Le jeu des Tchèques est mat

Christophe Bourdon
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Christophe Bourdon - © RTBF

Le Tchèque Lukas Vondracek est le grand gagnant du Concours Reine Elisabeth, dont l'édition 2016 était consacrée au piano. Nous avons pu le rencontrer en exclusivité à l'issue de la remise des prix.

Lukas Vondracek, pouvez-vous vous présenter en deux mots ?

Lukas Vondracek.

Oui, enfin, vous pouvez employer plus de deux mots.

Il faut savoir ce que vous voulez, mon gars. Bon, alors... Mon nom est Lukas. J'habite au deuxième étage. J'habite au-dessus de chez vous. Oui, je pense que vous m'avez déjà vu avant.

Quoi ?

Comprenne qui pourra... Sinon, je m'appelle Lukas Vondracek, j'ai 29 ans, et je suis né en République tchèque.

Un pays qui est paraît-il réputé pour la qualité de ses pianistes.

Absolument. J'ai croisé récemment Garry Kasparov au McDonald's de New York, où j'étais de passage pour donner un concert.

Au McDonald's ?

Non. A New York. Essayez un peu de suivre, mon vieux. J'ai donc croisé Garry Kasparov, et il m'a dit : " J'adore le jeu des Tchèques ". Ça vous situe le niveau.

Du jeu de mots ?

Quel jeu de mots ?

Non, rien.

Kasparov, qui est un grand amateur de musique classique, m'a juste fait un reproche. Il m'a dit que les pianistes tchèques avaient tous un point commun : ils jouent de façon un peu étouffée, le son ne résonne pas assez.

Vous pensez que c'est le cas ?

Ecoutez, je n'y avais jamais vraiment pensé, mais en y réfléchissant bien, oui, je suis assez d'accord avec lui. Comme Garry me l'a si bien dit : "Le jeu des Tchèques est mat".

Tout ça pour ça...

Tout ça pour quoi ?

Non, rien. Vous avez donc remporté le Concours international Reine Elisabeth samedi passé. Quelle a été votre première réaction ?

La déception.

Ah bon ?

Oui. Je suis le grand gagnant, et qui vient me féliciter ? La Reine Mathilde. Alors que c'est le concours Reine Elisabeth. Est-ce qu'il s'agit du Concours Reine Mathilde ? Est-ce qu'il était écrit sur l'affiche "Concours Reine Mathilde" ? Non, je ne le pense pas. Alors, pourquoi la Reine Elisabeth n'est-elle pas venue me féliciter ? Avait-elle mieux à faire ? Elle crée un concours, et puis elle n'y vient même pas ? Quelle nonchalance.

Elle est décédée en 1965.

Oh, ce genre d'excuses, on l'a tous sorti à un moment ou à un autre. A moi, on ne me la fait pas. Si elle n'a plus envie de venir, qu'on rebaptise le Concours Reine Mathilde, et on n'en parle plus.

Que vous a dit la Reine Mathilde ?

"Bravo". J'ai été épaté par son sens de la répartie.

Et que lui avez-vous répondu ?

"Merci". Je pense qu'on a atteint là un niveau de dialogue inégalé.

Et c'est tout ?

Non, après, elle m'a demandé si je jouais du piano depuis longtemps. Je lui ai répondu que j'avais commencé la veille. Elle m'a répondu que c'était formidable, d'un air impressionné. Je pense qu'elle n'a pas compris la vanne.

Vous êtes un peu moqueur.

C'est elle qui a commencé.

J'ai vu que vous aviez donné votre premier concert à l'âge de quatre ans.

Oui. Je m'en souviens parfaitement. J'ai joué la nocturne en si bémol mineur, opus 9, numéro 1, de Frédéric Chopin. Et je me suis endormi avant la fin en suçant mon pouce.

Vous êtes très précoce.

C'est le plus grand reproche que me font les femmes.

Ça aide pour séduire, le piano ?

Disons que j'ai déjà eu quelques touches.

C'est un festival.

Où ça ?

Non, rien. Le piano occupe une place importante dans votre vie ?

Ca va, ce n'est pas une obsession. J'arrive à penser à d'autres choses. J'aime beaucoup le cinéma, par exemple. Je suis fan d'un acteur français en particulier.

Qui ?

Clavier.

Bon, je pense qu'on a un peu fait le tour, là.

Le tour de quoi ?

Non, rien. Boyan Vodenitcharov, qui est professeur de piano au Conservatoire de Bruxelles et qui faisait partie du jury, a déclaré à votre sujet : " C'est un phénomène, je crois que c'est clair comme le jour, c'est quelqu'un qui est rare... On entend le 21ème siècle dans son jeu. C'est un musicien nouveau. "

Oui, il a l'art de faire des déclarations puissantes, qui ne sont pas passe-partout. Il est fort, Boyan.

D'accord...

Quoi ?

Non, rien.

Ça m'a touché car Boyan Vodenitcharov fait partie de mes références. Au même titre que Petroniv Boutchourenko, Alexian Koldenovitch, Boudhroum Barkonatov et bien entendu le grand Casparinov Madinistobarakitchian, qu'on ne présente évidemment plus.

Evidemment.

Vous le connaissez ?

Je connais plus sa sœur, Vladislana Madinistobarakitchian.

Ah oui, je vois. Elle habite toujours du côté de Mejdouretchensk ?

On m'a dit qu'elle avait déménagé à Novochakhtinsk.

Ah oui, maintenant que vous le dites, je m'en souviens. Je l'avais croisée à Jeleznodorjny avec sa mère, Pietrellana Madinistobarakitchian, et elle m'avait expliqué qu'elle voulait quitter Mejdouretchensk car les sonnettes n'étaient pas assez larges pour y écrire son nom.

Voilà

Voilà.

Voilà voilà...

Bon, ben, on va y aller, hein ?

Oui. Et sinon, vous avez des projets ?

Oh... Du piano, du piano, et du piano.

Vous y allez en force !

Non, j'y vais piano.

D'accord. C'est bien de finir là-dessus.

Oui, hein. Je pense qu'on ne fera pas mieux. Déjà qu'on n'a pas fait beaucoup pire.

Christophe Bourdon

  

NdR : Toute ressemblance avec une véritable interview de Lukas Vondracek serait franchement surprenante.