"Epiphania" : les enfants de l'Apocalypse

"Epiphania" de Ludovic Debeurme chez Casterman
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"Epiphania" de Ludovic Debeurme chez Casterman - © Tous droits réservés

Le génie bédéaste français Ludovic Debeurme signe un ouvrage captivant, entre récit prophétique et science fiction.

 

Alors qu’ils entament une thérapie de couple dans une région côtière, David et sa compagne font face à une tempête sans précédent, qui avale les habitations aux alentours. La jeune femme disparaît tandis que David reste avec le thérapiste et finit par regagner sa maison, seul. Le monde vient de subit La Grande Vague, un phénomène qui a ravagé une partie de la population et laissé derrière lui d’étranges tumeurs dans le sol. Celles-ci s’avèrent être des embryons d’une nouvelle espèce nommée les "mixbodies" ou "épiphanians", hybrides entre humains et animaux qui fleurissent dans les jardins. David, qui avait bien du mal à s’imaginer père, recueille un de ces enfants qu’il trouve derrière sa maison. Mais au fur et à mesure que Kojika grandit, les épiphanians et les humains ont de plus en plus de mal à cohabiter. Des groupuscules se mettent en chasse des hybrides et organisent des rafles massives, en parallèle la colère grandit dans l’autre camp qui va peu à peu se rebeller. Eux qui possèdent des capacités physiques impressionnantes vont être forcés à répliquer.

Epiphania est le premier tome d’un triptyque, réflexion de Debeurme sur l’avenir de l’humanité, sur la notion de différence et la paternité. L’auteur, originaire du Nord de la France a souvent évoqué les thèmes de la toute puissance de la nature, des espèces hybrides et du rejet, trois sujets qu’il croise dans Epiphania pour en faire un pamphlet sur l’état de l’humanité. La nature, contrariée par les agissements de l’homme semble lui faire comprendre ses méfaits en lui imposant une nouvelle espèce bien plus évoluée. Ironie du sort que de croiser génétiquement des animaux réduits en esclavage par les hommes à ceux-ci. Bien entendu, beaucoup d’humains rejettent les nouveaux arrivants, sous le prétexte de la différence, une manière subtile de dénoncer le racisme qui engraine nos sociétés où le respect de l’autre, pas seulement pour les humains mais bien en général, se perd. Construite en chapitres qui évoquent l’évolution d’un insecte, de la chenille au papillon, la bande dessinée prend des allures darwiniennes prophétiques.

Une épiphanie n’est-elle pas une prise de conscience soudaine et lumineuse de la nature profonde des choses ? Considérés comme des êtres monstrueux par une grande partie de la société, les épiphanians seraient peut-être bien la solution pour un avenir plus radieux et moins destructeur pour la planète. La suite dans le second tome à paraître, on a hâte.

 

"Epiphania" de Ludovic Debeurme
Chez Casterman
Parue le 13 septembre 2017