chiffres romains ont pourtant bel et bien toujours la cote, puisque les éditions du Super Bowl sont encore numérotées en chiffres romains.

Enfin, si les modernistes voient dans le maintien des chiffres romains le creusement des inégalités scolaires, les plus traditionnels évoquent au contraire un jeu mathématique stimulant et simple puisqu’il a traversé les siècles sans encombre.