Festival du journalisme : "Le robot est une extension de nous-mêmes"

Festival du journalisme : "Le robot est une extension de nous-mêmes”
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Festival du journalisme : "Le robot est une extension de nous-mêmes” - © Flora Eveno

Le Festival International de Journalisme rempile pour une troisième édition au coeur de la campagne aquitaine en bord de Garonne. Le rassemblement qui met à l’honneur les métiers de la plume et des (bons) mots d’actualité se passe les 13, 14 et 15 juillet à Couthures.

 

Au programme de l’évènement des sujets toujours bien déterminés, qui font à la fois la une des journaux, se discutent dans les sphères citoyennes et dans celles de la presse. Qu’elles nous inquiètent, nous offusquent, nous posent question, nous intéressent, les thématiques sont présentées et débattues par des intervenants chevronnés de tous horizons, dans une ambiance de partage et de convivialité. Cette année, nous nous intéresserons particulièrement au sujet de l’intelligence artificielle ou vivre avec les robots, des ateliers préparés par Catherine Vincent, journaliste au Monde et Grégory Rozières qui écrit pour le Huffpost. 

 

Assistant de maison intelligent, commande vocale, montre connectée… les intelligences artificielles partagent de plus en plus nos vies. Présentes dans des objets du quotidien, celles-ci ont été fortement développées au cours de la dernière décennie. Les IA sont à la fois synonyme de progrès mais suscitent bien évidemment aussi des craintes. Les robots vont-ils remplacer l’humain ? Peuvent-ils se rebeller et prendre le contrôle de la planète ? Ces questionnements extrêmes ont beau paraître absurdes à beaucoup, une partie de la population adopte encore une position technophobe. Dans l’atelier “Du fantasme à la réalité : Le robot plus intelligent que l’homme ?”, trois experts sont venus pour mesurer les craintes : Véronique Aubergé, chercheuse au CNRS, Jean-Gabriel Ganascia, chercheur et président du comité d’éthique du CNRS et Pierre-Yves Oudeyer, concepteur et Directeur de Recherche à l'Institut Français de Recherche en Informatique et Automatique. Après une courte introduction sur la défiance du public face aux robots, les chercheurs ont rappelé que les robots étaient bien programmés par des humains. Ce sont donc les concepteurs et programmateurs qui choisissent, étant donné que le robot n’a pas de conscience et qu’il va réagir en fonction de ce qu’il a appris de la main de l’homme. Aujourd’hui, les IA sont surtout utilisées par les entreprises dans un but publicitaire, avec notamment la récolte de données sur le web. Les robots font partie du modèle économique du web. Ce que l’on observe également, note Véronique Aubergé, c’est un dématérialisation des relations humaines dans notre monde connecté qui est mis en opposition avec une rematérialisation des robots. En d’autres termes, nos interactions sociales réelles passent de plus en plus par la technologie et sans le corps alors que dans nos interactions avec des IA, nous avons besoin de matière et nous créons des objets-assistants-robots avec qui dialoguer et que nous pouvons voir physiquement. Finalement, c’est peut-être parce que nous voulons nous voir dans le robot, n’est-il pas notre création et l’extension de nous-mêmes ? “Tout cela est une partie de nous” affirme la chercheuse. Nous projetons beaucoup sur le robot alors que finalement, il n’est que ce que nous faisons de lui : il est un miroir de l’humain.

 

 

Le second volet qui nous intéressait concernait l’émergence des robots sexuels ou “sexbots”. “Peut-on tout faire avec un sexbot ?” se demandait les organisateurs. Pour répondre à la question, Joffrey Becker, anthropologue du corps, Jean-Gabriel Ganascia déjà évoqué précédemment, Nathalie Nevejans, juriste spécialiste en question éthique et Serge Tisseron, l’éminent psychiatre. Dans cet atelier participatif, le public a été sondé afin de déterminer les aspects positifs et négatifs liés à la démocratisation des sexbots. Ceux-ci pourraient par exemple être utiles aux personnes handicapées qui souhaiteraient une expérience charnelle avec toutes les limites que les objets entraînent. Ils ne sont pas suffisamment encore élaborés pour faire l’illusion d’une vraie relation sexuelle, ne peuvent pas caresser mais uniquement “recevoir”. En France, il n’y a pas d’institutionnalisation des prostituées spécialistes des rapports handicapés contrairement à chez nous. Les robots pourraient alors faire office d’ersatz dans une moindre mesure. Les sexbots pourraient également soulager les personnes aux fantasmes déviants et servir de réceptacle à ces derniers dans un but canalisant (pour les personnes pédophiles ou aux attirances non-acceptées par la morale par exemple). De l’autre versant, nous pouvons aussi nous demander si ces robots ne vont-ils pas aussi exacerber la violence de leurs utilisateurs ? Ne vont-ils pas annihiler la question du consentement (un robot est toujours d’accord) et par-là renforcer la culture du viol ? Autant de réflexions amenées par ces robots sexuels qui sont en phase de développement. Mais ici encore une fois, les robots sont ce que nous en faisons, ils agissent comme un humain leur a appris à agir et reflètent nos propres comportements. 

 

 

Festival International du Journalisme de Couthures-sur-Garonne

Du 13 au 15 juillet 2018

Plus d’informations sur le site web.