Quatre talents d'origine congolaise à découvrir (si ce n'était pas encore fait)

Pitcho, Lous and the Yakuza et Denis Mpunga.
Pitcho, Lous and the Yakuza et Denis Mpunga. - © Belga Images

En Belgique comme ailleurs, nombreux sont les talents d’origine congolaise. Lors de notre émission spéciale sur les 60 ans d’indépendance du Congo, nous vous en présentions certains. De la danse au chant en passant par le théâtre, ces artistes cumulent les projets depuis plusieurs années et en comptent de nombreux à venir. Tous contribuent au rayonnement de la culture congolaise, encore trop peu médiatisée. Nous vous proposons une poignée de portraits (non-exhaustive) ainsi qu’un coup de projecteur sur certains de leurs futurs projets à garder à l’œil.

Lous and the Yakuza

Depuis plus d’un an, ses morceaux se transforment en succès. Une chose est sûre : Lous and the Yakuza s’impose dans le monde du hip-hop francophone. Après Tout est gore, Dilemme ou encore Solo, la jeune femme a dévoilé Bon acteur sur la célèbre chaîne YouTube du Colors Show (près de 100.000 vues en 24 heures). Son premier album Gore devait sortir début juin, mais corona oblige, il ne sera finalement présenté au public qu’à l’automne.

Lous est une auteure-compositrice d'origine rwandaise et congolaise active musicalement depuis plusieurs années déjà. Bien qu’habillés par des sonorités pop, ses textes abordent des sujets sérieux voire graves. Dans ses morceaux il est question de racisme, d’inégalités, de difficultés à être femme, noire et artiste en 2020. Lous and the Yakuza chante le monde dans lequel elle vit et raconte le présent et ses enjeux avec sourire et force. Sur son compte Instagram, plusieurs publications pour soutenir, organiser et sensibiliser à aux luttes anti-racistes. Énergique, incisive, percutante, l’artiste fait définitivement partie des talents de la nouvelle scène à suivre attentivement.

Denis Mpunga

Denis Mpunga est comédien, auteur et metteur en scène. Et s’il est devenu tout ça, c’est un peu par hasard. Dans les années 90, le théâtre Varia l’appelle. "Ils m’ont dit qu’il cherchait un acteur noir. Sauf que moi j’étais musicien. Ils savaient, mais m’ont proposé d’essayer. Et c’était pour jouer un personnage qui n’avait rien à voir avec mes racines. J’ai toujours appréhendé ce métier comme un acteur et pas comme un Noir. Un Noir peut tout jouer", raconte-t-il à Cécile Djunga. En plus du théâtre, Denis Mpunga a joué dans plusieurs films tels que Dead Man Talking réalisé par Patrick Ridremont qui lui valut d’ailleurs le Magritte du meilleur second rôle masculin ou La promesse des frères Dardenne. Actuellement, il travaille sur un projet de long-métrage avec de jeunes scénaristes congolais. Portée par le collectif Yolo dont Denis fait partie, l’histoire se passe en République Démocratique du Congo en 3030. L’idée étant de laisser les auteur.e.s imaginer à quoi ressemblerait le pays dans un futur lointain. Quatre scénaristes ont été sélectionnés pour raconter leur utopie. De son côté, Denis Mpunga se charge d’articuler les différents récits pour en faire un long-métrage.

Pitcho Womba Konga

Acteur, comédien, slameur, metteur en scène, on ne compte plus le nombre de casquettes différentes que possède cet artiste touche-à-tout. S’il devait choisir un titre, ce serait celui d’artiste urbain. Mais en réalité, Pitcho est multi-facettes. Depuis 2003, il a sorti trois albums solos, a joué dans le spectacle salué par la critique Malcolm X et créé Kuzikiliza, pièce de théâtre sur Patrice Lumumba. "Le point de départ de mon spectacle est le discours prononcé par Lumumba. J’ai voulu le remettre au goût du jour. S’il devait être interprété aujourd’hui, comment les gens le ressentiraient-ils ? C’est un discours qui était pour les Congolais.e.s certes, mais il résonne chez toutes les personnes qui ont besoin de se sentir indépendante." Après de nombreux projets, il s’apprêtait à présenter la pièce Fire will become ashes, but not now dans différents théâtres. Malheureusement, le covid étant passé par-là, il a dû être reporté. Inspiré par l’œuvre de James Baldwin, Pitcho pose plusieurs questions identitaires et sociétales. Un mélange de danse, de slam et de poésie qu’il faudra s’empresser d’aller découvrir.

Freddy Tsimba

C’est en regardant un documentaire sur la Somalie que l’idée lui vient de créer une exposition. "Dans ce documentaire, on voyait des gens courir vers un avion qui leur apportait de la nourriture. Et je me souviens de cette mère qui tentait d’obtenir quelque chose à manger pour son enfant. Cette scène m’a beaucoup marquée et j’ai eu envie de rendre hommage à cette femme." Freddy Tsimba est un artiste plasticien. Ces œuvres sont riches de sens et souvent construites avec des matériaux durs, voire violents, comme des douilles récupérées sur des champs de bataille. Les personnages qu’il compose sont faits de différents objets. Pour Freddy, chacun d’entre eux a une vie. Par exemple, les cuillères ne sont jamais de simples ustensiles. Elles ont appartenu à des êtres, elles racontent une histoire. Bloqué momentanément à Kinshasa à cause du coronavirus, Freddy Tsimba espère rejoindre la Belgique au plus vite pour présenter une nouvelle exposition qui se tiendra à l’Africa Museum. L’idée sera de confronter les œuvres du musée aux siennes et de questionner l’identité européenne. Que signifie être européen pour les nouvelles générations issues d’anciennes colonies ? L’expo devrait se tenir du 29 octobre au 21 février si le covid19 n’en décide pas autrement. L’occasion d’aller découvrir l’artiste.

Ces articles sont rédigés dans le cadre de l’émission télé spéciale "Le temps d’une histoire : Il y a 60 ans, l’indépendance du Congo" diffusée le 26 juin à 20h20 sur La Une et à retrouver à tout moment sur Auvio.