Great Black Music : voyage en 7 vidéos de morceaux engagés

Des musiques noires avant toute chose... Great Black Music, l'exposition qu'accueille Les Halles jusqu'au 20 décembre, retrace l'épopée des musiques noires depuis les récits épiques des griots mandingues jusqu'au rap et au RnB contemporains. Après la présentation en détails de l'exposition, voici un parcours, bien incomplet, à travers les morceaux emblématiques de certains de ces artistes qui tou.te.s ont raconté le quotidien de leur communauté aux Etats-Unis comme en Afrique, les blessures du passé et les revendications pour l'égalité.  

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Affiche de l'exposition Great Black Music, couverture d'album de Funkadelic © Tous droits réservés

En 1939, Billie Holiday, jeune chanteuse de 24 ans, lance un cri d’indignation lancinant contre les lynchages perpétrés pour terroriser les Afro-Américains. On en dénombrera près de 4000 entre 1877 et 1951.

Après elle, d'autres femmes seront de grandes figures de l'engagement à commencer par la sud-africaine Miriam Makeba. Symbole de la lutte contre l’Apartheid et pour la défense des droits civiques, militante panafricaine, elle sera interdite de séjour dans son propre pays pendant plus de trente ans. Aujourd'hui Angélique Kidjo, la diva engagée, est une autre porte-parole de l'Afrique, travaillant, entre autres, sur l'empowerment des filles .   

 

Dans les années 70, le nigérian Fela Kuti, fondateur de l’afrobeat, dénonce la corruption des élites et le pouvoir militaire. Panafricaniste, il croit en l’idéal de l’unité africaine. Il sera plusieurs fois emprisonné et torturé.

 

En 1969, les Etats-Unis sont enlisés dans le conflit vietnamien, la contestation enfle. Sur la scène du festival pacifiste de Woodstock, Jimmi Hendrix se lance dans une version de l'hymne américain avec un solo de guitare dans lequel il imite des bombardements de B-52. Pendant la guerre du Vietnam, la conscription, à laquelle les jeunes Américains les plus aisés pouvaient échapper, sur-représentera les Afro-Américains. Le pourcentage de soldats noirs est de 22 % dans les troupes combattantes. Alors que la population noire s'élève à 10 %.

 

En 1976, Bob Marley interprète Warun hymne antiraciste, une ode à la paix.

 

Bob Marley, c'est bien entendu No Woman, No Cry dans lequel il raconte la vie quotidienne dans le ghetto de Trenchtown et Get Up, Stand Up, qui incite à se battre pour ses droits, mais c'est aussi War : un morceau qui dénonce les violences sur le continent africain et en Jamaïque. Une ode pour la paix inspirée du discours prononcé le 6 octobre 1963 par Haïlé Sélassié, empereur d’Ethiopie, devant les Nations Unies à New York.

Tant que la philosophie qui tient une race pour supérieure et l’autre inférieure ne sera pas définitivement discréditée et abandonnée, il y aura la guerre…

Le titre deviendra le symbole des combats contre toutes les oppressions. 

 

Aujourd'hui, le rap est la musique populaire par excellence un peu partout sur la planète. Le terrain privilégié de l'expression de son identité, du récit du quotidien et de la revendication. Le rap traduit une volonté d'émancipation personnelle et collective. Un certain rap américain racontera les inégalités, la violence, les armes, la drogue, la réussite aussi. Depuis The Message de Grandmaster Flash en 1982, Tupac, N.W.A, Public Ennemy, le Wu-Tang Clan et tant d'autres perpétueront le genre. En 2018, l’artiste Childish Gambino sort le morceau This is America qui dénonce, entre autresle fléau des armes à feu, le racisme, les violences policières contre les Afro-américains avec un clip truffé de références dont la tuerie raciste de Charleston de 2015 ou les chorégraphies qui mélangent des danses populaires américaines et des mouvements de la danse sud-africaine Gwara Gwara.  

 

Pour terminer dans l'apaisement, voici Ultra Black, le dernier single de NAS, le rappeur new-yorkais qui depuis 25 ans dénonce les travers de la société américaine à l'égard des communautés noires. Ultra Black, sorti le 20 août dernier, n'est pas une dénonciation, mais une célébration. Celle de la culture noire.  

 

Au moment où, sous l’impulsion du mouvement Black Lives Matter, on interroge - bien au-delà des Etats-Unis - le racisme systémique des sociétés blanches et l’urgence d’une décolonisation des esprits, cette exposition immersive Great Black Music, riche de centaines de documents, ne pouvait mieux tomber. Great Black Music, montée à la Cité de la Musique de Paris en 2014, prend aujourd'hui une dimension d’urgence et d’information à ne pas manquer. 

En Pratique : 

Great Black Music

du 06.10 au 20.12.20

Halles de Schaerbeek 

halles.be