Festival du journalisme : Balance ton porc, #MeToo et les émotions des robots

Festival du journalisme : Balance ton porc, #MeToo et les émotions des robots
2 images
Festival du journalisme : Balance ton porc, #MeToo et les émotions des robots - © Flora Eveno

Comme tous les ans depuis trois années, la petite ville de Couthures adossée à la Garonne, devient le bastion des journalistes et citoyens en recherche de décryptage. Résumé de cette seconde journée. 

 

En ce jour de fête nationale française, le Festival International de Journalisme a débattu de la pratique du journalisme politique à l’ère Macron, proposant au public un panel d’invités de prestige tel David Pujadas, Jean-Michel Aphatie ou encore l’homme politique Alexis Corbière. Mais ce qui nous intéresse en cette seconde journée de festival est encore une fois les thématiques relatives à Internet, à la culture web et aux nouvelles technologies. 

 

Au matin sous la tonnelle des peupliers, Victoire Tuaillon, journaliste et créatrice de l’excellent podcast Les Couilles sur la Table qui aborde la question de la masculinité, animait un atelier autour de “Balance ton porc” et par extension sur le mouvement #MeToo. Pour réagir, le philosophe et sociologue Raphaël Liogier, auteur de Descente au cœur du mâle où il décrit comment il a réceptionné le phénomène #MeToo en tant qu’homme, sa culpabilité, sa remise en question et son travail avec ses étudiants. Cette heure consacrée aux réactions face au mouvement né sur les réseaux sociaux a resitué habilement le coeur du problème : #MeToo comme Balance Ton Porc ont été vivement critiqués par des hommes qui tentaient de se déculpabiliser, ou avançaient des arguments totalement à côté du débat pour éviter le coeur du problème. Pour Raphaël Liogier, il s’agit d’une question sociologique, ce que nous disent ces hashtags c’est en fait une nécessité de changer le regard de l’homme sur le corps de la femme et par là les rapports entre les genres. Cette émancipation de la parole féminine n’a rien à voir avec un musèlement, une perte de la spontanéité ou de la liberté sexuelle comme le disent Catherine Deneuve et les autres signataires de la fameuse tribune du Monde nommée ridiculement “la liberté d’importuner”. La femme doit se réapproprier son corps, qui a été objectivé par l’homme afin de pouvoir trouver une certaine équité. Bien-sûr, il ne s’agit pas de charger tous les hommes, puisqu’ils sont le produit de la société patriarcale, mais ils doivent comprendre et agir aussi à leur niveau, parler, éduquer, se remettre en question. De la dénonciation d’une agression via les réseaux sociaux, on arrive finalement à la question du consentement et la volonté de ces femmes de pouvoir dire non ou oui si elles l’ont décidé. 

 

Pour poursuivre cette journée au soleil de plomb, c’est sans pied de plomb et avec une grande joie que nous retrouvons la chercheuse Véronique Aubergé, le psychiatre Serge Tisseron et l’anthropologue Joffrey Becker, venus discuter des émotions des robots et des sentiments des humains à leur égard. Dans le superbe film Her de Spike Jonze, Theodore est un trentenaire américain qui se sent bien seul. Il décide de casser son sentiment de solitude avec une intelligence artificielle matérialisée par une voix qui lui parle dans une oreillette. Samantha, qui est la voix de Scarlett Johansson, est capable de s’adapter à ses utilisateurs et Ted s’attache de plus en plus à ce robot, il est bientôt dépendant affectivement. Avec l’exemple de ce film, les spécialistes du sujet expliquent que malgré ce sentiment très humain d’attachement, il faut bien considérer que le robot est une machine. Il est interconnecté avec d’autres machines et transmet des informations aux autres robots. Il ne faut pas se leurrer, ce n’est pas parce qu’un AI nous ressemble qu’il a les mêmes besoins et agit comme les humains. Dans le film, quand Ted apprend que Samantha discute et “tombe amoureuse” de plusieurs centaines d’autres humains, il ne peut le concevoir, et pourtant il ne peut appliquer le même schéma à cette machine. C’est tout le débat, une intelligence artificielle dans un corps humanoïde est conçue pour nous imiter, pour nous rassurer, pour que nous nous habituions à lui. C’est ici qu’il faudra être prudent à l’avenir, les fabricants vont chercher à faire de leurs robots des êtres sympathiques pour jouer en quelque sorte avec nos sentiments et nous faire lâcher beaucoup de données par cette combine. Si les robots peuvent feindre l’émotion, ils créent chez nous de vrais sentiments. 

 

Festival International du Journalisme de Couthures-sur-Garonne

Du 13 au 15 juillet 2018

Plus d’informations sur le site web.