Le saviez-vous : avant Rosa Parks, Claudette Colvin refusait de céder sa place dans l’autobus

À l’instar de Martin Luther King, Rosa Parks est restée dans l’Histoire comme l’une des figures emblématiques de la lutte contre la ségrégation raciale aux États-Unis. Plus précisément, on s’en souvient comme étant la première à avoir refusé de céder sa place à un passager blanc dans un bus.

Neuf mois plus tôt, cependant, le 2 mars 1955, une Afro-Américaine avait déjà bravé cet interdit. Portrait de Claudette Colvin, dont le nom déserte la plupart de nos manuels d’histoire.

L’Amérique ségrégationniste des 1950’s

L’Amérique de cette époque autorise, en théorie, aux Blancs et aux Noirs de vivre, certes séparés, mais égaux. Des toilettes, trottoirs, commerces propres ayant pour but de faire vivre les Noirs d’un côté, les Blancs de l’autre.

Ces lois de ségrégation sont fermement appliquées en Alabama, et en particulier à Montgomery. Mais le territoire est, en plus, soumis aux Jim Crow Laws, mises en place peu après la ségrégation pour entraver l’effectivité des droits constitutionnels des Afro-Américains.

Le 2 mars 1955, Claudette Colvin quitte l’école pour regagner King Hill, le quartier pauvre de Montgomery. Conformément à la loi, elle s’assied à l’arrière de l’autobus, dans la zone réservée aux "Colored". Au fur et à mesure du trajet, le bus se remplit. Constatant qu’elle n’a pas de place assise, une jeune femme blanche fait comprendre à la lycéenne de 15 ans qu’elle doit lui céder la sienne.

Claudette refuse, scandale. Face aux protestations, elle s’écrie "It’s my constitutionnal rights !". Celle qui rêvait de devenir avocate avait visiblement été bien attentive à ses cours.

Le chauffeur arrête le bus et va chercher la police. L’un des deux agents frappe Claudette, pendant que l’autre lui passe les menottes.

"J’avais vraiment peur, parce que vous ne saviez tout simplement pas ce que les blancs pouvaient faire, à l’époque", a-t-elle déclaré plus tard. (Source : TV5 Monde).

Un procès exemple

Le geste de Claudette trouve rapidement écho chez les différents mouvements de défense des droits civiques. Comme le raconte Stéphane Bern dans ce podcast d’Europe 1, Rosa Parks est encore dans l’ombre. Secrétaire à Montgomery pour la section du National Association for the Advancement of Colored People (NAACP), elle récolte des fonds pour financer les frais judiciaires de Claudette.

Condamnée par un tribunal pour enfants, puis incarcérée, Claudette Colvin refuse de plaider coupable malgré les lourdes charges pesant à son encontre. Son avocat s’en remet à une loi stipulant qu’une personne noire ne doit céder son siège à une blanche que dans le cas où elle peut à son tour trouver une place derrière.

Malheureusement, une législation propre en Alabama confiant aux chauffeurs tous les pouvoirs, rend difficile la défense.

Claudette Colvin, symbole de la lutte antiségrégationniste ?

De retour à Montgomery après quelques mois d’exil, Claudette apprend la nouvelle : le 1er décembre 1955, Rosa Parks a, à son tour, refusé de céder sa place à un passager blanc, et écope d’une amende de 15 $.

Le témoignage de Claudette contribue à la victoire du 13 novembre 1956. Ce jour-là, la Cour suprême des États-Unis déclare anticonstitutionnelles les lois ségrégationnistes dans les bus américains.

Une zone d’ombre subsiste : pourquoi Claudette Colvin est-elle passée si longtemps sous les radars de l’Histoire ? "Parce qu’on a jugé que son image à elle [Rosa Parks] était plus acceptable que la mienne, plus efficace pour convaincre l’Amérique blanche. Moi j’étais une adolescente, qu’on disait un peu folle, et qui plus est à la peau plus foncée", a expliqué Claudette à CNN.

Sans amertume et fière d’avoir contribué à une cause juste, Claudette Colvin, aujourd’hui âgée de 81 ans, a confié au New York Times, "Je sais dans mon cœur qu’elle [Rosa Parks] était la bonne personne".

Depuis 2017, à Montgomery, le 2 mars est une journée consacrée à la mémoire de Claudette Colvin.