Ces Belges à (re) découvrir : Paule Lamy

Dans le cadre des Journées du Matrimoine, en septembre 2019, la Collective Noms Peut-Être renommait symboliquement des rues du centre de Bruxelles. Parmi les personnalités féminines mises à l’honneur, on retrouve Paule Lamy, première femme en Belgique à prêter serment d’avocat à Bruxelles.

Sur les bancs de l’université

La Schaerbeekoise naît en 1892, dans une famille qui met un point d’honneur à parfaire l’éducation de leur fille. Après avoir suivi des cours de régente aux Cours d’Éducation B, Paule Lamy pousse les portes de l’université en 1913, et s’inscrit en études littéraires à l’ULB.

Comme pour de nombreux Belges, la Grande Guerre contraint la jeune étudiante à mettre ses projets d’avenir entre parenthèses. Exilée en Grande-Bretagne, elle suit une formation d’infirmière et donne des cours de français. À l’heure de la Libération, elle aura regagné le sol belge et travaille à l’ambulance de l’Océan, un hôpital de campagne situé à La Panne.

Bien qu’invalide de guerre, Paule est prête à reprendre sa vie là où elle s’était arrêtée. Elle se réinscrit à l’université en optant, cette fois, pour des études de droit, et décrochera un doctorat en décembre 1921.

Étudier et, ensuite… exercer ?

Pendant longtemps, l’accès des femmes aux universités n’assurait pas forcément leur ticket d’entrée vers la profession. On se souvient de Marie Popelin, première docteure en droit en Belgique, diplômée de l’ULB en 1888, qui s’était vue refuser le serment d’avocat en raison de son sexe.

En ce début du XXe siècle, les professions intellectuelles et libérales restent majoritairement occupées par des hommes. À l’exception de la médecine ou de la pharmacie, considérées comme des disciplines de nature spécifiquement féminine.

Marie Popelin ne deviendra jamais avocate. Néanmoins, cette affaire a néanmoins porté un premier coup pour faire place aux femmes dans la sphère publique. Paule Lamy sera à l’avant-scène.

Une marche après l'autre

Le 7 avril 1922, en Belgique, les femmes peuvent s’inscrire au barreau. Paule Lamy a décroché son doctorat depuis quelques mois et cette nouvelle législation fait d’elle la première femme en Belgique à prêter serment d’avocat à Bruxelles, le 8 mai 1922. Le 26 juin de la même année, elle est inscrite au Tableau de l’Ordre en compagnie de Marcelle Renson.

Une première entaille dans un bastion traditionnellement masculin. Une ouverture, certes, mais relative. En Belgique, 25 ans devront encore s’écouler pour voir les femmes accéder à la profession d’avoué et au barreau de cassation. Le 21 février 1948, toutes les fonctions juridiques deviennent accessibles aux professionnelles et le notariat, 2 ans plus tard.

Pendant longtemps, la volonté de ces femmes pour travailler doit s’accompagner de l’accord de leur mari. Avant 1958, en Belgique, toute femme mariée doit avoir l’autorisation de son mari pour travailler et percevoir un salaire.

Un engagement féministe

Le chemin est encore long pour ces avocates, et Paule Lamy n’entend pas s’arrêter là. Pour avoir expérimenté le progrès, elle continue à militer pour l’égalité des sexes dans l’éducation et la profession. Pour elle, les femmes ne doivent plus attendre d’explorer des voies moins habituelles comme l’horlogerie ou encore l’architecture.

Paule Lamy devient conseillère juridique de la Fédération belge des Femmes Universitaires (FBFU), fondée en 1921, et siège à la Commission des Relations Internationales de l’ASBL.

En 1930, elle rejoint le Groupement belge de la Porte Ouverte, dont elle prendra la présidence dans l’après-guerre. Encore d’actualité, cette association lutte "pour les mêmes chances, droits et traitements que les hommes dans les domaines du travail, de l’emploi et de la sécurité sociale".

Toujours aux côtés de juristes comme Georgette Ciselet, Fernande Baetens ou Marcelle Renson, Paule est membre du Comité National des Femmes belges (CNFB).

Un accident de voiture contraint l’avocate à renoncer aux plaidoiries et, le 27 novembre 1956, à quitter l’Ordre. Elle s’éteint quelques années plus tard, le 5 juillet 1967, des suites d’une maladie.