Des films ? Quels films ?

Le retour de Christophe Bourdon
Le retour de Christophe Bourdon - © THIERRY ROGE - BELGA

Le Festival de Cannes vient d'éteindre ses projecteurs en remettant sa Palme d'Or à "The Square" de Ruben Östlund. A peine rentré de la Croisette, nous avons rencontré un grand habitué de cet événement cinématographique incontournable : le journaliste belge Maurice Pierrart couvre le festival depuis plus de dix ans. Il a accepté de nous raconter son Cannes.

Maurice Pierrart, vous couvrez le Festival de Cannes depuis plusieurs années. Pour quels médias ?

Mon employeur principal est le Journal du Chasseur Gaumais, qui comme son nom l'indique est destiné aux chasseurs gaumais. Je vous conseille d'ailleurs notre dernier numéro, "Les dix conseils pour réussir une soirée romantique avec un sanglier".

Et c'est pour ce média que vous êtes accrédité à Cannes ? Quel est le rapport ?

(surpris) Le rapport ? Dites, vous pensez sincèrement que les milliers de journalistes qui sont accrédités chaque année le sont pour des médias crédibles ? Cela dit, en ce qui me concerne, je suis droit dans mes bottes : je vais là en tant que président de l'UCG.

Le cinéma ?

Non, pas l'UGC. L'UCG ! L'Union des Critiques Gaumaises. Cette union regroupe depuis plus de 15 ans la fine fleur des critiques cinés de la Gaume.

Et vous êtes nombreux ?

Quatre : ma femme, mes deux fils, et moi-même.

Ah... Et quels sont les critères pour être membre de l'UCG ?

Il faut voir au moins un film par an, s'incruster dans dix cocktails de festivals, et manger son poids en petits fours. Vous le voyez, ce sont des critères fermes et exigeants.

Je vois. Revenons au Festival de Cannes. Quels films vous ont marqué cette année ?

Des films ? Quels films ?

Ben... Les films en compétition !

(il se tourne vers sa femme) Chérie ? Tu savais qu'il y avait des films qui passaient à Cannes, toi ? Elle ne peut pas répondre, elle a la bouche pleine de tortillas. Des restes de la soirée hommage à Pedro Almodovar. Une vraie réussite, cette soirée : on est parvenus à rentrer par une bouche d'aération.

Non mais vous ne savez pas que des films passent à Cannes ?

Mais non, je rigole ! Je le sais, évidemment ! Mais je suis avant tout là pour travailler, vous savez. Tenez, je vous montre (il sort son smartphone). Ça, c'est un selfie de moi avec Will Smith.

Qui était membre du jury.

Ah bon ? C'est surtout l'acteur du Flic de Beverly Hills, quand même !

Non, ça, c'est Eddie Murphy !

Non, Eddie Murphy, j'ai pas de selfies avec lui. Par contre, j'ai un selfie avec Jessica Châtaigne.

Jessica Chastain.

Ah c'est pour ça qu'elle a fait une drôle de tête quand j'ai crié son nom derrière la barrière Nadar devant l'Hôtel Martinez...

Dites, ne le prenez pas mal, mais vous donnez quand même l'impression d'aller à Cannes sans véritable raison.

Ça, ça m'étonnerait. J'en parlais avec plein de collègues et artistes à la fête des Belges qui se tient chaque année, et tous avaient des raisons aussi valables que moi d'être là. L'un de nous a même eu un selfie avec Jean Gabin, c'est pour dire.

Ben il est mort, Jean Gabin !

C'est pour vous dire à quel point il avait des raisons d'être là...

D'accord. Et à ce propos, c'était comment cette fête des Belges ?

Un vrai succès. Comme vous le savez, aucun film belge n'était en compétition cette année, ce qui justifiait totalement notre présence et cette grande fête qui a sûrement coûté le budget d'un court métrage. Et puis, j'ai pu faire un selfie avec notre ministre de la culture, Dalida Grez-Doisceau.

Alda Gréoli

Oh, on s'en fout, on était quand même tous morts pétés. À un moment, elle a fait un super discours, en rappelant l'importance de cette fête et de notre présence à tous ici à Cannes. Elle a dit que ce genre de soirée servait à mettre le cinéma belge en avant, et à promouvoir nos talents. On s'est tous regardés et on a éclatés de rire.

Enfin, bon, cette année, un court métrage belge, "Paul est là" de Valentina Maurel a reçu le prestigieux prix de la Cinéfondation, qui récompense des courts métrages réalisés par des étudiants en école de cinéma venus du monde entier. Il y avait quand même 2600 candidats au départ, pour seize films sélectionnés et 3 récompensés. C'est formidable, non ?

Oui, j'ai failli prendre un selfie avec la réalisatrice, mais comme elle n'est pas connue...

Et il y a aussi eu des courts métrages réalisés dans le cadre de l'opération Talents Adami Cannes, qui permet de faire tourner des jeunes acteurs. Et cette année, ils ont fait appel à des réalisateurs belges, dont Marie Gillain, Stéphane De Groodt ou encore Patrick Ridremont. C'est formidable aussi, ça. Vous n'en avez pas parlé ?

Attendez, je vérifie... (il consulte sa page facebook). Ah si, j'en ai parlé ! Tenez, regardez : j'ai un selfie de moi avec Patrick Ridremont. Je l'ai pris dans les toilettes de la pizzeria "Il Palma d'Oro" à 2 heures du matin. Vous avez vu comme Patrick est déchiré ?

Mais allez, quoi ! Patrick Ridremont a même mis son court métrage gratuitement en ligne. Et il est excellent ! C'est un film d'horreur drôle, qui confirme ses talents de réalisateur. Il faut parler de ça ! C'est votre job, bon sang !

(il s'énerve) Eh, oh ! Vous allez pas m'apprendre mon métier, hein ! Je vous signale que sur mon blog, j'ai fait un long article de six lignes, pour dire que Patrick a mangé une pizza Claudia Cardinale, et quand le serveur lui a dit qu'il avait enlevé le gras de son jambon de Parme, Patrick lui a répondu : "Ah, comme sur l'affiche du Festival". Excusez-moi, mais ce genre d'infos, vous ne les avez que si vous venez à Cannes, mon petit bonhomme... Et je vous fais remarquer que mon article a fait 17 vues ! Ah ! 18, même ! Ah non, là, c'est moi qui viens de l'ouvrir...

Je comprends. Un mot sur le palmarès. Votre avis sur la Palme d'Or pour le film de "The Square" de Ruben Östlund ?

Une immense déception...

Ce n'était pas le meilleur film de la compétition pour vous ?

Je n'en sais rien, je ne l'ai pas vu. Mais c'est surtout que je n'ai aucun selfie avec le réalisateur ou les acteurs. C'est con, j'aurais pu les reposter. Si seulement ils avaient été plus connus... Enfin bon, à la place, j'ai remis une photo de moi en train de boire un cocktail en terrasse. 28 likes.

C'est le principal. Et sinon, vous avez des projets pour l'avenir ?

Non, je ne travaille pas l'Avenir, sinon, je serais allé voir des films...

Non, je voulais dire pour le futur.

Ah pardon. Oui, je peux vous annoncer que je vais lancer prochainement un nouveau magazine de cinéma 100% Belge : Cinémagritte. C'est la contraction de cinéma et de Magritte.

Oui, j'avais compris.

Ah, ouf, j'avais peur que ce soit trop subtil.

Non, ça ira. Et il sortira quand en librairie ?

Non. Ce sera un journal publié sur Twitter.

Sur Twitter ?

Oui. Les articles feront moins de 140 caractères. Tenez, je vous lis le premier : "Les Dardenne préparent un nouveau film". Génial, non ?

Formidable... Et sinon, des projets pour Cannes l'an prochain ?

Ah oui ! Un vrai projet ambitieux, là !

Vous irez voir des films ?

Non. J'aurai une perche à selfies.

 

Christophe Bourdon

 

PS : toute ressemblance avec des journalistes, des Belges, ou des journalistes belges présents à Cannes serait vraiment invraisemblable