Ces Belges à (re) découvrir : Camille Jenatzy

Saviez-vous que la barre des 100 km/heure fut franchie pour la toute première fois par un coureur automobile belge ? Retour sur le parcours d’un génie inventif, aux premières loges de l’industrie automobile naissante de l’aube du XXe siècle.

Né le 4 novembre 1868, le Schaerbeekois présente des origines polonaises. Ses parents étaient arrivés en Belgique plus tôt pour exploiter le caoutchouc. L’essor de l’automobile fait florir la fabrication de pneus et la situation familiale des Jenatzy.

L’esprit curieux et bricoleur du jeune Camille le dirige tout naturellement vers des études d’ingénieur. En se spécialisant dans l’électricité, il se perfectionne dans la traction électrique des automobiles.

Diplôme en poche, Camille rejoint la Compagnie Internationale des Transports Automobiles, à Paris, et participe à la fabrication de fiacres électriques dès 1898.

Un marché qui, on peut le dire, rencontre un franc succès ! En 1900, aux États-Unis, près d’un tiers des véhicules automobiles circule à l’électricité. Confiant en l’avenir de la traction électrique, l’ingénieur belge lance sa propre usine, la Compagnie Générale Belge des Transports Automobiles Jenatzy, au sein de laquelle il fabrique et commercialise des fiacres et utilitaires électriques.

Se frotter à la concurrence

Camille Jenatzy n’est pas le seul ingénieur à miser sur l’électrique. Parmi ses concurrents, Charles Jeantaud vise à battre des records pour porter les regards sur ses fabrications. Avec la "Duc", son pilote, Gaston de Chasseloup-Laubat, détient le record du kilomètre le plus rapide en 57 secondes, à une vitesse de 63,158 km/h.

L’occasion pour Jenatzy de montrer ce que sa "Jamais contente" a dans le ventre, en se plaçant lui-même aux commandes ! Construit en forme d’obus, ce bolide était appelé ainsi en hommage à l’épouse du constructeur. Le record du kilomètre le plus rapide de la Duc est alors battu à plate couture avec une vitesse de 66,66 km/h.

Pendant 4 mois, les deux ingénieurs s’affrontent et s’alternent en records jusqu’à ce que, en avril 1899, dans les Yvelines, Jenatzy est le premier à atteindre les 100 km/h et tient son record pendant 3 ans. Véritable légende vivante, le surnommé "Diable Rouge" pas la presse pousse jusqu’aux 200 km/h en 1909, à Ostende, aux commandes d’une Mercédès.

Camille Jenatzy reprend l’entreprise familiale de caoutchouc. Avec pas moins de 1000 ouvriers à ses ordres, il tire profit des nombreux records automobiles pour lesquels il fabrique les pneus.

Rien dans la vie de Jenatzy ne serait comparable à l’adrénaline de la course : "Le dernier tour était commencé ; ce n’était plus une course, c’était une chasse ; j’étais le chasseur et de Knyff, parti quatorze minutes avant moi, le gibier ; il fallait arriver treize minutes après lui pour gagner. Ah ! L’ivresse de cette chasse à 90 km/h !" lit-on dans cet article de Focus on Belgium.

Ce goût pour la vitesse aurait d’ailleurs pu davantage s’exprimer si un accident de chasse ne l’avait pas emporté, le 7 décembre 1913, dans la Forêt d’Anlier, en province du Luxembourg.

Sa "Jamais Contente", elle, est encore exposée au Musée de la voiture de Compiègne.