Fever Ray : émancipation sous les néons

Fever Ray : émancipation sous les néons
Fever Ray : émancipation sous les néons - © Tous droits réservés

Jeudi soir, la salle principale de l’AB s’imprégnait de l’univers si particulier de Fever Ray, qui malgré une évolution sans pareil accroche toujours autant la lumière.

Fever Ray, c’est le projet solo de Karin Dreijer Andersson (qui est maintenant Karin Dreijer tout court), une parenthèse qu’elle a entreprit en 2009, alors que le duo qu’elle formait avec son frère, The Knife, connaissait un beau succès. Des sonorités à la croisée entre le chamanisme et la musique électronique minimale sur fond de mythologie nordique qui a accouché de titres aujourd’hui mondialement célèbres comme If I had a heart, When I grow up, Keep the Streets Empty… Le premier album de Fever Ray est un petit bijou musical qui peut facilement mener à la transe. Le projet de Karin Dreijer a été une réussite totale et Fever Ray s’en est allé comme il est arrivé, sans crier gare. A la fin de l’année 2017, soit huit années après, l’artiste suédoise a annoncé le retour de la fièvre avec un nouvel album nommé Plunge. Exit les peaux de bêtes et la transe chamanique, Karin Dreijer apparaît encore plus mystérieuse, le crâne rasé, le maquillage dégoulinant et une sévère envie d’en découdre. Ses titres sont des messages politiques, féministes, prônant l’acceptation de soi par l’appropriation de sa sexualité. Le maquillage de l’artiste s’effrite, elle qui ne s’est jamais vraiment montrée s’affranchit, s’émancipe et semble montrer son vrai visage.

 

Pour sa tournée de retrouvailles, Karin Dreijer a choisi d’investir l’Ancienne Belgique pour sa date belge. Le concert, sold out depuis bien longtemps était très attendu. L’artiste suédoise, trois musiciennes et deux chanteuses pour l’épauler est apparue presque timide mais profondément souriante, comme apaisée. C’est comme si l’on rencontrait la vraie Karin, féministe et émancipée, arborant un tee-shirt I love (swedish barré) girls”, donnant la lumière aux autres femmes présentes sur scène. Entre les titres de son nouvel album, Karin Dreijer insère ses anciens tubes remixés et métissés, aux sonorités bien plus pop, c’est à ce moment que l’on comprend. Dans son premier album, l’artiste chantait une sorte de malaise et d’emprisonnement (I live between concrete walls”), une incapacité à s’exprimer (If I had a voice I could sing”), une attente de quelque chose, aujourd’hui Karin Dreijer semble s’être trouvée et avoir trouvé une famille (So proud to be a part of us, a chosen family, to love, to trust”). Ce concert sonnait pour tous à la fois comme des retrouvailles mais aussi comme une mise à nu de l’artiste qui malgré son maquillage et son attirail a semblé bien plus vraie que jamais. Très émouvant. 

 

Fever Ray était à l’Ancienne Belgique le 15 mars 2018.

“Plunge” de Fever Ray

Sorti le 27 octobre chez Mute Records