Ces Belges à (re) découvrir : Zénobe Gramme

"S’il fallait baptiser un siècle par un nom propre, le XIXe siècle devrait s’appeler le siècle de Gramme" s’est exprimé le physicien français, Eleuthère Mascart, lors des funérailles de Zénobe Gramme.

Retour sur le parcours d’un cancre de la région liégeoise qui a contribué au passage de l’âge de la vapeur à l’âge de l’électricité.

Un élève peu discipliné mais inventif

Né le 4 avril 1826 à proximité de Huy, Zénobe Gramme est le sixième dans une fratrie de 12. Véritable cancre qui verra sa syntaxe et son orthographe fragilisées à long terme, le jeune homme préfère exprimer son ingéniosité et son habileté manuelle à travers la menuiserie.

À côté d’une formation sur le tas dans l’atelier Duchesne à Hannut, Gramme suit les cours du soir aux écoles industrielles de Liège et de Huy. Ensuite, il parcourt les quatre coins de l’Hexagone, à Bruxelles aussi, pour tenter de gagner sa croûte.

Du menuisier au scientifique réputé

En 1860, son arrivée à l’Alliance lui ouvre les portes du secteur de l’électricité. Basée à Paris, cette société est spécialisée dans la construction de machines électromagnétiques.

Engagé comme ouvrier, Gramme fait valoir sa créativité, son sens de l’observation et son esprit inventif. Malheureusement, sa première demande de brevet, en 1861, pour un mécanisme régulant l’usure des électrodes en charbon des lampes à arc, ne reçoit pas les égards de ses supérieurs.

L’intégration de Gramme au sein de la communauté de scientifiques réputés s’explique notamment par sa rencontre avec l’ingénieur allemand, Heinrich Daniel Ruhmkorff, en 1863. À côté de l’inventeur de la bobine à induction pour lequel il travaille, Gramme serre la main de Louis Breguet, de Beau de Rochas ou encore de Marcel Deprez.

Un brevet secoué par les tensions politiques

Parmi d’autres, le brevet déposé pour une machine dynamoélectrique en 1869 est celui qui le poussera sur l’estrade de l’Académie des Sciences à Paris.

Pourtant, l’entrée en guerre de la France contre la Prusse freine la présentation de son innovation, et le contraint de se réfugier à Arlon. Ce n’est que le 17 juillet 1871 que notre scientifique pousse les portes de l’Académie des Sciences de Paris qui lui décernera, quelques années plus tard, le Prix Volta (1888).

Pour commercialiser son invention, Gramme compte fort heureusement sur le soutien financier du comte d’Ivernois. Avec l’industriel Hippolyte Fontaine, il fonde alors la Société des machines magnétoélectriques Gramme. Sa machine dynamoélectrique rencontre un véritable succès auprès des industriels, ainsi que les plusieurs autres modèles et applications de la société.

Finalement retiré dans sa villa de banlieue parisienne, Zénobie Gramme décède d’une cirrhose hépatite à Bois-Colombes le 20 janvier 1901.

Une reconnaissance plus tardive en Belgique

20 ans après que nos voisins français lui aient décerné la Légion d’honneur (1877), c’est autour de son pays de le récompenser de ses mérites. En 1897, à l’occasion de l’Exposition internationale hébergée à la capitale, Gramme reçoit le titre de Commandeur de l’Ordre de Léopold.

Plusieurs monuments ont été érigés à son effigie, en France comme en Belgique. Créé en 2005 sous le nom de "Prix à l’innovation technologique", et rebaptisé en 2011, le Prix Zénobe récompense aujourd’hui les entreprises wallonnes actives dans l’innovation technologique.