Le saviez-vous : Chopin avait une peur bleue du public

À peine 30 représentations publiques de tout son vivant, à Varsovie, Vienne puis Paris, Chopin fuyait la scène et privilégiait l’intimité des salons ou des maisons d’amis.

Pendant que son ami et compositeur hongrois, Franz Liszt, multiplie les scènes européennes, Chopin, lui, préfère perpétuer une vie de sédentaire à Paris.

En effet, rien que l’idée d’une foule de spectateurs en délire lui fait dresser les poils.

"Je ne suis pas propre à donner des concerts, moi que le public intimide. Je me sens asphyxié par ces haleines précipitées, paralysé par ces regards curieux, muet devant ces visages étrangers" a-t-il un jour confié à Liszt, comme le raconte cet article de France Musique.

Au printemps 1841, pendant la préparation d’un concert chez Pleyel, la romancière et intime George Sand, écrit à la cantatrice Pauline Viardot :

"Il ne veut pas d’affiches, il ne veut pas de programmes, il ne veut pas de trop nombreux public. Il ne veut pas qu’on en parle. Il est effrayé de tant de choses, que je lui propose de jouer sans chandelles, sans auditeurs, sur un piano muet."

Le physique de notre virtuose - Chopin mesure 1,70m, pèse 45 kg et a la santé fragile – le tient à mille lieues de la puissance et l’endurance de Liszt, par exemple.

Ce trac du public s’explique aussi par une série de critiques dont Chopin est sujet lors de ses premiers concerts. Dans cet article détaillé d’un magazine culturel polonais, on apprend que son jeu est jugé trop doux et que les effets de sa musique se perdent dans la grande salle.

De cette anomalie paralysante, le compositeur trouve néanmoins un avantage : les concerts privés facilitent ce jeu en douceur et tout en subtilités.

"Ses regards s’animaient d’un éclat fébrile, ses lèvres s’empourpraient d’un rouge sanglant, son souffle devenait plus court. Il sentait, nous sentions que quelque chose de sa vie s’écoulait avec les sons", un témoignage d’un ami de l’artiste repris dans l’ouvrage de Guy de Pourtalès, "Chopin ou le poète".

Comment vivre sans concert pour un artiste ?

Installé à Paris dès le 5 octobre 1831, le compositeur devient rapidement la coqueluche de l’aristocratie parisienne qui se plaît à le garder jalousement pour elle. Dans ce milieu au confluent de la vie mondaine et artistique, les aristocrates, les bourgeois et les artistes se rencontrent dans les mêmes soirées privatives.

Intime de la fine fleur parisienne, Chopin s’attire une clientèle huppée et devient le professeur de piano de l’aristocratie polonaise en exil et des milieux parisiens fermés. Avec 20 francs de l’heure, cette activité lui assure une aisance matérielle et lui ouvre toujours plus les portes à ce milieu mondain dans lequel il se complaît.