Alda Greoli : "Je compte engager dans mon cabinet un médecin urgentiste"

Christophe Bourdon
Christophe Bourdon - © RTBF

Le nom du successeur de Joëlle Milquet au poste de Ministre de la Culture a été dévoilé : Alda Greoli, qui était jusque là cheffe de cabinet de Maxime Prévot à la Région Wallonne. Nous avons pu la rencontrer en exclusivité. Ou pas. Elle nous confie sa vision de la culture en Belgique.


Alda Greoli, votre nomination est une surprise. Jusqu'ici, vous vous êtes surtout spécialisée dans le domaine de la santé. Quels sont vos atouts pour être une bonne Ministre de la culture ?

Eh bien, précisément, mon expérience dans le domaine de la santé. Vu l'état de la culture dans notre pays, entre les musées qui fuient de partout, les théâtres qui crèvent par manque de subventions, et notre cinéma belge francophone qui fait en moyenne trois entrées et demi par film, il fallait bien quelqu'un qui s'y connaisse en médecine. Je compte d'ailleurs engager dans mon cabinet un médecin urgentiste, un réanimateur, et un médecin légiste.

Un médecin légiste ?

Ah ben quand c'est mort, c'est mort.

Vous vous occuperez aussi de la petite enfance.

Oui, Charles Michel m'a dit : "On regroupe la culture et la petite enfance, car au final, ça revient à s'occuper de gamins". Comme ça, si les artistes réclament plus de subsides, je pourrai leur répondre "Non, ce n'est pas de ton âge, laisse les grands gérer les sous-sous".

Pourquoi avez-vous été approchée pour cette fonction ? Quelle est votre expérience dans le domaine de la culture ?

Je suis au CDH depuis l'âge de 18 ans.

Certes. Mais quelle est votre expérience dans le domaine de la culture ?

Non, moi, je répondais à la première partie de votre question. Vous m'avez demandé pourquoi j'ai été approchée pour cette fonction, et je vous ai répondu : parce que je suis au CDH depuis l'âge de 18 ans.

Et quelle est votre expérience dans le domaine de la culture, alors ?

Vous êtes un petit comique, vous. Jan Jambon est le Ministre de la Sécurité. Vous vous sentez rassuré quand vous l'entendez parler des musulmans de Belgique ? Bon, ben, moi, c'est pareil. Si on se mettait à choisir des ministres en fonction de leurs compétences et non plus de leur appartenance à un parti, ce pays serait à l'arrêt, monsieur.

Alors que là, il tourne bien.

Je sens une pointe d'ironie et je n'aime pas ça.

Je vais poser la question autrement. Que connaissez-vous en matière de culture ? Avez-vous par exemple déjà vu un film des Dardenne ?

Oui, bien entendu. J'avais vu à l'époque celui où Michel était bourgmestre de sa commune : "Le Roi d'Ans".

Je parlais de Luc et Jean-Pierre.

Non, c'est Michel et Frédéric. Bossez un peu vos dossiers, mon grand.

Si je vous dis "La promesse" ?

Je vous dirais que Charles Michel avait certes promis de ne pas faire alliance avec la N-VA, mais il fallait que nous ayons un gouvernement. Il a donc fait le bon choix.

"Rosetta" ?

Un plan social qui a fait ses preuves en son temps. J'ai même entendu dire qu'on en avait fait un film. C'est pour vous dire son succès.

On va essayer autre chose. Qui est votre acteur préféré ?

Sans la moindre hésitation : Prévot.

Aah, excellent choix. Il est formidable dans les films de Jean Yanne, dans "Le dîner de cons" ou encore dans "Les petits ruisseaux". J'adore Daniel Prévost !

Daniel ? Non, je vous parle de Maxime. J'ai été sa cheffe de cabinet. C'est mon acteur politique préféré.

Ah oui... Vous avez déclaré dans le journal Le Soir "Je vais prendre le temps du silence. M'asseoir, regarder les dossiers en profondeur et voir les acteurs de terrain". Qu'entendez-vous par là ?

Que je vais prendre le temps du silence. M'asseoir, regarder les dossiers en profondeur et voir les acteurs de terrain.

Autrement dit ?

Je vais pas l'ouvrir tout de suite pour pas dire trop de conneries, je vais fixer les dossiers des chaises de mon nouveau cabinet pour voir s'ils sont jolis, et je vais aller serrer la pince à Jérémie Renier et Benoît Poelvoorde s'ils tournent en extérieur.

Vous avez aussi déclaré dans cette interview que votre ambition était de rendre à la culture son rapport au beau et à l'esthétique. Que voulez-vous dire par là ?

Ben je crois que c'est clair. Je veux que la culture retrouve son rapport au beau et à l'esthétique. Notez, en y repensant, j'aurais du aussi ajouter "au vrai". C'est bien aussi, ça. Voilà. Je veux rendre à la culture son rapport au beau, à l'esthétique et au vrai.

Mais qu'est-ce qui n'est pas beau et pas esthétique ?

Eh bien... euh... par exemple... un tableau qui n'est pas beau et pas esthétique. Ou une sculpture qui n'est pas belle et pas esthétique. Ou un film qui n'est pas beau et pas esthétique. C'est évident, il me semble.

Vous pouvez donner des exemples ?

Des exemples ? Ah... Euh... Mais oui, je le peux. Puisque j'ai dit que je voulais que la culture retrouve son rapport au beau et à l'esthétique, cela veut donc dire que avant mon arrivée à ce poste, tout ce que la culture a produit n'était ni beau, ni esthétique.

Ah. Et ça remonte jusqu'à quand ?

De quoi ?

Le ni beau, ni esthétique.

Je trouve que vous insistez beaucoup trop sur cette question, je ne vois pas l'intérêt.

J'essaie juste de comprendre. Est-ce que vous voulez dire qu'une oeuvre qui est subversive, qui est laide, et encore faut-il évidemment définir ce que l'on entend en employant le mot "laide", n'a pas sa place dans la culture ? 

Je pense que tout le monde aspire à ce que la culture propose du beau et de l'esthétique. Notre monde a besoin de ça. Et je suis sure que bon nombre de gens pensent comme moi.

C'est vrai que vous n'êtes pas la seule à réclamer beauté et esthétisme dans la culture.

Ah. Voilà. Merci de le reconnaître.

Oui. En novembre 2015, l'école des Beaux-Arts de Lyon a écrit un courrier à Christophe Boudot, alors candidat Front National de la région Auvergne/Rhône-Alpes, pour lui demander quelle était sa politique d'enseignement de l'art en école supérieure. Et il a répondu, je cite "Le Front National soutient une politique culturelle du beau, de l’agréable, de l’harmonie, de l’esthétique et de l’enracinement, respectueuse de la nature humaine et des valeurs civilisatrices. Il rejette la valorisation d’une " culture " élitaire, abstruse, laide, subversive, provocatrice, vide, cosmopolite, conformiste et politiquement correcte qui ne profite souvent à personne, sinon à quelques " artistes " médiocres, et ceci aux frais du contribuable. "

Bref, il réclame du beau et de l'esthétique. Comme vous, quoi.

Ah... Euh... Merde... Oui mais non, c'est pas ce que je voulais dire, moi.

Que vouliez-vous dire, alors ?

Euh... Je... Bon, ben, je crois que je vais encore un peu prendre le temps du silence.


Christophe Bourdon

 

PS : Il va sans dire que la nouvelle Ministre de la Culture n'a jamais répondu à nos questions et que cette interview n'est qu'une pure invention. Et qu'elle n'est ni belle, ni esthétique.