"Faiminisme, quand le sexisme passe à table" : les clichés à la casserole

“Faiminisme, quand le sexisme passe à table” : les clichés à la casserole
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“Faiminisme, quand le sexisme passe à table” : les clichés à la casserole - © Faiminisme/Twitter

Dans un essai accessible et passionnant, la journaliste Nora Bouazzouni explique comment les femmes sont aliénées par l’assiette. 

 

Du paléolithique à Chef’s Table, le sexisme culinaire a fait son chemin. Souvent associées aux fourneaux, les femmes sont, dans beaucoup de cultures, les mères-nourricières. Elles contribuent au bien-être des hommes et de leurs progénitures, en plus de s’occuper de la tenue de la maison, du linge, des courses, le tout sans être reconnues pour ce travail à part entière. Le savoir culinaire se transmet de génération en génération, les petites filles sont entraînées à la cuisine pour devenir “bonnes à marier” et satisfaire les besoins carnés de l’époux. Le schéma existe depuis plusieurs siècles puisqu’au temps du paléolithique, les femmes étaient assignées aux grottes et à la cueillette tandis que les hommes allaient chasser du gibier. Des rôles genrés qui arrangent bien les individus masculins qui pouvaient de cette manière asseoir leur domination sur les femmes qui restaient sagement au camp pour donner la vie et s’occuper de la logistique. Il y a donc eu une assignation aliénante qui existe toujours aujourd’hui. Même si grâce au progrès, les femmes passent moins de temps aux fourneaux qu’avant, il y a toujours un déséquilibre dans l’exécution des tâches ménagères. Le paradoxe en revanche, c’est que les plus grands cuisiniers professionnels sont des hommes alors que les femmes sont les plus plus entraînées, on l'a compris. Les toqués, qui n’ont aucun mal à avouer que c’est leur mère qui les a inspirés dans leur choix de carrière, ont souvent considéré que la cuisine de haut niveau n’était pas accessible aux femmes, que ces derniers faisaient tourner la mayonnaise, que leur goût était fluctuant en fonction de leur cycle et autres inepties… Des croyances populaires qui ont la dent dure et contribuent encore à rabaisser les femmes et les tenir loin du pouvoir et de la gloire. Dans l’émission culinaire Chef’s Table de Netflix, seulement 5 femmes cheffes ont été présentées en 26 épisodes et quatre saisons plus une bonus. Dans l’émission Top Chef, un juré sur quatre est une femme et les participantes sont souvent distinguées pour leur cuisine "douce, légère et féminine"…

 

La journaliste Nora Bouazzouni, qui oeuvre dans le podcast Plan Culinaire, analyse et décortique les inégalités présentes autour du thème de la nourriture. Elle explique dans un langage vulgarisateur et (un peu trop) familier comment les femmes sont asservies, du champ à l’assiette et aux fourneaux, comment elles souffrent d’un manque de reconnaissance dans le domaine culinaire, agricole et dans leur propre foyer. Un essai qui peut être étonnant dans l’interprétation d’aspects biologiques (quelques critiques ont émané) mais qui a le mérite de proposer une hypothèse intéressante sur les rapports ambigus ou destructeurs entre chair et chère, domestication et émancipation, genre et gastronomie”. Faiminisme ne pose pas uniquement un constat amer, l’ouvrage est aussi porteur d’espoir puisqu’il évoque des initiatives de réappropriation féminine comme l’écoféminisme qui trouve un bel essor outre-Atlantique ou des tentatives de mettre la lumière sur les femmes en cuisine. Un essai intelligent et éclairant qui se dévore véritablement. 

 

“Faiminisme, quand le sexisme passe à table” de Nora Bouazzouni

Sorti le 1er septembre 2017 

Chez Nouriturfu

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