La petite histoire des grandes oeuvres : Titanic

Et le Titanic coule..
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Et le Titanic coule.. - © Hulton Archive - Getty Images

Vous pensiez tout savoir de vos œuvres préférées ? C’était avant de lire ceci…

Episode 03 : Le tournage du film Titanic

Nous sommes le 3 juillet 1996. Alors que Kendji Girac pousse son premier cri, c’est un autre drame qui va bientôt frapper le monde artistique. James Cameron vient de commencer le tournage du film "Titanic", et il ne sait pas encore qu’il s’est embarqué dans une galère qui pourrait bien s’écraser sur l’iceberg de sa mégalomanie.

Le réalisateur de "Terminator" et de "True Lies" est bien connu dans le milieu pour sa folie des grandeurs, et il va être à la hauteur de sa réputation sur ce tournage pharaonique.

Cameron a en effet exigé qu’une réplique grandeur nature du Titanic soit entièrement reconstituée en studio, pour pouvoir la filmer sous tous les angles. Si la production a validé cette demande, elle ne va pas être au bout de ses surprises. Cameron a envie de montrer qui est le patron sur ce projet ambitieux, et il va vite basculer dans la folie et la démesure.

La réplique grandeur nature du Titanic est installée dans un bassin géant, aux studios Baja situés à Rosarito, au Mexique. Un immense écran vert dans le fond permettra d’incruster en images de synthèse le reste de l’Océan. Mais Cameron n’est pas satisfait de cette disposition, qui manque selon lui d’authenticité.

Il demande alors que l’Océan Atlantique soit lui aussi entièrement reconstitué, goutte par goutte, dans le studio. Prise au dépourvu, l’équipe essaie de trouver un arrangement, et propose à la place de reconstituer l’Océan Indien, nettement moins coûteux, puisque directement fabriqué par des petits Hindous dans des ateliers à Bombay. Mais Cameron n’en démord pas : il veut une reconstitution exacte de l’Océan Atlantique, ou il ne tournera pas. L’équipe technique se met au travail.

Le metteur en scène, piqué au vif face aux hésitations de ses techniciens, décide alors d’aller plus loin, afin d’asseoir définitivement son autorité. Il demande que ses deux acteurs principaux, Léonardo Di Caprio et Kate Winslet, soient également reconstitués, mais au double de leur taille réelle, en arguant que cela lui sera très utile pour les plans larges.

Devant l’insistance du réalisateur capricieux et colérique, l’équipe contacte les organisateurs de la Ducasse de Mons, qui créent des géants de papier à l’image de Léonardo Di Caprio et de Kate Winslet, qui de leur côté, forts au fait du folklore belge, sont descendus incognitos dans l’hôtel du coin sous le nom de Tchantchès et Nanesse.

Mais les deux acteurs prennent la mouche en voyant débarquer leurs doublures géantes sur le plateau. Plateau qui a par ailleurs été lui-même entièrement reconstitué entre-temps sur un autre plateau, au triple de sa taille initiale, toujours à la demande de Cameron. Di Caprio et Winslet s’opposent fermement à l’utilisation de ces doublures géantes, et exigent pour leur part d’être reconstitués au tiers de leur taille, pour les gros plans.

L’équipe contacte alors la production de Fort Boyard, et Passe-Temps et Passe-Partout sont engagés comme doublures, à l’insu de James Cameron. Les deux comédiens français arrivent sur le plateau trois jours plus tard, et se voient aussitôt confier le trousseau de clés du studio.

En apprenant la nouvelle de leur engagement, le réalisateur voit rouge et demande qu’on lui fabrique un double reconstitué de lui-même, en utilisant un cyborg sur lequel sera plaquée une réplique en latex de son visage.

En attendant, le tournage n’a pas avancé d’un pouce, et l’iceberg reconstitué grandeur nature demandé par Cameron a complètement fondu, entraînant avec lui une montée des eaux qui a noyé Passe-Temps et Passe-Partout.

De son côté, l’équipe technique ne s’y retrouve plus face aux deux James Cameron, dont l’un passe son temps à dire en boucle "Il faut détruire la race humaine. Les cyborgs domineront le monde" avant de quitter le plateau d’un menaçant "I’ll be back".

Bref, c’est le chaos total. Et les choses empirent quand Leonardo Di Caprio avoue à son metteur en scène qu’il ne sait pas nager sans petites bouées orange. L’acteur impose le port de ces petites bouées sur toutes les scènes, par peur de tomber par-dessus bord. Les petites bouées orange devront être effacées en postproduction, image par image, ce qui entraîne un surcoût supplémentaire.

Quant à James Cameron, il n’a pas encore tourné un seul plan de son film, qui a pourtant démarré il y a huit mois. La production annonce au réalisateur qu’elle est sur le point de débrancher la prise, quand il leur fait remarquer qu’ils risqueraient de s’électrocuter en agissant de la sorte, vu que cette prise est dans l’eau.

La production lui laisse une dernière chance. Si Cameron n’a pas mis en boîte la première scène du film d’ici au lendemain, le film s’arrêtera pour de bon. Cameron n’a plus le choix. Il décide alors de filmer la séquence où Leonardo Di Caprio est sur une planche de bois, pendant que Kate Winslet se noie à côté. L’actrice lui fait alors remarquer que dans le scénario, toute l’histoire est racontée par le personnage de Rose, devenue vieille, et qui a donc survécu au naufrage. Et qu’il serait donc peut-être plus opportun que ce soit Leonardo qui se noie, et pas elle.

Le réalisateur lui fait remarquer que le public ne s’arrêtera pas à ce genre de détails. Mais Kate Winslet tient bon, et menace de dire toutes ces répliques en wallon si Cameron ne plie pas.

Le réalisateur cède, Kate monte sur la planche, et Leonardo se noie. Non sans demander qu’on dissimule une carcasse de cheval dans le fond de l’océan, pour qu’il puisse se blottir au chaud à l’intérieur en attendant la fin de la prise.

La scène est une réussite totale, les producteurs laissent James Cameron continuer le tournage, et le reste appartient à l’histoire du cinéma.

Lors de la soirée de fin de tournage, Leonardo Di Caprio raconte l’anecdote de la carcasse de cheval autour de lui. Un jeune réalisateur mexicain passe par là et range cette histoire dans un coin de sa tête. Son nom ? Alejandro González Iñárritu. Près de vingt ans plus tard, il en fera un film, " The revenant ". Qui vaudra son premier Oscar à son acteur principal, Leonardo Di Caprio.

Mais ceci est une autre petite histoire des grandes oeuvres.

Un petit rappel du film qu’on ne regardera jamais plus de la même manière