Cyberféminisme : le combat en héritage

Le cyberféminisme passe aussi par l'art.
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Le cyberféminisme passe aussi par l'art. - © Virginia Barratt

Très en vogue dans les années 90, le préfixe "cyber" a été utilisé à toutes les sauces, enfantant les "cyberespace", "cybercafé", "cybersexe" et le trop oublié "cyberféminisme". Ce courant peu connu prônant l’égalité des sexes sur le web est pourtant plus que d’actualité.

 

Dans les années 90, une douce utopie a accompagné l’émergence d’Internet, celle d’un espace non-sexué où les utilisateurs seraient égaux et considérés non pas par leur genre mais par leurs actes. Un espace libre où l’anonymat ferait de tous des membres androgynes d’un monde virtuel hermaphrodite. Mais aujourd’hui, à la manière dont les femmes sont considérées dans de nombreuses communautés sur le web, on sait que le rêve égalitaire n’a pas été embrassé. La société virtuelle ayant été calquée sur le même modèle que la société humaine patriarcale.

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VNS Matrix, collectif australien, est le premier groupe à se revendiquer du cyberféminisme. Le mouvement est en recherche d’égalité et trouve ses racines tant chez les féministes classiques que chez les punks, et prend place dans les interactions et l’art en ligne.

Le cyberféminisme interroge les liens entre genre et technologie : quelles différences sont créées par le fait d’être une femme évoluant dans le cyberespace ? Comment les femmes influent dans la société virtuelle ? Le web peut-il être un vecteur du féminisme ? Les femmes peuvent-elles briller dans le domaine technologique malgré des idées préconçues ?

« Déphallocentrer » les sciences et la tech

 

C’est sur ces questions que le collectif australien s’interroge et se donne comme mission d’ "introduire les femmes, les fluides corporels et la conscience politique dans les espaces électroniques". L’inspiration vient de Donna Haraway, auteure du "Cyborg Manifesto : Science Technology and Socialist-Feminism in the Late Twentieth Century". La philosophe des sciences s’interroge sur la place de la femme dans les technologies, déplorant le manque de représentation dans le domaine. L’éducation scientifique est souvent privilégiée par les jeunes hommes, le masculin ayant, dans la croyance populaire, un esprit plus mathématique, laissant les jeunes femmes sur le côté. Ce sont ces constatations répercutées dans le domaine informatique que le cyberféminisme entendait combattre, par des actes militants éducatifs, théoriques et artistiques notamment.

 

Même si les objectifs du cyberféminisme n'ont pas été rencontrés, le mouvement s’est essoufflé, laissant place à un féminisme protéiforme. Grâce aux revendications des gameuses, aux nombreuses prises de positions émancipatrices sur Twitter, aux communautés "fem" de Tumblr, le sexisme est de plus en plus amené au centre de la place publique online. Il y a encore beaucoup de chemin dans la société virtuelle et "réelle", mais le cyberféminisme a accouché d’autres mouvements qui ne demandent qu’à s’organiser autour d’une cause juste : l’égalité, sur le web et ailleurs.