Ces Belges à (re) découvrir : Hélène Dutrieu

Parmi les oublié.e.s de l’Histoire et, pourtant, Hélène Dutrieu avait plus d’un tour dans son sac. Cycliste, motocycliste, coureuse automobile et journaliste, la Tournaisienne est devenue une véritable icône de l’aviation belge. Autant que ses collègues masculins, l’aviatrice a largement contribué au progrès de l’aéronautique belge au début du siècle dernier.

"Une femme entreprenante, fonceuse, un peu garçon manqué"

Lorsqu’elle quitte l’école pour commencer à gagner sa vie, à 14 ans, Hélène se distingue de bien des filles de son âge et de son temps. Ce n’est pas vers la couture qu’elle se tourne, ni du travail des champs dont elle s’occupe.

Non, la jeune Tournaisienne recherche les frissons que peut lui procurer la vitesse, à vélo d’abord, sur une moto et en automobile ensuite et, pour finir, dans les airs.

Après s’être lancée dans une première course au vélodrome de Tournai, en 1894, Hélène Dutrieu obtient le record de vitesse à Ostende, d’où elle tire son surnom "la flèche humaine".

Pour mieux gagner sa vie, elle délaisse momentanément la vitesse pour le show. À vélo, en automobile ou à moto, ses loopings deviennent très prisés lors de ses tournées à l’étranger et révèlent une audace peu commune.

Une femme dans le cockpit

Le constructeur français Clément-Bayard trouve chez Hélène Dutrieu le poids plume idéal pour prendre les commandes de la 'Demoiselle', conçu par Santos-Dumont. Après un tout premier vol le 20 janvier 1910, l’aviatrice en herbes décide, 7 mois plus tard, de passer son brevet pilote devant l’Aéro-Club de France, à bord d’un biplan Farman.

Le 25 novembre 1910, Hélène Dutrieu est la première femme à recevoir un brevet pilote dans l’histoire de l’aviation belge, et devient la deuxième aviatrice en Europe, derrière la française Élise Deroche.

Malgré des débuts difficiles, les compétitions et les records s’enchaînent en très peu de temps. Le 21 octobre 1910, Hélène remporte sa première Coupe Femina avec un record féminin du plus long vol de 167 km en 2h35. Elle s’impose également face à 14 adversaires masculins pour la Coppa del Re ('Coupe du Roi') à Florence en 1911, puis obtient un nouveau record féminin aux Etats-Unis.

En décembre 1911, elle s’octroie le record mondial d’endurance féminin en parcourant 240 km en 2h58. En décembre 1911, puis en janvier 1912, elle remporte à nouveau la Coupe Femina.

En 1913, c’est la première femme aviatrice à recevoir la Croix d’officier de la Légion d’honneur. 40 ans plus tard, elle sera décorée de la médaille de l’Aéronautique française.

Une femme aux commandes

À côté du record personnel, ses exploits contribuent largement à l’amélioration de l’aéronautique au début du XXe siècle. Ainsi, les petits avions gagnent rapidement en fiabilité, maniabilité et en performance.

Bien qu’elle suscite l’admiration de ses pairs masculins, Hélène Dutrieu n’est pas épargnée par les mentalités sexistes de son époque. Sa tenue, notamment est jugée indécente, privilégiant alors le gros pull en laine et la jupe-culotte.

Dans cet article de l’Echo, Michel Mandl, général aviateur et ancien président de l’ASBL "Les vieilles Tiges", explique la manière dont elle est maintes fois ramenée à son genre :

"Une dame de cirque, qui n’avait pas froid aux yeux, qui acceptait tous les défis. Une dame dont – il ne faut pas se mentir – le sexe aura été utilisé comme un appât par les constructeurs aériens. Un outil de propagande", comme le signale Michel Mandl. "De son côté, elle voulait montrer à tout prix qu’une femme était capable de voler, dit-il. Mais cela apportait aussi plus de notoriété aux constructeurs, qui pouvaient dire : Regardez, même une femme sait piloter cet avion."

La fin d’une carrière, pas du combat

Engagée comme infirmière volontaire de la Croix Rouge Française pendant la Première Guerre Mondiale, Hélène Dutrieu ne reprend pas sa carrière au sortir de la guerre, et se lance dans le journalisme. Mariée en 1922 au colonel, journaliste, homme de lettres et député français Pierre Mortier, elle le seconde dans l’administration des publications qu’il anime.

Après le décès de celui-ci en 1946, l’ex-aviatrice s’attache à promouvoir le sport aérien féminin pour fonder, 10 ans plus tard, la Coupe Hélène Dutrieu-Mortier.