"Banana Girl" : entre Honk Kong et Paris, itinéraire d'une jeune fille à l'identité perturbée

"Banana Girl" : la double culture
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"Banana Girl" : la double culture - © Steinkis

Le premier roman graphique de Kei Lam interroge les notions de double culture mais aussi de racisme anti-asiatique. Elle est sortie en mai 2017 chez Steinkis.

 

Alors que le combat des personnes afro-descendantes prend un nouvel essor, que les origines et la couleur de peau se voient réappropriées par leurs propriétaires dans une lutte pour les droits, certaines communautés semblent quelque peu oubliées. C’est le cas des personnes à l’ascendance asiatique qui souffrent de clichés et de racisme intégré. Le fameux sketch de Kev Adams et Gad Elmaleh en est la preuve vivante : les blagues sur les “Chinois” sont encore autorisées parce qu’elles ne sont “pas méchantes”. Le problème de ce spectacle est qu’il véhicule des stéréotypes liés à la communauté, ce qui est du racisme, et le racisme n’est pas quelque chose de drôle. Si il y a une distinction dans la manière de traiter les personnes et que cela se fait en rapport avec leurs origines, c’est du racisme, et le racisme n’est pas quelque chose de drôle sauf pour les blancs qui ne souffrent pas du phénomène. Ce sketch absolument pitoyable aura au moins eu le mérite de faire ouvrir les yeux sur les clichés dont souffre la communauté asiatique qui soit dit en passant est composée de cultures très différentes, encore plus que les différents peuples des pays européens. 

Dans un podcast de RFI sur le racisme anti-asiatique (à écouter ici), plusieurs personnalités étaient interrogées sur leur rapport aux préjugés et l’exaspération après le sketch d’Adams et Elmaleh et le meurtre raciste de Chaolin Zhang, tué parce qu’il était sensé être riche. Parmi elles, Kei Lam, une jeune illustratrice d’origine hongkongaise. Nous avons lu son premier roman graphique “Banana Girl” afin de poursuivre la réflexion. 

 

Autobiographie dessinée, “Banana Girl” raconte l’arrivée de l’auteure en France, alors qu’elle avait vécu les six premières années de sa vie en Chine. Kei Lam a du apprendre très rapidement le français alors que ses parents avaient un peu plus de mal avec la langue, puis leur traduire tous les papiers administratifs. Le dépaysement a été total et les rues parisiennes ont paru bien mornes à la petite fille comparées aux couleurs et au grouillement des rues de Hong Kong. Côté nourritures, les changements ont aussi été radicaux : le camembert ayant détrôné les fruits séchés à la cantine et les raviolis chinois remplacés par la macédoine. Petit à petit, Kei Lam s’est construit une double culture, celle de la maison avec ses parents et celle de l’école avec ses nouvelles amies. C’est pour cette raison qu’elle se revendique comme une banane : jaune à l’extérieur et blanche à l’intérieur. La jeune femme a aussi eu la chance d’avoir des parents attentifs qui ont poussé Kei à prendre des cours de cantonais et de culture chinoise. 

 

 

La bande dessinée accessible et agréable, peut constituer une première approche, une ouverture aux questionnements identitaires ou communautaires. “Banana Girl” est une oeuvre actuelle, nécessaire dans un paysage culturel où la parole est peu donnée aux descendants asiatiques. Sur un ton bienveillant et doux, Kei Lam raconte les difficultés de posséder une double culture, le fait que l’on est toujours l’étranger de quelqu’un. Le charme enfantin de “Banana Girl” mène en fin de compte à des problématiques sombres comme celles de l’intégration, un terme politique particulièrement trouble lié à la violence du déracinement. En fin de compte, la force de la double culture ressort de façon évidente et prouve que le gommage d’une culture au profit d’une autre est tout sauf une solution. 

 

“Banana Girl” de Kei Lam

Sorti le 24 mai 2017

Chez Steinkis éditions