Les Ateliers de Couthures : remise en question des médias et journalisme politique

Du côté du pôle “Informer à l’heure de la post-vérité” du Festival du Journalisme Vivant à Couthures-sur-Garonne, le samedi était consacré à la critique des médias. 

 

La première table ronde de la matinée voyait à nouveau Pierre Haski, le président de Reporters sans Frontières comme médiateur d'un débat prometteur. Il était accompagné, pour nourrir le débat de Xavier De la Porte, journaliste chez France Culture, Samuel Laurent, le rédacteur-en-chef des Décodeurs du Monde, Antonio Casilli, le sociologue du numérique vu hier dans un passionnant exposé sur l’industrialisation des fake news, Dominique Trudel, chercheur et professeur en communication et Nassira El Moadem, rédactrice-en-chef du Bondy Blog. La critique des médias est-elle constructive pour les médias ? Le problème que souligne Dominique Trudel est un basculement du but de la critique des médias, qui n’est plus du tout bienveillante et qui peut d’ailleurs prendre plusieurs habits. Elle peut venir du public, qui se permet davantage de critiquer à l’heure du numérique avec la facilité à commenter, mais elle peut aussi venir des confrères, qui sont dans la concurrence, ou encore des sociologues, qui ne proposent pas vraiment de solutions. Le problème avec les médias qui ont été très fort critiqués, c’est que les journalistes se seraient repliés sur eux-mêmes, ne s’interrogeant que peu sur leurs pratiques. Si il existe des sites d’informations comme le Bondy Blog qui a à coeur de contre-enquêter, ce n’est pas du tout le cas de tous les médias. Les journalistes, qui ont des impératifs d’urgence, qui doivent produire toujours plus toujours plus vite, tombent souvent dans la facilité, en appelant toujours les mêmes intervenants, en n'allant pas creuser sur certains sujets etc. Le problème avec le métier de journaliste est qu’il est peu connu dans ses pratiques et que les chartes qui quadrillent les pratiques de la profession ne sont que peu connues. Il y a ici un chantier à débuter : le public doit s’éduquer aux médias et les journalistes se remettre en question, et ne céder à aucune pression.

 

Hélène Bekmezian a ensuite été invitée par Pierre Haski pour débattre du journalisme politique d’aujourd’hui. Elle qui est la rédactrice-en-chef adjointe au monde.fr et auteure du livre “J’irai dormir à l’Assemblée”. De manière très abordable et avec beaucoup de recul, la journaliste aborde son métier et admet que le journalisme politique n’est plus au fait de la vie des gens mais simplement un journalisme de sources. Un journaliste politique s’adresse davantage aux gens qui lui ont donné des informations qu’à son lectorat finalement. Le journaliste politique est souvent de connivence avec les hommes et femmes politique et ne veulent pas les froisser. Il y a une absence de remise en question assez effrayante. Hélène Bekmazian admet que la solution serait de se rapprocher de la vie des citoyens, de faire du terrain, d’aller côtoyer les électeurs et les élus locaux plutôt que d’accepter les dîners avec des élites politiques parisiennes. Pour la journaliste, il faudrait aussi davantage écouter les lecteurs qui interviennent en commentaires pour permettre de se remettre en question. Il faut simplement que les journalistes politiques se rendent compte de la réalité des choses, pour ne pas tomber des nues à certaines élections. 

 

 

Le site des Ateliers de Couthures.