Pourquoi Gaumont a-t-elle interdit la projection des Visiteurs au BIFFF ?

Pourquoi Gaumont a-t-elle interdit la projection des Visiteurs au BIFFF ?
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Pourquoi Gaumont a-t-elle interdit la projection des Visiteurs au BIFFF ? - © DR

C'était sans doute un des événements les plus attendus de la 34ème édition du BIFFF, qui se déroule en ce moment à Bozar : la projection en avant-première de "Les visiteurs – La Révolution" le vendredi 1er avril. Bardaf : la veille, les organisateurs du festival annoncent que le film ne sera finalement pas montré au public, suite à une interdiction de la Gaumont, producteur du long métrage. Pourquoi ? Comment ? Jour ? Nuit ? Toutes ces questions, nous sommes allés les poser directement au responsable marketing France de Gaumont.

 

Hughes Aumont, vous êtes responsable marketing à la Gaumont. " Les Visiteurs – la Révolution " devait passer en avant-première au BIFFF. Or, vous avez interdit cette projection la veille. Pourquoi ?

Il s'agit avant tout d'un malentendu. Quand le distributeur belge du film, Paradisio, nous a contactés pour nous demander si "Les Visiteurs - La Révolution" pouvait être projeté au Festival du Film Fantastique de Bruxelles, j'ai tout de suite contacté Christian Clavier, pour avoir son accord éventuel. C'est lui qui a en charge toute la promotion du film, ce qui est tout à fait logique puisqu'il en est le scénariste et le réalisateur.

Euh... Non. C'est Jean-Marie Poiré qui a réalisé le film. Et il l'a coécrit avec Christian Clavier.

(Hughes Aumont éclate de rire) Restons un peu sérieux, voyons. On parle de Christian Clavier, monsieur. Vous pensez sincèrement que son ego peut rentrer dans la même pièce qu'un autre auteur ? Allons, allons... Bref, j'ai donc demandé à Christian – je précise que je l'appelle par son prénom car il m'en a gentiment donné l'autorisation – si "Les Visiteurs - La Révolution" pouvait être projeté au Festival du Film Fantastique de Bruxelles, et il m'a tout de suite dit oui.

Alors pourquoi avoir interdit la projection la veille ?

Comme je vous le disais, c'est un bête malentendu. Christian pensait qu'il s'agissait d'un festival où on passe des films fantastiques. Fantastiques, dans le sens formidables, extraordinaires. Comme dans la phrase "Tout ce que fait Christian Clavier est fantastique". C'est une phrase que Christian me répète souvent. Puis il a appris ce qu'était réellement le BIFFF, et il a logiquement retiré son autorisation.

Pourquoi ?

Parce que le BIFFF est un festival bon enfant, où les gens viennent pour rire, faire des commentaires si le film est mauvais, applaudir si les rebondissements dans l'histoire sont bons. Bref, c'est un public très actif, qui met une vraie ambiance. Autrement dit, pas du tout le public adéquat pour "Les Visiteurs - La Révolution".

Je ne comprends pas.

Nous avons fait une projection-test du film il y a quelques jours, et il y avait une qualité de silence rare, comme on ne peut l'entendre que dans les projections de comédies françaises. Celles de Franck Dubosc, de Kev Adams ou de Kad Merad. C'est bien simple : durant la projection de "Les Visiteurs - La Révolution", on entendait une mouche voler. Je le sais : c'est moi qui ai lancé cette mouche dans la salle à la moitié du film.

Impressionnant.

Et je ne vous ai pas dit le meilleur ! Au moment où j'ai lancé cette mouche, on avait à l'écran à une scène entre Ary Abittan et Frédérique Bel. Même la mouche a fini par se taire. Je pense que si j'avais lancé une deuxième mouche, la première mouche l'aurait entendue voler.

C'est donc pour ça que vous avez interdit la projection du film au BIFFF ?

Bien entendu. Cela nous aurait semblé totalement inapproprié d'entendre des gens rire pendant que le film est projeté. Ce n'était pas le but de Christian en faisant "Les Visiteurs - La Révolution". Revoyez la bande annonce du film. Si vous riez à un seul moment, c'est que vous êtes passé à côté du propos et des intentions de l'oeuvre et de son auteur.

Mais vous ne craignez pas une mauvaise publicité suite à cette annulation ? Un bad buzz ?

Ah ah ah. Mais que vous êtes naïf. Vous n'avez vraiment rien compris au marketing moderne, mon cher. Un bad buzz, c'est quoi ? C'est un buzz ! Autrement dit, si on parle mal de votre film, on en parle ! Et les gens sont curieux ! Du coup, ils veulent aller le voir ! Nous avons au contraire marqué un gros coup en annulant cette projection. Un bad buzz, ça revient à dire à quelqu'un "Surtout, ne rentre pas dans cette pièce, Robert a fait un gros caca sur la moquette. " Que va faire toute personne normalement constituée ? Elle mourra d'envie d'entrer dans la pièce pour voir le gros caca de Robert sur la moquette. C'est la nature humaine, ça. Eh bien, ce que nous avons fait au BIFFF avec "Les Visiteurs - La Révolution", c'est le gros caca de Robert sur la moquette.

Ce n'est pas très respectueux des spectateurs du BIFFF.

(il s'énerve) Oh, écoutez, le public belge, ça va, hein ! On a tourné une bonne partie du film en Belgique, et on n'a eu que des problèmes.

Ah bon ? Lesquels ?

Tout d'abord, les gens étaient extrêmement sympathiques et accueillants, ce qui a fort perturbé l'équipe, et en particulier Christian, qui n'est pas du tout habitué à ce genre d'atmosphère. Et puis, on a eu de véritables soucis avec les acteurs belges qu'on a pris dans le film : Stéphanie Crayencour, Chistian Hecq, Christelle Cornil, Alexandre Von Sivers, Patrick Descamps, Jean-Luc Couchard... Ils étaient purement et simplement catastrophiques.

Ils jouaient mal ?

Mais non ! Justement ! Ils jouaient tous bien ! Du coup, ils n'étaient pas du tout raccord avec le reste du casting. Franck Dubosc ne savait plus comment jouer faux. Vous imaginez ? Il se repassait des scènes de "Cineman" entre chaque prise pour essayer de retrouver sa technique. Je peux vous dire qu'on a ramé au montage pour essayer de créer une unité de jeu dans tout ça.

Et vous avez fait comment ?

Oh ben comme d'hab, hein : on a coupé au max les acteurs belges.

Bref, le film n'est pas passé au BIFFF. Il faudra donc aller voir le film mercredi en salles.

Oui. Et ce qui est formidable, c'est que nous avons prévu là aussi une technique marketing incroyable, et totalement inédite : nous avons engagé des vigiles à l'entrée de chaque salle.

Pour prévenir les risques de piratage ?

Non. Pour empêcher les gens de voir le film.

Euh... Je ne comprends pas bien, là.

C'est normal, vous ne bossez pas dans le marketing. Nous allons empêcher les gens de rentrer dans les salles. Ils paieront leur place, mais ils ne pourront pas voir "Les Visiteurs - La Révolution". Comme au BIFFF ! Génial, non ?

Mais vous êtes fous ? Les gens vont être furieux !

Ce qui ne fera qu'augmenter le bad buzz autour du film, et renforcer l'envie de le voir. On appelle ça dans notre jargon "The discotheque method" : vous mettez un sorteur à l'entrée d'une boîte de nuit qui décide qui a le droit de rentrer, et boum ! Tout le monde a envie de rentrer. Pour pouvoir se sentir privilégié. Différent. Au-dessus de la masse. C'est exactement ce que nous allons faire avec notre film. Créer la frustration. La rareté. Pour que le spectateur se dise : "Je dois voir ce film. Pour pouvoir dire que j'y étais. Que je faisais partie du club".

Sauf qu'ils ne pourront pas le voir du tout.

Voilà. On touche au stade ultime du marketing. Le film dont tout le monde parlera, où tout le monde achètera sa place, mais que personne ne verra. La boîte de nuit vide. C'est génial. Génial !

Je vous le demande à nouveau : où est le respect du spectateur là-dedans ?

Ah ben croyez-moi : empêcher les gens de voir "Les Visiteurs - La Révolution", c'est une vraie marque de respect. Je suis un des rares à avoir vu la copie finale, et je peux vous dire qu'on fait un vrai cadeau en vous interdisant de le voir.

C'est à ce point ?

Vous voulez que je vous rappelle le casting ?

D'accord. Merci Hughes Aumont.

Merci à vous. Et si jamais des spectateurs veulent vraiment rire ou passer un bon moment dans une salle, qu'ils aillent plutôt au BIFFF, ça se termine le 10 avril.

 

Christophe Bourdon


NdR : Toute ressemblance avec un responsable marketing de chez Gaumont serait purement fortuite. Et l'auteur n'a même pas vu "Les Visiteurs - La Révolution", ce qui vous situe sa mauvaise foi crasse.