Le Batman Vs Superman français arrive

Ce mercredi sortira sur nos écrans "Batman Vs Superman", la rencontre aux sommets de deux icônes mythiques du cinéma américain. Mais dans l'ombre, un producteur prépare la riposte du cinéma français. Et ça va faire mal...

Vendredi 18 mars, bureaux de La Petite Reine à Paris. Une société de production dirigée de main de maître par Thomas Langmann, fils de Claude Berri, à qui l'on doit des bulldozers du cinéma français comme "Astérix et Obélix aux Jeux Olympiques", "Le boulet", "The Artist" ou "Stars 80".

Langmann a réuni son équipe pour lui annoncer son nouveau grand projet. Un pas n'importe quel projet. LE plus grand projet de l'histoire du cinéma français. "Bon, les gars, ça fait des années que le cinéma américain cartonne avec des films de super-héros comme The Avengers ou Spiderman. Là, je sors de "Batman vs Superman" et je me suis pris une grosse claque".

Un assistant lève la main, timidement : "C'est vrai ? C'est si bien que ça ? J'ai très envie de le voir" ; Thomas Langmann enchaîne : "Non. Le gars devant moi était trop grand, je me suis énervé sur lui, et je me suis pris une grosse claque. Et toi, tu es viré, je déteste qu'on me rappelle des mauvais souvenirs".

Thomas Langmann appuie sur un bouton et une trappe s'ouvre sous le siège de l'assistant, qui disparaît dans un cri. La trappe se referme. On entend des claquements de mâchoires de crocodiles.

Langmann reprend le fil de sa pensée fertile. "En sortant de la salle, je me suis dit : Mais bordel, pourquoi on n'a pas ça chez nous ? Pourquoi on n'a pas ça chez nous ??"

Un autre assistant s'aventure à lui répondre : " Parce qu'on n'a pas de super-héros en France ? " Thomas Langmann sort un poignard de sa manche et le plante dans le front de l'assistant, qui s'effondre dans une mare de sang. "Bonne réponse. Mais je ne supporte pas qu'on la donne avant moi. Parce qu'on n'a pas de super-héros en France. Du coup, j'ai réfléchi. Longtemps. Longtemps. Puis une idée géniale m'est venue. Car vous le savez tous, je n'ai que des idées géniales. C'est quand même moi qui me suis dit un jour qu'on pourrait faire un film basé sur la tournée Stars 80. Et je l'ai fait ! Et des parents sont allés le voir avec leurs enfants ! Alors que Jean-Luc Lahaye jouait dedans ! Si ça c'est pas la preuve que j'ai du flair..."

Un silence de mort envahit la pièce. Langmann continue. "Du coup, j'ai brainstormé avec moi-même, et je me suis demandé qui étaient nos super-héros du cinéma français à nous. Et surtout, quels super-héros on pourrait associer dans un film. Qui seraient nos Batman et Superman à nous ? Et là, l'idée m'est apparue. Un éclair de génie."

Langmann fait une pause. Son équipe est suspendue à ses lèvres. Il les frappe pour qu'ils se décrochent, car ce n'est pas évident de bien articuler avec des gens qui se suspendent à votre bouche. Le producteur balance alors sa bombe. Son idée de génie... "On va faire un film qui réunit Aladin et Les Bronzés !"

 

Un poster sous verre du film "Le boulet" se détache du mur et se brise au sol. Un assistant le ramasse et en profite pour s'ouvrir les veines avec un morceau. Une autre assistante saute par la fenêtre en poussant un hurlement incompréhensible. Langmann s'emballe. "Imaginez ! Imaginez ! La rencontre au sommet des plus grands artistes comiques de notre patrimoine ! Kev Adams et Christian Clavier enfin réunis sur la même affiche ! Deux générations d'humoristes de génie ! Et surtout... Deux générations de spectateurs dans la salle ! Le carton assuré ! Le carton !! Ze box !!! Ze box-office !!! "

Oui, Thomas Langmann est bilingue. Mais surtout en français.

Une larme de joie coule sur la joue du producteur, tandis que retentit la neuvième de Beethoven dans le bureau, lancée par un assistant debout à côté d'une chaîne hi-fi. Langmann ouvre grand la porte du bureau. Un lion se jette sur l'assistant et le dévore. Langmann hurle. "J'avais demandé la 7ème de Beethoven ! Pas la 9ème !! Bande d'incapables ! Mon effet d'annonce est tombé à l'eau !! Vous n'êtes même pas foutus de lire mes notes de service !!". Il brandit une feuille de service, puis se calme en un instant. "Ah non... Au temps pour moi... J'avais noté 9ème. Je me suis trompé. Sorry. Sans rancune, hein !".

Le lion s'arrête de dévorer l'assistant et sort de la pièce en poussant un petit rot.

" Bon. Où en étais-je ? Ah oui. La rencontre au sommet des super-héros de la comédie française. J'ai longtemps réfléchi au titre de ce film qui va tout déchirer. Je me suis dit qu'on devait tout de suite capter qu'il allait s'agir de la rencontre d'Aladin avec Les Bronzés. Et c'est comme ça qu'au bout de deux jours de réflexion, j'ai fini par trouver ZE titre... "

Thomas Langmann fait une nouvelle pause. Il regarde chaque membre restant de son équipe dans les yeux. Il sourit. On devine une petite bosse dans son pantalon. C'est là que le producteur range son portefeuille. Puis il balance le titre du film. " Aladin et les Bronzés. Ça le fait, hein ? "

Un assistant accroche une corde au lustre au-dessus de la table et se pend. Un autre pousse une baignoire dans la pièce, la remplit d'eau, puis y plonge avec un sèche-cheveux allumé. 

L'emballement de Thomas Langmann va grandissant. "J'ai déjà le scénario ! Les Bronzés vont en vacances à Marrakech, ils achètent une lampe magique, un génie en sort, il leur dit qu'il peut exaucer un seul de leurs vœux. Là, Gérard Jugnot s'exclame : "C'est ça. Et tu vas nous faire rencontrer Aladin, aussi ?" Et boum ! Le génie les fait rencontrer Aladin. Génial, non ?"

Un assistant croque dans sa dent. Une odeur de cyanure se répand dans la pièce. Une autre ouvre un livre de Marc Levy et fait un AVC au bout de la première page.

Langmann est hystérique de joie. "Et je ne vous ai pas dit le meilleur ! Pour le rôle du génie... Je viens de l'avoir en ligne ! Il est partant ! Il adore le scénario que je n'ai pas encore écrit ! Les gars ! Les gars !! Pour le rôle du génie... On va avoir Franck Dubosc !! YEAH !!!"

La tête d'un assistant explose d'elle-même, sans qu'on lui ait demandé. Des bouts de chair sont projetés sur l'Oscar reçu pour "The Artist". Un autre décroche son téléphone et contacte Cyril Hanouna pour lui proposer de devenir un de ses chroniqueurs. Un troisième envoie un mail à son agent immobilier pour lui demander de lui trouver un logement à Molenbeek.

Au bord des larmes, Thomas Langmann conclut, épuisé par tant de joie. "Bon. Je vous laisse. Je pars écrire le scénario à Marrakech. Je reviens demain, il sera fini. On sort "Aladin et Les Bronzés" l'an prochain."

Thomas Langmann se dirige vers la sortie. Puis il se retourne vers son équipe. "Et vous pouvez déjà lancer la pré-production de ma toute nouvelle idée, que j'ai eue il y a cinq minutes : "Les visiteurs font du ski".

 

Tremblez, messieurs les Américains.

 

Christophe Bourdon

 

PS : Toute ressemblance avec un Thomas Langmann existant ou ayant existé serait purement fortuite.