Ces Belges à (re) découvrir : Nestor Outer

Peintre, écrivain et journaliste belge, Nestor Outer est ce qu’on pourrait appeler un "aquarelliste de guerre". Originaire de Virton, il était un observateur privilégié qui témoigna - à l’aide des mots mais surtout de couleurs – du quotidien de la Grande Guerre dans le sud Luxembourg.

Plusieurs spécialistes le considèrent comme l’un des 5 meilleurs peintres belges du XXe siècle.

Rencontre entre un gaumais et l’aquarelle

Nestor Outer voit le jour le 2 avril 1865, à Virton, entouré de ses parents commerçants. Elevé dans une fratrie de 4, le jeune garçon s’empare rapidement de pinceaux. À 6 ans déjà, on dit qu’il retrace – en peinture – la bataille de Reichshoffen, aux prémices de la guerre franco prussienne.

Progressivement, Nestor comprend que l’art n’est pas seulement son hobby, et veut l’étudier pour mieux le saisir. Au grand dam de son père, il quitte donc le Collège communal pour l’Académie des Beaux-Arts de Louvain et de Bruxelles"Effet de neige" signe le début de sa longue histoire d’amour avec l’aquarelle, en 1885, même si la peinture à l’huile est aussi présente dans ses œuvres.

Sa vie d’artiste l’emmène loin de son "bled" et l’emmène à Paris, notamment, où il s’entoure de grands noms comme Gauguin ou encore Toulouse-Lautrec. En Méditerranée et jusqu’en Afrique du Nord, il découvre et reproduit une lumière vive et crue.

Ce goût du peintre pour l’exotisme ne le fait cependant pas oublier d’où il vient. Devenu professeur de dessin au Collège communal de Virton, l’artiste ne se lassera jamais de peindre les paysages boisés de sa Gaume qu’il chérit tant.

La Grande Guerre, quand les mots ne suffisent plus

En août 1914, Virton est pris dans la Bataille des frontières, une des premières phases de combat de la Première Guerre Mondiale sur le front de l’ouest.

L’armée française lance une offensive pour contrer la percée allemande, elle, toujours plus efficiente.

Virton devient une zone d’étape pour les troupes et convois allemands, dans laquelle Nestor reste bloqué et assiste donc, impuissant, aux atrocités de la guerre.

Face à l’impossibilité des mots, l’artiste s’arme de pinceaux et de couleurs pour livrer un témoignage de terrain. Il se rend sur les champs de bataille à la rencontre des survivants mais aussi des morts jonchant le sol ou enfouis sous la boue. Depuis son atelier, il reproduit ces villages en ruines, la forêt défigurée et cette population épouvantée.

La guerre au jour le jour

Du 30 juillet 1914 à 1918, jour après jour, Nestor Outer retranscrit son témoignage dans 12 carnets qui seront, plus tard, rassemblés dans le "Journal d’un Bourgeois pendant la Guerre". Pendant les 4 ans d’occupation, ce sont la peinture, la littérature et le journalisme qui lui permettent de faire connaître les évènements du fin fond de la Belgique.

Cette chronique de guerre donnera lieu, en 1919, à un ouvrage plus fourni réalisé en collaboration avec Léon Thiry. "Les Larmes Gaumettes" retrace l’historique du conflit ainsi que les massacres d’habitants et de résistants du sud-Luxembourg. On y trouve également la liste des fusillés, des déportés et des soldats gaumais, des comités de secours, etc.

En 2015, à l’occasion des 150 ans de Nestor Outer, le Musée gaumais situé à Virton a proposé de redécouvrir toute la collection de l’artiste.