#BalanceTonBelge (Première partie)

Christophe Bourdon
Christophe Bourdon - © THIERRY ROGE - BELGA

Depuis l'affaire Weinstein, les témoignages accablants s'accumulent contre des stars hollywoodiennes. Et le scandale s'étend désormais au cinéma belge, comme vous allez le voir grâce à notre enquête exclusive.

Alors que les histoires de harcèlement ne cessent de voir le jour à Hollywood – la dernière personne mise en cause étant l'acteur James Franco, qui fait même l'objet d'un hashtag #BalancetonFrancodeporc – nous avons tenté de savoir ce qu'il en était du côté du cinéma belge francophone.

Vous vous en doutez, les témoignages sont difficiles à récolter, et c'est au terme d'une longue enquête de deux heures (NDLR : dans le journalisme, une enquête de deux heures en 2018 équivaut à une enquête de deux ans en 1978) que nous pouvons vous livrer quelques récits plus glaçants les uns que les autres. Bienvenue dans la face sombre du cinéma belge...
On la connaît tous. Ses rôles sont nombreux et variés, et son talent reconnu à la fois par  ses pairs et par le public. L'actrice belge Virginie Duquenne (NDLR : nous avons changé son nom pour protéger son anonymat) a accepté aujourd'hui de dénoncer les agissements de deux réalisateurs liégeois eux aussi célèbres et célébrés, les Frères Ducondroz (NDLR : nous avons changé leurs noms pour protéger leur anonymat).

Si les Frères Ducondroz ont lancé la carrière de la comédienne en lui offrant le rôle-titre de Violetta (NDLR : nous avons changé le titre du film protéger son anonymat), rôle qui lui a permis de remporter le prix d'interprétation au Festival de Béquille (NDLR : nous avons changé le nom du festival pour protéger son anonymat), les choses ne furent pas aussi roses en coulisses, comme l'actrice nous l'a confié autour d'un café : "Je dois bien avouer aujourd'hui avec le recul que le tournage de Violetta ne fut pas une expérience des plus joyeuses. Les Frères Ducondroz ont en effet eu à mon égard des gestes déplacés, ce qui encore plus inacceptable vu mon jeune âge et mon manque d'expérience à l'époque. J'aurais dû dire non. Je n'ai pas osé."

Stéphanie Darquenne (NDLR : nous avons à nouveau changé son nom pour protéger son anonymat) marque une pause, boit une gorgée de café, se brûle la langue, jure, puis accepte de dévoiler les abus dont elle a été victime durant le tournage de Barbarella (NDLR : nous avons à nouveau changé le nom du titre pour les mêmes raisons).

"Tous les jours, les Frères Ducondroz m'ont obligée à... Excusez-moi, c'est difficile à dire... A tourner des plans dans une caravane. Vous vous rendez compte ? C'est ça, faire du cinéma ? Non. Et le pire, c'est qu'entre les prises, je devais attendre dans une autre caravane. A la fin, je ne savais plus quelle caravane était la caravane du film, et quelle caravane était ma caravane. J'ai fini par voir des caravanes partout. Depuis ce tournage, chaque fois que j'entends la chanson Caravane de Raphael, je me mets à trembler nerveusement. Bon, notez, j'ai aussi ça avec les chansons de Grégoire quand je suis dans des halls de gare."

Amélie Tandemme marque une pause. Puis reprend le récit de son calvaire. "Et encore, s'il n'y avait eu que les caravanes... Mais non. Ils m'ont aussi obligée à cuire des gaufres. Des gaufres ! Vous avez déjà vu Brad Pitt cuire des gaufres dans un film, vous ? Est-ce  que Ryan Gosling prépare des cuberdons dans Blade Runner 2049 ? Et Meryl Streep, elle mange des speculoos dans ses films, Meryl Streep ? J'ai hésité à porter plainte pour harcèlement gaufrier. Mais mon agent m'a découragé de le faire."

Mais est-elle la seule victime des deux réalisateurs ? Ophélie Draisienne marque une pause, hésite. "J'ai une amie, Lorna, qui a également été victime des Frères Ducondroz, sur un autre film. Ils l'ont obligée à manger des boulets sauce lapin pendant une journée entière, alors qu'elle est vegan. Mais elle refuse de s'exprimer sur le sujet. Je respecte évidemment le silence de Lorna."

Ovidie Persienne prend congé de nous, non sans nous conseiller d'aller voir Albert Dupontel (NDLR : on a gardé le vrai nom, on en a marre de protéger l'anonymat de tout le monde, qu'ils se débrouillent entre eux à la fin).

L'acteur et réalisateur français qui l'a dirigée dans son dernier film "Au Revoir Là-Haut" a lui aussi a quelques révélations à nous faire.

Rendez-vous est aussitôt pris avec Albert Dupontel. Un artiste qui connaît bien la Belgique, et notamment Bouli Lanners, qu'il a dirigé dans "Enfermés Dehors" et "Neuf mois ferme". Mais si Dupontel accepte de nous voir, c'est pour nous parler du Bouli réalisateur, celui qui l'a fait tourner dans "Les premiers, les derniers" en 2015.

"Alors que j'avais jusque là une amitié sans faille avec Bouli, je dois bien dire que j'ai déchanté en sortant de ce tournage. On parle beaucoup du harcèlement des actrices, mais pas assez de celui des acteurs. Or, il est bien réel, je peux en témoigner... "

Mais que s'est-il donc passé entre les deux comédiens? Connu pour son franc parler, Albert Dupontel ne mâche pas ses mots : "Bouli Lanners est un vrai tordu. Pour chacun de ses films, il s'amuse à en tourner une version porno, en marge du tournage classique, avec la même équipe. Et il garde le résultat final dans ce qu'il appelle sa ''collection personnelle''. Je ne le savais évidemment pas avant de tourner sous sa direction dans "Les premiers, Les derniers", dont la version pornographique s'appelle "Les premiers dans les derniers". Je peux vous dire qu'il ne me prendra plus jamais au piège en tout cas. Et j'ai eu de la chance, il paraît que c'était encore pire sur le tournage de la version pornographique de Eldorado, Elle adore les ados. "

Bouli Lanners tourne une version porno de tous ses films ? Inimaginable... "Et pourtant c'est la vérité. Dans le métier, tout le monde appelle ça..." Albert Dupontel s'interrompt. Il regarde par la fenêtre. Des larmes lui montent aux yeux. "Des films de Bouli. Oui. Il tourne des films de Bouli..."

La tristesse fait alors place à la colère. "C'est franchement dégueulasse ! Et il n'est pas le seul dans le cas. Olivier Gourmet impose par contrat que chaque metteur en scène tourne également une version porno de tous ses films. Il m'a invité un soir chez lui et il m'a projeté "Ceux qui m'aiment me prendront l'arrière-train" et "Les Brigades du Chibre". Au générique, il se fait appeler Olivier Gourmand. Rien que d'y repenser j'en ai la nausée..."

Albert Dupontel nous glisse alors un numéro de téléphone. " Appelez-le de ma part. C'est un comédien belge. Il a aussi des choses à dire "

Il se penche ensuite vers nous et nous murmure un nom. Nous en restons sans voix...

 

(à suivre)

NDLR : toute ressemblance avec la réalité serait franchement consternante.