"Derrière les lignes" : dans la tête d'un soldat belge

“Derrière les lignes” : dans la tête d’un soldat belge
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“Derrière les lignes” : dans la tête d’un soldat belge - © Tous droits réservés

La pièce de Line Destrait est une adaptation du journal de guerre d’un jeune soldat bruxellois, Hubert Lefèbvre. Sa première représentation avait lieu le 11 novembre au Théâtre Poème 2 de Saint-Gilles, tout un symbole.

 

Hubert est un jeune Belge de 18 ans, né à Ixelles et résident à Saint-Gilles. Observant l’agonie de son pays occupé par l’ennemi allemand durant la grande guerre, il décide d’aller au front en 1916. Aidé par une résistante, il passe la frontière hollandaise, il est persuadé qu’il va libérer la Belgique qu’il sert aveuglément. Mais sur place, il ne trouve que mort et désespoir. Il se met à boire et à fumer, pour tenter d’oublier. Peu à peu, l’enthousiasme d’Hubert s’éteint et il se met à écrire un journal de bord, évoquant ses frères d’armes, la difficulté du terrain mais surtout le courage. Le jeune soldat interroge les notions d’héroïsme, de patriotisme et se met à imaginer les pensées allemandes de l’autre côté de la ligne de front. Lui qui haïssait profondément les “boches” et voulait les chasser, se met à les humaniser et hésite à les achever au combat. De deux côtés des tranchées, ces défenseurs de la souveraineté des patries ne sont-ils pas finalement simplement des sacrifiés ? Alors qu’Hubert décède à cause d’un éclat d’obus, son journal (Journal d’un fantassin) sera publié en 1919, juste après la guerre. 

 

 

Quand elle a découvert le journal de guerre d’Hubert Lefèbvre, Line Destrait a tout de suite été frappée par l’écriture mature et le destin du jeune homme. Ses interrogations sur le courage et l’humanité, la metteuse en scène a décidé de les porter au théâtre dans une pièce moderne et protéiforme. Le décor est simple et âpre et se compose de trois niveaux : sur la dernière marche, le sol est recouvert de carrelage qui évoque un intérieur de l'époque, le second est fait de paille à l'image d'une grange abrité et enfin le dernier de terre pour symboliser la tranchée. Au fil de la pièce, les protagonistes occupent les différents espaces plus ou moins abrités en fonction du danger qu'ils encourent. Les corps se meuvent, s’emportent et s’interrogent dans des nuages de fumée. Au fur et à mesure qu’Hubert passe du temps au front, il se fait de plus en plus silencieux, éteint, la lumière se fait moins intense, il n’est qu’un fantôme dépité par ce qu’il vit. C’est ce point de décrochage qui amène les plus intenses réflexions : Hubert n’a plus l’ambition de devenir un héros puisque c’est un mythe fabriqué pour justifier la prise des armes, il est simplement un jeune garçon perdu et apeuré, comme toute personne en guerre. Au centre de la pièce, les interrogations réelles du soldat prennent vie et résonnent aujourd’hui, dans un monde où la guerre existe encore. Line Destrait parvient à happer le public dans une pièce universelle sur la confrontation entre la violence et l’humanité, en redonnant une échelle humaine à un des épisodes les plus meurtriers du XXe siècle.

Informations pratiques

“Derrière les lignes” de Line Destrait 

Les 15, 16, 17 et 18 novembre 2018

Au Théâtre Poème 2 (Rue d’Ecosse 30 - 1060 Bruxelles)

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