Cannes 2016 : notre post-pronostic

Ken Loach sous le feu des photographes
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Ken Loach sous le feu des photographes - © LOIC VENANCE - AFP

C'est un incontournable du Festival de Cannes : avant la cérémonie de clôture, chaque journaliste y va de son petit pronostic. Par contre, aucun journaliste n'a jamais osé proposer son pronostic APRES la cérémonie. Ne reculant devant aucune audace, nous avons tenté cette folle aventure. Voici donc notre palmarès post-cérémonie, écrit après la remise des prix, et sans avoir mis un seul doigt de pied à Cannes. Sera-t-il proche du palmarès officiel ? Suspense...

CAMERA D'OR (meilleur premier film)

"Divines", de Houda Benyamina.

C'est un pari un peu audacieux que nous faisons en remettant la Caméra d'Or à " Divines " de Houda Benyamina, que nous n'avons pas vu. Mais s'il a retenu tous nos suffrages, c'est pour une raison évidente : c'est un premier film. Et la Caméra d'Or est toujours offerte à un premier film. On s'en souviendra ainsi que Jaco Van Dormael l'avait  remportée pour "Toto le Héros", qui était son premier film, alors qu'il ne l'a pas eue pour "Le Huitième Jour", qui était son deuxième film. Bizarrement, aucun réalisateur lauréat d'une Caméra d'Or n'a jamais tourné son film suivant avec cette caméra, alors que c'est quand même un peu la classe de pouvoir tourner un film avec une caméra en or. Pourquoi ? Nous n'en savons rien.

PALME D'OR D'HONNEUR
Jean-Pierre Léaud

Oui, nous avions envie d'ajouter une petite touche d'humour dans nos pronostics, en imaginant une Palme d'Honneur totalement improbable. Il va sans dire que Jean-Pierre Léaud n'a aucune chance de remporter ce prix. Son seul talent est d'avoir réussi à faire carrière sans en avoir aucun. Parce que, si on regarde trente secondes tout ce qu'il a fait après "Les 400 coups", on se rend quand même vite compte que le mec joue aussi bien que ton petit neveu de huit ans à la fête de fin d'année de son école. C'est un peu comme si on remettait une Palme d'Honneur à Franck Dubosc. Mais à un mec qui a la carte. Finalement, Jean-Pierre Léaud, c'est un Franck Dubosc qui a la carte. Cela dit, ce serait amusant de lui remettre une Palme d'Honneur, parce qu'on vous parie qu'il arriverait encore à jouer faux en recevant son prix.

PRIX DU SCENARIO

Asghar Farhadi pour "Le Client".

Allons, soyons fous : nous remettons le Prix du Scénario à Asghar Farhadi pour "Le client". Nous n'avons pas vu le film, mais en même temps, comme c'est le Prix du Scénario, il ne faut pas voir le film. Il faut lire le scénario. Et de l'avis unanime de tous ceux qui l'ont lu, il mérite le Prix du Scénario. Asghar Farhadi est en effet passé maître dans l'art de la mise en page, faisant des retraits de pages époustouflants, allant toujours à la ligne au bon moment, numérotant ses scènes à la perfection, et imprimant le résultat sur un papier au grammage parfait.

PRIX DE LA MISE EN SCENE

Cristian Mungiu pour "Baccalauréat" et Olivier Assayas pour "Personal Shopper".

Bon, là, nous savons que notre pronostic n'a aucune chance de rencontrer la décision finale du jury présidé par George Miller, car remettre un prix ex-aequo voudrait dire que son jury est incapable de prendre une décision et de récompenser comme il se doit un seul film. Mais nous avons pour notre part toujours admiré le travail de Cristian Mungiu et surtout d'Olivier Assayas, un cinéaste porteur d'espoir pour toute une génération de réalisateurs, puisqu'il est la preuve vivante qu'on peut faire une carrière en enchaînant des films barbants qui font trois entrées et demi. Et puis, un réalisateur qui est capable de faire tourner deux fois de suite Kristen Stewart et de dire sans rire en interview qu'elle a une palette de jeu immense mérite sans hésitation un prix.

PRIX D'INTERPRETATION FEMININE

Jaclyn Jose dans "Ma'Rosa" du Philippin Brillante Mendoza.

Oui, à ce stade-ci de nos pronostics, et en n'ayant toujours vu aucun film de la sélection, on est allés se servir un petit porto avant de continuer cet article. Puis comme le porto était vraiment bon, on en a repris un deuxième. Puis un troisième. Et comme on n'avait pas mangé, l'alcool nous est un peu monté à la tête. C'est comme ça que nous avons décidé de remettre le prix d'interprétation féminine complètement au hasard, à une actrice dont le nom nous faisait penser à celui d'une comédienne de la série "Drôle de Dames". A quoi ça tient, hein, parfois, un pronostic...

PRIX D'INTERPRETATION MASCULINE

Shahab Hosseini dans "Le Client" de Asghar Farhadi.

Notre pronostic coup de coeur de cette sélection cannoise. Shahab Hosseini, que nous avons adoré dans "Adamakha", "Vakoneshe Panjom", "Rastgári dar 08:20", "Bachehaye Abadi" et "Mon curé chez les nudistes" crève l'écran dans "Le client", et montre toute l'étendue de son talent. Là encore, nous n'avons pas vu le film, mais nous avions envie d'employer des expressions toutes faites comme "crever l'écran" ou "montrer toute l'étendue de son talent".

PRIX DU JURY

"American Honey" d'Andrea Arnold

Pourquoi ? On ne sait pas. Comme on n'a jamais su la différence qu'il y a entre le Prix du Jury, le Grand Prix et la Palme d'Or. C'est un peu comme si tu avais un Oscar du Meilleur Film, un Oscar du Film, et un Oscar du Film Préféré des Votants. Parce que bon, loin de nous l'idée de vouloir foutre la m..., mais tous les prix sont remis par le jury, non ? Donc, chaque prix est le Prix du Jury. Ah ben oui ben voilà, hein. Donc, allez hop, notre Prix du Jury, on pronostique qu'il ira à Andrea Arnold. Pourquoi ? On ne sait pas.

GRAND PRIX

"Juste la fin du monde" de Xavier Dolan

Dieu sait si nous aimons Xavier Dolan. Bon, en même temps, nous ne croyons pas en Dieu. Mais ce serait formidable qu'il reçoive un prix. Car Xavier Dolan a l'art rare du discours sobre et contenu, où il parle très peu de lui, et ne tombe pas dans des citations dignes de Paulo Coelho, en chouinant comme une vieille porte mal huilée. Non, Xavier, il sait rester digne, ne se laisse pas emporter par des émotions un peu trop embarrassantes par leur excès. Et puis, Xavier doit gagner. Car ça nous collerait une sacrée migraine s'il perd, Dolan.

PALME D'OR

"Moi, Daniel Blake" de Ken Loach.

Encore un choix qui ne sera évidemment pas celui du jury, car ce serait une Palme bien trop évidente, consensuelle, et peu originale. Et franchement, avec un jury qui compte parmi ses membres une Vanessa Paradis dont il suffit de regarder la filmographie - "Un amour de sorcière", "Atomik Circus", "Sous les jupes des filles" - pour mesurer l'ampleur de son talent et la pertinence de ses choix artistiques, il y a fort à parier que la Palme d'Or ira à un film autrement plus audacieux et surprenant que ce "Moi, Daniel Blake" que nous n'avons pas vu, il va sans dire.
Cela étant, ce serait quand même une vraie joie que Ken Loach reçoive la deuxième Palme de sa carrière. D'abord parce qu'on connaît peu de réalisateurs qui ont creusé le même sillon pendant des années en réussissant autant de films. Et ensuite parce qu'on imagine bien le seul mec sincèrement de gauche à Cannes tenir un discours anti-libéralisme devant une salle remplie de gens de droite, venus là pour exhiber leurs belles toilettes et enfiler les coupettes de champagne à l’œil en s'extasiant sur la façon merveilleuse qu'à ce Ken Loach de filmer le prolétariat. Ce sont les mêmes qui, découvrant "Rosetta" des Frères Dardenne, s'étaient probablement exclamés " Et quelle merveilleuse trouvaille que ces limousines à deux roues. Comment les Frères appellent-ils ces engins ? Ah oui, des mobylettes, voilà. On se demande où ils trouvent toutes ces idées, quand même. Quelle créativité. Et puis, j'adore la Belgique, j'ai un couple d'amis qui habite à Lasnes, ils sont enchantés de la bonhomie du peuple belge. Charles-Henri ? Vous allez nous rechercher une petite coupette ? Vous êtes bien urbain." 

Ken Loach à Cannes, c'est un peu comme si tu invitais Che Guevara à un congrès du MR. Et puis, imaginez un instant la scène : le jeune Xavier Dolan qui viendrait faire son petit speech onaniste, suivi d'un vibrant plaidoyer altruiste de Ken Loach. Le décalage serait épatant, non ?

Alors... Nos pronostics seront-ils en accord avec les choix du jury de George Miller ? Réponse dimanche passé...