Le saviez-vous : Coco Chanel a lancé la mode du bronzage

De l’Antiquité gréco-romaine, à l’aristocrate du XVIIIe en passant par l’image blanchâtre de l’Immaculée conception au début de l’ère chrétienne, 20 siècles seront passés avant que la peau hâlée ne devienne un must. Parmi d’autres éléments déclencheurs, Coco Chanel serait à l’origine du changement progressif de notre rapport au Soleil…

Des repères corporels bouleversés

En très peu de temps, en Europe, notre sensibilité cutanée a radicalement changé. Après 20 siècles de véritable phobie du soleil – le blanc ayant longtemps été synonyme de beauté et de distinction sociale -, la peau hâlée devient subitement un culte exalté.

Dans une interview accordée à France Culture, Pascal Ory, historien français et auteur de "L’invention du bronzage. Essai d’une histoire culturelle", revient sur cette obsession pour la pâleur inscrite dans le temps :

"Disons qu’en Occident, on valorise depuis le début du monde chrétien la pâleur et en particulier la pâleur des femmes, donc ça fait à peu près 2000 ans. Les hommes, qui occupent l’espace public, sont quand même exposés, même dans les élites, donc ils peuvent être un petit peu hâlés, mais les femmes sont en quelque sorte en stock et elles doivent être préservées. D’ailleurs vous avez l’image de la pureté qui est liée à la blancheur, du mal qui est lié à la noirceur. Tout ça fait que la femme des élites doit être préservée. Évidemment ça l’oppose à la femme paysanne qui ne peut pas se protéger. Plus on s’éloigne de la paysannerie plus on doit être pâle. Les élégants de 1900 s’intoxiquent de produits chimiques pour rester pâles"

Coco bronzée, Coco libre

Si plusieurs sources refusent d’associer uniquement Coco Chanel à l’avènement du bronzage dans la mode, elles s’accordent néanmoins sur le fait qu’elle ait brisé les codes. Une belle journée d’été des années 20, sur le yacht du duc de Westminster à Cannes, la célèbre créatrice avait en effet constaté les effets du soleil sur sa peau. Cet accident de bronzage devint rapidement le signe d’une nouvelle féminité, moderne, libre et indépendante, qui servira d’exemple.

La machine est lancée. En 1927, Jean Patou lance le tout premier produit solaire, l’huile de Chaldée, essentiellement adressée aux classes les plus aisées. L’année suivante, le magazine Vogue lance le débat : "Être ou ne pas être halée ?" et, au fur et à mesure, les titres de presse passent du doute à l’engouement.

Un événement phare : 1936, l’instauration des congés payés

À côté de l’accident de bronzage de Coco Chanel, un autre événement aurait largement contribué à ce renversement des mentalités en Europe : l’instauration des congés payés.

Moins de 3 semaines après que le Front Populaire les a introduits dans l’hexagone, la Belgique suit l’exemple son voisin français, le 8 juillet 1936, lorsqu’une loi est votée à l’unanimité à la Chambre des Représentants. À l’initiative du Ministre du Travail et de la Prévoyance sociale, le socialiste Achille Delattre, ce droit est accordé à toutes les classes de travailleurs et marque le début de l’ère des loisirs, comme illustré dans cet article du Vif :

"Au mois d’août '36, les gares sont bondées, des trains pleins à craquer. Sur les plages de Belgique et de France, des milliers d’ouvriers "enthousiastes", en "Marcel", pieds nus, découvrent la mer et les joies du camping improvisé en famille, goûtant à leurs toutes premières vacances sans perte de salaire. Nombre de témoignages d’archives évoquent le "bonheur de ne rien faire", les "premières bouffées d’air marin" venant "d’un autre monde" […]"

Dès 1936, c’est toute une partie population qui se "dore la pilule" au soleil et le bronzage devient un symbole de bonne santé, de corps en plein air. Quelques années plus tard, l’avènement de la Seconde Guerre Mondiale viendra replonger nos "vacanciers" dans l’ombre…