Ces Belges à (re) découvrir : Alexandra David-Néel

Cantatrice, franc-maçonne, journaliste, écrivaine, notre personnalité franco-belge est surtout retenue pour ses expéditions en Asie dans la première moitié du XXe siècle. Alexandra David-Néel a marqué l’Histoire comme étant la première femme occidentale à mettre un pied à Lhassa, au Tibet.

Louise Eugénie Alexandrine Marie David est née à Saint-Mandé le 24 août 1868. Militaire républicain lors de la Révolution de 1848, en France, son père l’emmène très jeune au cimetière du Père-Lachaise à Paris, en 1871, où les derniers communards avaient été exécutés.

A 2 ans seulement, elle rencontre pour la première fois le visage de la mort et la férocité des hommes.

En 1873, la famille s’expatrie en Belgique, où les parents s’étaient rencontrés quelques années plus tôt, et s’installe dans la commune bruxelloise d’Ixelles. Quand elle ne dévore pas les récits de Jules Verne, la jeune fille s’adonne au piano et au chant au Conservatoire de Bruxelles. Sur décision de ses parents, Eugénie est envoyée dans un pensionnat calviniste puis protestant.

Rêvant d’ailleurs depuis son plus jeune âge, elle s’impose des privations nécessaires à ses futures aventures, comme renoncer régulièrement à la nourriture ou dormir de temps en temps à même le sol.

Convertie au bouddhisme à 21 ans, Eugénie part perfectionner son anglais à Londres puis s’initier au sanskrit et au tibétain à Paris.

Pourtant, c’est en tant que chanteuse d’opéra que, sous le nom d’Alexandra Myrial, elle pousse les portes de l’Orient pour la première fois. Le 4 août 1904, à Tunis, elle épouse Philippe Néel de Saint-Sauveur, ingénieur français des Chemins de fer tunisiens qui sera son protecteur et mécène.

Un voyage de 18 mois qui a duré 14 ans

Après sept ans de vie commune tumultueuse, Alexandra n’ose s’imaginer dans la peau d’une parfaite femme foyer et décide, à 43 ans, de repartir pour un troisième voyage en Inde. Bien qu’elle assure à son mari que son périple ne durera que 18 mois, le couple ne se reverra qu’au bout de 14 ans d’expédition.

Arrivée dans le nord de l’Inde, au Sikkim, en 1912, Alexandra va de monastère en monastère pour parfaire sa connaissance du bouddhisme. C’est dans l’un d’eux qu’elle rencontre le jeune Aphur Yongden, 15 ans, qui devient son fils adoptif et la suit comme traducteur, co-auteur, cuisinier, organisateur le restant de son périple.

Séjour incognito en terres interdites

Les autorités coloniales britanniques lui signifient son expulsion pour avoir franchi les frontières tibétaines sans autorisation en 1916. L’objectif est clair pour notre aventurière : être la première Européenne à fouler le sol de Lhassa.

Il faudra néanmoins attendre 1924 pour que ce rêve devienne enfin réalité. L’une en mendiante tibétaine, l’autre en moine, Alexandra et Aphur pénètrent déguisés dans la capitale sacrée du Tibet. Au bout de 4 mois de marche périlleuse, à bout de forces, ils se fondent dans une masse de pèlerins venus célébrer le Mönlam, ou "Fête de la Grande Prière".

Cet article de France Inter reprend quelques passages des mémoires de l’exploratrice sur son exploit à Lhassa :

"J’ai réussi aussi complètement que le plus exigeant eût pu le rêver, un voyage dont le pittoresque dépasse de beaucoup celui des voyages inventés par Jules Verne."

De retour en France en 1925, Alexandra ne dépose définitivement ses valises qu’en 1946, alors âgée de 78 ans. Dans sa demeure de Digne-les-Bains, en Provence, elle continue à écrire sur la culture tibétaine et rédige les mémoires de ses voyages avant de décéder à l’âge de 101 ans.