Une star de Hollywood à la Cinematek

David Koepp
David Koepp - © KEVIN WINTER - AFP

Vendredi dernier, la Cinematek de Bruxelles a accueilli David Koepp pour une longue et passionnante leçon de cinéma. Son nom ne vous dit rien ? Pourtant, vous avez forcément vu un de ses films. Au moins ! 

David Koepp est scénariste. Et dans son domaine, il est une véritable star. D'ailleurs, vous avez forcément vu un film écrit par lui. Car la filmographie de Koepp est pour le moins impressionnante. Le "Jurassic Park" de Steven Spielberg ? C'est lui. Le "Mission : Impossible" de Brian De Palma ? C'est lui. "Panic Room" de David Fincher ? Le "Spider-Man" de Sam Raimi ? C'est lui. "La Guerre des Mondes" de Steven Spielberg ? C'est toujours lui...

Et on pourrait encore citer l'excellent "The Paper" et "Inferno" de Ron Howard, "Snake Eyes" et "L'Impasse" de Brian De Palma, le "Men in Black 3" de Barry Sonnenfeld, ou encore le cinquième "Indiana Jones", en cours d'écriture. Sans parler des films que David Koepp a lui-même réalisés, parmi lesquels "Hypnose" avec Kevin Bacon ou "Fenêtre Secrète" avec Johnny Depp.

On peut donc le dire sans trop d'exagération : la Cinematek a reçu un grand nom d'Hollywood en ses murs vendredi passé, pour une leçon de cinéma qui a ravi les spectateurs présents, dont nous avions la chance de faire partie.

D'entrée de jeu, David Koepp, allure élégante digne d'un anglais pour cet américain né dans le Wisconsin, a décidé de jouer avec le public, et de scénariser cette rencontre. A peine assis, il se sert un verre d'eau, en veillant à bien mettre le micro au bord du verre, pour diffuser le son dans toute la salle. Le ton est donné : Koepp ne se départira pas de cet humour à froid durant l'heure et demie que durera cette leçon.

Et on se régale de ses nombreuses anecdotes sur les films qu'il a écrits, ses collaborations avec les grands noms du 7ème art américain, ou encore sa vision un peu désabusée du monde - "Je regarde tous les jours si Trump est en vie, j'ai encore vérifié juste avant de rentrer dans cette salle" - et du cinéma, qui ne fait que nous servir des films de super-héros "certes bien faits, mais qui se ressemblent tous".

Ainsi, sur "Mission Impossible", Koepp explique que la fameuse scène où Tom Cruise doit voler des données dans un ordinateur de la CIA sans faire le moindre bruit, sous peine de déclencher l'alarme, a été imaginée par Brian De Palma lui-même.

"De Palma voulait faire une scène qui se remarquerait quand elle passerait à la télé, au milieu de pleins d'autres chaînes qui diffuseraient d'autres films d'action. C'est ainsi qu'il a eu l'idée de faire une scène muette. Partant de là, nous avons compliqué la situation, en imaginant que la température corporelle de Ethan Hunt (Tom Cruise) ne pouvait pas changer, ou encore qu'il ne pouvait toucher le sol" .  Une idée que Koepp a eue en repensant au clip "Billie Jean" de Michael Jackson, où des dalles s'illuminent quand le chanteur marche dessus...

Sur "Jurassic Park", Koepp explique qu'une des grandes difficultés a été de transposer les nombreuses pages scientifiques du roman original de Michael Crichton sur grand écran.

"On ne pouvait pas arrêter l'action pendant 3 minutes pour commencer à expliquer comment le clonage des dinosaures avait été rendu possible. J'ai alors eu l'idée d'utiliser des extraits d'un documentaire sur " Une brève histoire du temps ", le livre de Stephen Hawking. Mais Spielberg est venu avec une autre idée : s'inspirer de ces vidéos des années 50, qui étaient diffusées dans les écoles, et où des petits personnages de dessin animé expliquaient une situation aux enfants. Il a proposé qu'un morceau d'ADN explique  comment les dinosaures avaient été clonés. J'ai alors dit en rigolant à Steven "C'est ça... Et le personnage va s'appeler Monsieur ADN !". Il m'a répondu "Formidable ! " Et c'est comme cela que la séquence est née".

Et Koepp d'ajouter, avec son ton pince sans rire, "Par contre, je ne sais toujours pas pourquoi on a affublé ce Monsieur ADN d'un accent texan".

David Koepp a écrit quelques films qui ont ensuite donné lieu à des sagas, dont il n'a pas écrit les suites : "Jurassic Park" (il a écrit les deux premiers), "Mission Impossible" ou encore "Spider-Man". Et quand on lui demande quel regard il porte sur ces suites, le scénariste se confie avec malice et sincérité : "Ça fait à la fois plaisir et pas plaisir. C'est comme croiser une ancienne petite amie. On est en même temps content de ne plus être avec elle, tout en râlant qu'elle ait refait sa vie avec un autre".

Et quand une personne dans le public lui demande si un scénariste doit être présent sur un tournage, Koepp reparle de son ami Brian De Palma, allant jusqu'à imiter la voix du réalisateur sur le tournage de "Snake Eyes". "Le problème, c'est qu'avec Brian, quand j'imagine quelque chose dans la tête, systématiquement, sur le tournage, il fait l'exact inverse ! J'arrive sur le plateau, et la porte que j'imaginais à droite est installée à gauche. Et De Palma voit sur mon visage que je tique. Alors, il me dit "What ?", et je lui réponds "Non, rien. C'est juste que j'imaginais la porte à droite. Et là, elle est à gauche". Et il me dit alors "Eh ben moi, c'est comme ça que je la vois !" Voilà pourquoi j'évite d'aller sur un plateau... "

Et David Koepp d'ajouter que l'autre problème vient des acteurs, qui en voyant le scénariste a portée de mains, ont deux tendances. La première est de se mettre la pression, en se disant que l'auteur va juger la façon dont ils délivrent ses mots. Et la seconde étant de vouloir changer les dialogues, en le consultant. "Ils viennent vous voir en vous disant : "Eh ! J'ai trouvé une autre réplique pour mon personnage. Je pense qu'elle est plus drôle comme ça". Évidemment qu'elle est plus drôle comme ça, puisque tu viens de l'inventer. Elle est donc plus fraîche. Car la réplique dans le scénario est là depuis deux ans, et qu'elle te semble usée. Sauf que cette réplique, elle a été acceptée il y a deux ans. Et elle est toujours là deux ans après. C'est donc celle-là qui est la meilleure".

Des anecdotes comme celles-là, on pourrait encore vous en livrer des dizaines.

Terminons juste alors sur cette réponse que Koepp donne quand on lui demande s'il est particulièrement fier d'une réplique qu'il a écrite. Le scénariste en raconte deux : dans "Jurassic Park", le personnage de Samuel L Jackson relance à un moment le système électrique du parc, et dit "Hold onto your butts", qu'on pourrait traduire par "Accrochez-vous à vos fesses".

Une phrase que David Koepp a piquée à Robert Zemeckis, le réalisateur de "Retour vers le futur" et "Forrest Gump". Koepp et Zemeckis ont en effet collaboré sur le film "La mort vous va si bien", qui a connu pas mal de difficultés. Et lors d'une projection aux producteurs de scènes rajoutées, Zemeckis a lancé ce "Hold on to your butts" au moment de balancer les images.

Mais la réplique dont David Koepp reste le plus fier est le tout dernier dialogue d'un film qu'il a réalisé, "Ghost Town". Le héros, Bertram (Ricky Gervais) est un dentiste misanthrope, qui tombe amoureux d'une femme, Gwen (Tea Leoni) à qui il n'ose pas déclarer sa flamme. A la fin du film, Gwen vient voir Bertram une dernière fois à son cabinet de dentiste. Et elle lui dit, dernière réplique du film, "It hurts when I smile" - "Cela fait mal quand je souris", ce à quoi il lui répond "I can fix that for you" - "Je peux régler cela pour toi".

Une manière pudique et émouvante pour David Koepp d'incarner en quelques mots le sentiment amoureux. Et une belle façon de conclure cette leçon de cinéma avec un des plus grands scénaristes hollywoodiens...