Tueurs : un impressionnant polar... et peut-être même plus

Bouli Lanner dans "Tueurs"
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Bouli Lanner dans "Tueurs" - © Versus Production - J. Voet

Ce mercredi sortira "Tueurs", de François Troukens et Jean-François Hensgens. Et au-delà de sa réussite, il pourrait peut-être marquer un tournant dans le cinéma belge francophone.

Une claque. Voilà la première pensée qui vient à l'esprit en sortant de la projection de "Tueurs". Une claque visuelle et sonore. Une claque narrative. Une claque de cinéma.

Dès les premières minutes de "Tueurs", où une scène d'explosion et de tuerie dans un parking fait place à un braquage de fourgon, on se dit qu'on a affaire à du lourd. Du très lourd. Mais on craint aussi que ce feu d'artifice de sensations fortes et d'images chocs s'arrête tout aussi vite. Car on se dit qu'une telle maestria ne pourra pas durer longtemps et que, faute de moyens – aah, les clichés sur le cinéma belge francophone - on va ensuite se retrouver face à un film bavard et plan-plan. Sauf que... Il n'en est rien.

"Tueurs", c'est du concentré d'adrénaline pendant une heure et demie. Et si on a droit à tous les archétypes du film de genre - les flics corrompus, les truands au grand cœur, les mâchoires serrées, les coups de sang, les trahisons... - François Troukens et Jean-François Hensgens mélangent tous ces ingrédients avec brio et intelligence, pour nous livrer un film riche de scènes marquantes, servi par des acteurs impeccables (Olivier Gourmet, Bouli Lanners, Lubna Azabal...).

Avec "Tueurs", on est pris aux tripes du début à la fin, et on en a pour son argent.

Les deux réalisateurs ont enlevé tout le gras de leur récit, pour aller à l'essentiel, et vous emballer l'histoire en 90 minutes haletantes. C'est la force de "Tueurs", cette efficacité et ce rythme soutenus, mais aussi sa petite faiblesse : on aurait aimé s'attarder un peu plus sur certains personnages.

Mais ces petits bémols sont moindres face à la vraie réussite qu'est ce film.

On rentre dans la salle en se demandant si Troukens et Hensgens arriveront au niveau d'un Olivier Marchal de "36 Quai des Orfèvres", et on en ressort en se disant qu'ils sont plutôt arrivés à lorgner du côté du Michael Mann de "Heat". Ainsi la scène de fusillade dans un tunnel bruxellois reste longtemps en tête après la projection, notamment pour son impressionnant travail sur le son.

Et si le film s'inspire de l'affaire des Tueurs du Brabant, il s'en éloigne assez vite pour trouver ses propres codes, sa propre histoire, à base de trahisons, de braquages et de règlements de comptes.

Tueurs, c'est un polar made in Belgium, qui revendique ses racines noires-jaunes-rouges, dans le choix de ses comédiens, de ses lieux de tournage et de ses références à une des plus sombres histoires de notre pays.

Et il ne fait aucun doute que François Troukens, qui a écrit le film et l'a co-réalisé avec son chef opérateur Jean-François Hensgens, est un cinéaste avec lequel il faudra compter dans les années à venir, sans doute même au-delà de nos frontières.

UN APRES " TUEURS " ?

Au-delà de sa réussite, "Tueurs" pourrait peut-être aussi marquer un tournant dans l'histoire du cinéma belge francophone.

Tout d'abord, le film réussit à combler le fossé qui existait jusque là entre le cinéma du nord du pays, familiarisé à ce genre de cinéma depuis de nombreuses années, notamment avec des films comme "De zaak Alzheimer" (Erik Van Looy), "Het Vonnis" (Jan Verheyen) ou "Rundskop" (Michael Roskam), et celui du sud, plus habitué à des drames intimistes ou sociaux.

Ensuite et surtout, si "Tueurs" rencontre son public et devient un succès sur notre petit territoire, il pourrait bien ouvrir la voie à d'autres jeunes réalisateurs, eux aussi férus de films de genre.

Si leurs noms ne sont pas encore connus du grand public, ils ont déjà fait leurs preuves dans le court métrage. Ils s'appellent Vincent Smitz, Sébastien Petit, Pablo Munoz Gomez, Frédéric Castadot, Sacha Feiner, Sébastien Petretti... Et ils ont été biberonnés à Steven Spielberg, Robert Zemeckis, John Carpenter ou Tim Burton. 

On s'amusera d'ailleurs de voir que les producteurs de "Tueurs", Jacques-Henri et Olivier Bronckaert, sont également ceux des films de Joachim Lafosse.

Faut-il y voir un symbole du cinéma belge francophone de demain, où pourraient enfin se marier des drames avec des polars, des comédies et autres films fantastiques ?

Une chose est sure : la relève est là, et elle ne demande qu'à tourner.

D'ici là, allez voir "Tueurs" ce mercredi, et vous verrez ce que fait cette relève quand on lui donne les moyens de (nous) faire son cinéma.