Brexit dans le cinéma belge

Brexit dans le cinéma belge ??
Brexit dans le cinéma belge ?? - © LAURENT EMMANUEL - AFP

Si la décision de l'Angleterre de sortir de l'Union européenne risque d'être une  catastrophe pour l'industrie du cinéma et de la télévision en termes de coproduction ou de distribution, le Brexit vient d'avoir une autre conséquence, bien plus inattendue. Et elle concerne le cinéma belge.

Vendredi 11h. Le téléphone sonne. "Bonjour, je suis Stéphanie Lacquemant, je suis l'assistante des frères Dardenne. Ils souhaiteraient vous rencontrer. Seriez-vous libre rapidement ? C'est urgent." Aussitôt dit, aussitôt fait, nous retrouvons les frères dans les bureaux liégeois de leur société de production, les Films du Fleuve. Le visage des deux réalisateurs est grave. La tension est perceptible.

Luc et Jean-Pierre Dardenne, vous avez souhaité nous rencontrer. Avant tout, comment allez-vous ?

Luc : Bien.

Jean-Pierre : Mal.

Luc: Ne commence pas, Jean-Pierre.

Jean-Pierre : Ne fais pas semblant, Luc.

Que se passe-t-il ?

Luc : Eh bien, comme vous le savez, les Anglais viennent de voter la sortie de leur pays de l'Union européenne. Cette situation nous a plongé dans une profonde réflexion.

Parce que vous êtes un des producteurs du film de Ken Loach, " Moi Daniel Blake "?

Jean-Pierre : Non. Parce que notre dernier film, "La fille inconnue", a reçu un accueil très mitigé au dernier festival de Cannes. Paris Match a écrit "Ce thriller médical frôle le placebo".

Luc : Le Figaro a parlé de "Navet liégeois"

Jean-Pierre : La Meuse a titré "Trop de migrants islamiques radicaux à Seraing"

Luc: Et Pif Gadget a titré "Pas glop". Ça nous fait un choc.

Et quel est le rapport avec le Brexit ?

Jean-Pierre : Suite à ce violentes critiques, Luc et moi nous sommes profondément remis en cause. Nous avons longuement réfléchi à la suite. Nous nous sommes dit que nous étions peut-être arrivés au bout d'un cycle. Qu'il fallait nous renouveler.

Luc : Dans un premier temps, nous avons envisagé de changer de sexe. Comme les frères Wachowski.

Jean-Pierre : Mais on a renoncé, on trouvait que Lucienne et Jeanne-Pierrette Dardenne, ça ne sonnait pas bien.

Luc : Et c'est là que nous avons réfléchi à ce qui s'est passé en Angleterre.

Le Brexit.

Jean-Pierre : Voilà. Nous nous sommes demandé si nous voulions continuer de travailler ensemble. Ou si, comme l'Angleterre avec l'Europe, nous ne voulions pas sortir l'un de l'autre.

Luc : Et c'est alors que nous avons lancé l'idée d'un vote pour un Dardennexit.

Jean-Pierre : Et nous avons voté.

Ah. Et alors ?

Jean-Pierre : 52% des votes étaient favorables au Dardennexit. Un résultat choquant, vous vous en doutez.

Luc : D'autant plus choquant que nous étions les deux seuls à voter. Mais bon, les résultats ont été sans appel, nous avons donc décidé d'agir en fonction.

Jean-Pierre : C'est pour cela que nous vous avons convoqué. Pour vous annoncer que Jean-Pierre allait se séparer de Luc.

Luc : Et Luc de Jean-Pierre.

Mon Dieu. Mais que va-t-il se passer concrètement ?

Jean-Pierre : Eh bien, suite à d'âpres négociations, nous avons convenu d'une sortie à 50/50, où nous partagerons à parts égales tout ce que nous avons construit ensemble au fil des ans.

Vous pouvez nous donner des exemples concrets ?

Luc : Eh bien, par exemple, notre société Les Films du Fleuve sera scindée en deux. Jean-Pierre prendra les Films, et je pars avec le Fleuve.

Jean-Pierre : Concernant nos films à proprement parler, je repars avec Rosetta, et Luc part avec Lorna.

Et le silence ? Le silence de Lorna ?

Luc :...

Jean-Pierre :..

J'imagine que la séparation ne s'arrête pas là.

Luc : Non. Jean-Pierre va repartir avec le gamin, et moi je prends le vélo.

Et Marion Cotillard ?

Jean-Pierre : Franchement, là, on s'est un peu battus, je l'avoue.

Chacun voulait la garder ?

Luc : Non, chacun voulait s'en débarrasser. A chaque fois qu'on la voit, elle nous fait un accent liégeois embarrassant. On lui a pourtant dit mille fois : "Marion, tu fais l'accent liégeois comme tu meurs dans un Batman". Mais rien n'y fait, elle s'obstine.

Jean-Pierre : Finalement, on a trouvé un terrain d'entente avec Guillaume Canet, qui veut bien la garder.

Luc : Il est gentil, ce Canet.

Jean-Pierre : Oui. Il mériterait un festival à lui seul.

Luc : Le Festival de Canet ?

Jean-Pierre : Oui.

Luc : Dis Jean-Pierre, tu peux repartir avec 100% de notre humour, je te le laisse.

À vous entendre, tout s'est donc bien passé pour la répartition de vos biens.

Jean-Pierre : Nenni valet. Il y a encore pas mal de points sur lesquels nous n'arrivons pas à trouver d'accord.

Lesquels ?

Luc : Par exemple, on ne sait toujours pas qui va garder la caméra, et qui prendra l'épaule.

Jean-Pierre : Oui. Et la vraie pierre d'achoppement, c'est de décider qui pourra repartir avec le "moteur", et qui pourra avoir le "coupez".

D'accord. Merci Luc et Jean-Pierre.

Luc : Euh... Qui c'est qui garde le " Merci " ?

Jean-Pierre : C'est bon, je te le laisse.

Luc : Merci.

 

Christophe Bourdon

 

PS : Toute ressemblance avec une véritable interview des frères Dardenne serait franchement incompréhensible