La petite histoire des grandes œuvres : le dernier enregistrement des Beatles

Vous pensiez tout savoir de vos œuvres préférées ? C’était avant de lire ceci…

Episode 01 : Le dernier enregistrement studio des Beatles

Nous sommes le mercredi 20 août 1969. En France, Johnny Hallyday est numéro 1 avec sa chanson "Que je t’aime". Outre-manche, Robert Plant, tout jeune chanteur de Led Zeppelin, fête ses 21 ans.

Au même moment, les Beatles sont réunis en studio pour mettre la dernière main à l’enregistrement de leur onzième album, "Abbey Road". En ce début de matinée ensoleillée, les quatre scarabées ne savent pas encore que ce sera leur dernier jour en studio…

Et quel temps fait-il sur Abbey Road aujourd'hui ?

Il faut dire que les séances d’enregistrement avaient plutôt mal commencé. Dès la première semaine, des tensions naissent dans le groupe. La raison ? Le titre de l’album.

Quand Paul McCartney contacte ses camarades pour leur annoncer qu’ils vont enregistrer "Abbey Road", des malentendus lourds de conséquences s’installent d’entrée de jeu.

Réfugié dans un ashram en Inde pour perfectionner sa pratique du sitar, George Harrison comprend en effet mal le message de Paul, et se rend au Liban, persuadé que Paul lui a dit "On va enregistrer l’album à Beyrouth".

Même incompréhension du côté de Ringo Starr, qui est en train de jouer de la batterie quand il reçoit l’appel. Il se rend pour sa part dans le Nord de la France, convaincu que Paul lui a bel et bien dit "On va enregistrer l’album, hein biloute ?".

Quant à John Lennon, il n’a rien compris non plus au message de Paul, car Yoko Ono est, comme à son habitude, occupée à pousser des cris dans la pièce voisine. Des cris qui sont au cœur de sa performance artistique la plus célèbre, et qui s’intitule "Breaking balls".

L’enregistrement de "Abbey Road" commence avec une semaine de retard et beaucoup d’énervement dans le chef de chaque musicien. Un énervement renforcé par la forte odeur de maroilles qui se dégage de Ringo Starr, odeur qui contraint même ses camarades à évacuer le studio un jour de forte chaleur.

George Harrison essaie bien de détendre l’atmosphère, en lançant à Paul : "Quand tu m’as appelé dans mon ashram en Inde, si j’avais mieux entendu la conversation, je ne serais pas arrivé sitar". Mais la plaisanterie tombe à plat : les Beatles parlent anglais, et "si tard" se dit "so late" dans la langue de Shakespeare, ce qui enlève beaucoup de saveur au jeu de mots de George. Vexé, Harrison décide de ne plus dire un mot de tout l’enregistrement. Devant son air boudeur, les trois auteurs le surnomment vite "le cochon d’Inde".

L’ambiance est lourde, renforcée par la présence envahissante de Yoko Ono, qui continue de pousser des petits cris que seul John Lennon est à même de comprendre, et qui ont le don de crisper le reste du groupe. 
En 1998, le grand spécialiste des Beatles, Brice Dédouble, publiera d’ailleurs un dictionnaire " Yoko Ono-français ", dont nous vous livrons ce petit extrait :

Yoko Ono

Français

Aaaaa you aaaa, yop eeee oooo aaa

Tu peux me passer la théière, John ?

Oooo iiii eeee ouuu aaaa, yoooo eee oooo

C’est dingue cette affaire Nethys…

Iiiiii ouuuuu aaaaa aaaaaaa aaaaa aaaaa aaaa eeee

Ben, je préfère quand même les Rolling Stones

 

Tant bien que mal, John, George, Ringo et Paul mettent en boîte les futurs classiques que sont "Something", "Come together" ou le splendide "Here comes the sun".

Mais les tensions ne s’apaisent pas pour autant. Car si Ringo Starr arrive à caser sa chanson "Octopus’s Garden", le groupe lui refuse catégoriquement une autre de ses compositions, "And we make the napkins turn", lui opposant le fait que "ce morceau est encore plus consternant que ta chanson pourrie sur les pieuvres". (John Lennon, 16 mai 1969)

(Images rares : George Harrison se foutant de la poire de Ringo Starr durant l’enregistrement de "Octopus’s Garden". A ce jour, personne ne sait pourquoi Yoko Ono se penche sous le piano de John Lennon.)

Ringo Starr claque la porte du studio, vexé. Contre toute attente, c’est Yoko Ono qui parviendra à faire revenir le batteur en studio, avec ces mots aussi simples qu’émouvants : "ooooo aaaiiieeeeaaaooo yup aaa iii eee ooo aaa".

Des années plus tard, Ringo Starr refilera son "And we make the napkins turn" à Patrick Sébastien, qui en fera un tube sous le titre de "Et on fait tourner les serviettes".

Un jour fatidique

Alors que l’on pensait les brasiers de la colère éteints, ceux-ci vont reprendre de plus belle le 20 août 69, et brûler cette fois tout sur leur passage…

Ce jour-là, John, George, Paul et Ringo sont de bonne humeur. John se propose même d’aller chercher des croissants pour ses trois camarades. En son absence, Ringo décide de déplacer sa batterie dans le studio, pour obtenir un meilleur son. Il démonte un à un les éléments, quand une cymbale lui échappe des mains. Paul décide de lui venir en aide. Il ramasse la cymbale, mais en se dirigeant vers Ringo pour lui rendre, il glisse sur le sitar de George, posé sur le sol. Paul part vers l’avant, et lâche la cymbale, qui atterrit sur la tête de Yoko Ono. Sonnée, Yoko prononce des paroles pour une fois compréhensibles de tous, mais en mandarin.

Comprenant la gravité de la situation, George, qui était occupé à se faire une tartine à la moutarde (son péché mignon), se précipite vers Yoko pour lui porter secours. Mal lui en prend : il glisse à son tour sur un pied de micro. Son pot de moutarde lui échappe des mains et vient se briser sur le visage de Ono.

A cet instant, John rentre dans le studio, croissants à la main. Choqué, il découvre sa compagne, en train de pointer de ses deux index la cymbale sur sa tête, le visage couvert de moutarde jaune.

Lennon rentre dans une colère noire : " Bande de salopards ! J’ai le dos tourné trois secondes, et vous en profitez pour déguiser ma femme en caricature d’Asiatique ? Ordures ! "

Il quitte le studio, en oubliant Yoko Ono sur place. C’est la fin des Beatles…

Peu de temps après, Paul McCartney engage des poules musiciennes et fonde un nouveau groupe, "Les Chicken Wings", avant de se rendre compte que les caquètements couvrent tous les instruments lors de leur premier concert. Il vire les gallinacés et renomme le groupe "Les Wings".

John Lennon et Yoko Ono s’associent de leur côté à Plastic Bertrand et fondent le "Plastic Ono Band", avant de se rendre compte que Plastic Bertrand s’appelle en réalité Lou Deprijck. Dans l’incapacité de prononcer ou d’écrire son nom de famille, John et Yoko finissent par se passer de ses services.

George Harrison part aux Etats-Unis et ouvre une concession automobile sous le nom de "Harrison Ford".

Quant à Ringo, il s’installe dans le Nord de la France, où il fait la connaissance de la chanteuse Sheila. De leur union naîtra un chef-d’œuvre de la chanson française, "Laisse les gondoles à Venise".

Mais ceci est une autre petite histoire des grandes œuvres…

En guise de post-scriptum, remercions le confinement qui a permis de repeindre le passage pour piétons d’Abbey Road…