Festival du journalisme : la critique nécessaire des médias et "infobésité"

Affichage dans les rues de Couthures
2 images
Affichage dans les rues de Couthures - © Flora Eveno

Afin de (par)achever une édition 2018 très réussie tant au niveau des thématiques que de l’organisation, le festival proposait une dernière matinée consacrée notamment à la remise en question des médias.

 

“Jusqu’où peut-on aller dans la critique des médias ?” a demandé le journaliste Amaury De Rochegonde à ses invités Luc Bronner, directeur des rédactions du Monde, Alexis Corbière, député France Insoumise et Alain Garrigou, universitaire et professeur en sciences politiques. Il existe deux orientations principales de la critique envers la presse selon ce dernier : il s’agit d’abord du reproche d’hétéronomie, le fait que les journalistes soient au service du pouvoir ou du capital et le reproche d’autonomie, le fait que les médias soient corporatistes. 

 

“La critique de la presse est nécessaire dans un système démocratique” cadre Luc Bronner. Il y a évidemment une nécessité de remise en question d’une profession très exposée et qui donne le la à beaucoup de citoyens. La presse peut forger des avis, elle peut orienter et c’est là que sa critique est très importante aussi. Il faut sans cesse en tant que journaliste se rendre compte du pouvoir que l’on possède. Le directeur des rédactions du Monde explique la difficulté pour les journalistes ou rédacteurs en chef de prendre des décisions rapides et justes, l’erreur étant humaine. Il est toujours plus aisé de prendre du recul ensuite pour critiquer telle ou telle prise de position. Aujourd’hui, dans un paysage médiatique de moins en moins diversifié, la critique porte contre la généralisation et la recherche de spectaculaire. Alexis Corbière, député de Bagnolet-Montreuil déplore que la presse se déplace pour des coups de feu et non pour des initiatives solidaires. Elle contribue ainsi à stéréotyper les quartiers et contribue peut-être aussi à la peur des Français et leur ignorance. 

 

 

La seconde partie de la matinée sous les peupliers était dédiée au trop plein d’informations, à l’infobésité, comme le phénomène est désigné. Sommes-nous malinformés à cause d’une surinformation ? Patrick Eveno, spécialiste des médias explique qu’avec l’apparition des blogs, des réseaux sociaux et des chaînes d’informations en continu, il y a eu une multiplication des canaux d’informations. Cette course à l’information à laquelle se livre les médias n’est pas nouvelle bien-sûr mais elle est sûrement plus visible parce que les actualités sont plus accessibles. Pour M. Eveno, le problème n’est pas l’abondance, mais dans cette bataille de l’attention, il manque une éducation à l’information. Le public se retrouve face à un nombre incalculable de sources, sans savoir forcément si elles sont fiables. L’enjeu de ses prochaines années sera bien l’éducation aux médias. Alexandre Pouchard, responsable des Decodex au Monde se demande souvent s’il doit suivre les petites polémiques du web qui grossissent parce qu’elles sont reprises par des politiques etc. La réponse est à adapter en fonction des situations, le but du Monde est de ne pas ajouter au bruit médiatique pour ne pas qu’il devienne assourdissant. C’est tout le paradoxe auquel sont confrontés les médias actuellement, il faut couvrir l’actualité de façon large et complète sans noyer le lecteur. Pour la journaliste de France 3 Régions, il faut lutter contre la “BFMisation” de l’information c’est à dire le vide informationnel couplé à la répétition qui abrutit quelque peu les foules. Le problème aujourd’hui n’est pas la quantité d’informations à disposition mais la similarité. C’est surtout vrai à la télévision, les médias sont souvent les vitrines des mêmes actualités qui proviennent des agences de presse, il faut diversifier l’information tout en éduquant aux médias.

 

Festival International du Journalisme de Couthures-sur-Garonne

Du 13 au 15 juillet 2018

Plus d’informations sur le site web.