Le saviez-vous : Christophe Colomb n’a pas vraiment découvert l’Amérique

1492, voilà une date difficile à rater dans les manuels d’histoire. 1492, la découverte de l’Amérique qui, chacun l'a étudié, marque la fin du Moyen-Âge. Bien qu'il ait traversé les siècles, cet événement est aujourd'hui présenté comme une erreur historique. 

1492, un repère de l’Histoire

Les voyages exploratoires se multiplient dans l’Europe de cette fin du XVe siècle. Financées par les empires européens, ces expéditions ont pour but d’ouvrir de nouvelles voies commerciales. L’Espagne et le Portugal, les deux grandes puissances maritimes de l’époque, cherchent un passage plus rapide pour atteindre les Indes orientales.

Comme presque tous s’accordent sur une Terre ronde, un navigateur génois envisage de passer par l’Ouest. Le 3 août 1492 marque la première des 4 expéditions de Colomb vers une terre que Vespucci appellera plus tard 'le Nouveau Monde'.

La "découverte" de l’Amérique ?

Bien que le concept de "découverte" nous donne l’image d’une terre vide et non-peuplée, il en était tout autrement à l’arrivée de Christophe Colomb. A Bahamas puis à Cuba, en effet, ces terres étaient déjà peuplées par des millions d’habitants.

Véritables découvreurs de l’Amérique, les ancêtres des Amérindiens avaient de loin précédé Colomb. Plusieurs dizaines de milliers d’années avant notre ère, ils y étaient parvenus grâce à une bande de terre reliant la Sibérie à l’Alaska.

Des sources révèlent qu’en Europe, l’existence d’une terre outre-Atlantique aurait été rapportée sur le continent bien avant Colomb. Des moines irlandais et des baleiniers basques auraient été de passage, sans initier un mouvement de colonisation.

Des historiens affirment même que des contacts auraient déjà été établis entre Portugais et Danois avec l’Amérique avant le XIIIe siècle.

En son temps, Colomb n’est pas le seul à fouler le sol américain : l’italien Giovanni Caboto ou encore Amerigo Vespucci qui sera le premier à parler du "Nouveau Monde" alors que Colomb pense uniquement avoir rejoint l’Asie. "J’ai donné les Indes au roi et à la reine", écrivit-il ainsi dans son testament.

Christophe Colomb, premier colonisateur ?

L’arrivée de Christophe Colomb en Amérique coïncide, pour la population locale, au déclenchement d’un vaste processus de colonisation. Là aussi, on apprend que le navigateur génois n’était pas forcément pionnier en la matière.

Aux environs de l’an 1000, en effet, les Vikings avaient franchi l’Atlantique pour coloniser le Groenland. Nommé à la tête de la colonie scandinave suite à la mort de son père, Erik Eriksson décide d’emmener les Vikings plus loin vers l’Ouest.

En tentant de s’établir vers Terre-Neuve-et-Labrador, ces "hommes du Nord" sont finalement repoussés par les Amérindiens qui déjouent toute tentative de colonisation de leur terre et leur peuple.

Colomb n’est donc pas le premier à avoir eu l’intention d’exploiter l’Amérique et les populations qui s’y trouvaient, néanmoins, il est le premier à y parvenir.

Comment expliquer le mythe Colomb ?

Maîtresse de conférences en histoire moderne à l’Université de Nantes et spécialiste de l’Amérique coloniale, Virginie Adane situe la naissance du mythe Colomb à la fin du XVIIIe – début du XIXe siècle, "au moment où on essaye de formaliser l’Histoire et de lui donner un sens". L’indépendance des Etats-Unis, en 1776, est en effet passée par là…

"L’histoire de Colomb, au XVIIIème-XIXème siècle, c’est aussi celle-là, résume Virginie Adane dans cet article du magazine Geo : "la jeune Amérique, une nouvelle nation qui tente de s’émanciper d’un récit trop anglais."

Dans ce contexte, il était plus appréciable de parler d’un explorateur génois que d’aventuriers britanniques aux origines de la colonie.

Démis de ses fonctions par la Reine d’Espagne pour ses exactions, Christophe Colomb incarnait également cet explorateur trahi par le Vieux Continent, pendant que les Américains, eux, subissaient la tyrannie du roi Georges III.

Aussi, quelle fierté pour ces nombreux immigrés italiens arrivés dans le Nouveau Monde dans le courant du XIXe siècle de conter les mérites de cet explorateur génois.

"De nos jours, les historiens tentent de déconstruire cette part du mythe de Colomb, en même temps qu’ils tentent de déconstruire la notion de “découverte” de l’Amérique. Parler de “découverte”, c’est dire qu’on a atterri sur un continent vide et non peuplé, ce qui n’était pas le cas. C’est une notion très eurocentrée, qui occulte la présence des populations autochtones et qui confisque leur parole." poursuit Virginie Adane.

Colomb, un sujet d’actualité

Bien que le Colombus day soit encore un jour férié aux Etats-Unis, il est remis en cause par les descendant.e.s des Amérindiens et militant.e.s de la reconnaissance de la disparition des peuples autochtones.

Plusieurs statues de Christophe Colomb avaient d’ailleurs été déboulonnées en automne 2020, en pleine montée du mouvement "Black Live Matter" et des débats antiracistes et anticolonialistes.

Des doutes existent également concernant les origines génoises du célèbre navigateur, comme en témoigne cet article de la RTBF. En effet, une université espagnole a récemment relancé l'analyse ADN des restes de Christophe Colomb après plusieurs années d'interruption.