Le saviez-vous : Salvador Dalí avait été rejeté des surréalistes

En mai 1939, l’exclusion de Salvador Dalí du mouvement des surréalistes est révélée par son chef de file, André Breton.

Pour différentes raisons, les contemporains surréalistes de l’artiste espagnol auraient soupé de l’excentricité et de l'attitude provocante de cet artiste catalan qui marquera pourtant l’art moderne.

Dalí chez les surréalistes

Fervent disciple du style renaissant italien, Dalí fait la rencontre du surréalisme dans la seconde moitié des années 20, et s’essaye à plusieurs techniques telles que l’automatisme ou l’incorporation de matériaux.

Si le Catalan n’est encore affilié à aucun groupe, Joan Miro l’introduit auprès de représentants tels que René Magritte, Man Ray, Tristan Tzara ou encore Paul Eluard sans oublier André Breton.

L’artiste commence alors à s’intéresser aux fantasmes issus de nos rêves et nos peurs, il savoure l’idée d’une image qui puisse choquer l’esprit et fasse réfléchir les spectateurs.

Meneur du mouvement à Montparnasse, André Breton définit le surréalisme comme étant "l’automatisme psychique pur par lequel on se propose d’exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée, en l’absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale".

À travers des thématiques telles que la mort, la sexualité, le dégoût ou encore l’inconscient, l’artiste réussit à exprimer davantage ses obsessions et conflits internes.

En 1929, à Paris, à l’occasion de la première exposition personnelle de Dalí, Breton annonce officiellement l’adhésion de celui-ci au mouvement surréaliste. En peu de temps, le Catalan devient un des meilleurs représentants du surréalisme.

L’affaire Dalí

Bien que membre du mouvement, le Catalan n’arrête pas pour autant la quête de son propre style artistique. Le concept de "paranoïa-critique", par exemple, privilégie la démarche active et volontaire des hallucinations contre la passivité défendue par les autres surréalistes.

De plus en plus provocant dans ses propos, l’artiste à la moustache 10h10 semble s’éloigner du surréalisme orthodoxe prôné par Breton et son mouvement.

En 1934, ce dernier adresse une lettre à Dalí dans laquelle il lui reproche son anti-humanitarisme et condamne fermement son accointance avec le régime de Franco et Hitler. En effet, l’indifférence à la politique de Dalí, à l’heure où Picasso et Miró dénoncent la montée du fascisme en Europe, avait suscité l’indignation de ses pairs.

Au fil de leurs échanges, Breton l’invite finalement à signer une déclaration d’engagement avec, comme dernier point, "À bas Hitler ! Vive Lénine !". Peu de temps après, Dalí représente Lénine avec une fesse molle dans "l’Enigme de Guillaume Tell" (1934).

En prononçant cette affirmation célèbre et provocante, "Le surréalisme, c’est moi !", Dalí se met définitivement à dos Louis Aragon, Max Ernst, Ma Ray.

L’exclusion de Dalí n’est officiellement communiquée qu’en mai 1939, par Breton dans son texte "Des tendances les plus récentes de la peinture surréaliste", du numéro 12-13 de “Minotaure”.

Néanmoins, le génie artistique mènera finalement le Catalan bien au-delà des frontières européennes, aux Etats-Unis, où il fait fureur.

Au sujet de son surnom donné par Breton, "Avida Dollars", Dalí dira en 1967 : "C’est une anagramme qui était magique et qui m’a apporté une chance extraordinaire car depuis la pluie d’or a commencé à tomber sur ma tête comme une divine diarrhée monotone".

Ce rejet de la part des surréalistes n’empêchera pas Salvador Dalí de devenir l’un des artistes les plus connus du XXe siècle et le maître du surréalisme.