D’où vient l’expression "S’en moquer comme de l’an 40" ?

Assez familière, l’expression "s’en moquer comme de l’an 40" est évoquée quand on n’accorde peu ou pas d’importance à quelque chose. On pourrait penser – à tort – que l’an 40 fait référence au début de la Seconde Guerre Mondiale, une époque "suffisamment lointaine pour que l’on puisse s’en moquer".

Détrompez-vous, car l’expression a été attestée bien avant, à la fin du XVIIIe siècle. Son origine est trouble, principalement du fait que l’an 40 diffère en fonction des époques d'utilisation. 

Des craintes superstitieuses

L’an 40 du XIe siècle figure parmi les nombreuses dates interprétées comme la fin du monde. Omniprésent dans les textes sacrés, le passage de mil à quarante a été relié à des événements particuliers comme le carême de 40 jours, les 40 jours de déluge et même l’âge du Christ au moment de sa crucifixion (bien que celui-ci aurait été crucifié à 33 ans).

Au fil des siècles, une croyance aveugle s’est installée dans les esprits comme quoi la fin du monde était possible à chaque quarantième année d’un nouveau siècle. Voyant qu’aucune catastrophe n’arrivait, nos ancêtres auraient finalement repris cette date pour se moquer de quelque chose qui n’arriverait pas, ou qui n’aurait pas d’importance.

Une autre appellation du Coran

L’hypothèse la plus défendue par les spécialistes est celle argumentée par Jacques Mercier, ex-professeur de linguistique à l’ULB et animateur TV, dans cet article de La Libre : "Il est possible que l’expression soit née de la déformation d’une expression très populaire au 18e siècle pour se moquer des Musulmans (Islamistes ?) : 'S’en moquer comme de l’Alcoran', ce dernier mot désignant le Coran."

Sur base du Robert, Jean-Christophe Pellat, professeur de linguistique française à l’Université de Strasbourg, révèle que cette expression était "employée par les royalistes pour signifier qu’ils ne s’inquiétaient pas plus de quelque chose que de l’an quarante de la République qu’on ne verrait jamais". Et de fait, le calendrier républicain a été abrogé bien avant l’an 40, au début de 1806.