De A à Z : comprendre la colonisation belge au Congo

Enfant dans un cimetière d'un village congolais.
Enfant dans un cimetière d'un village congolais. - © Lamote - BELGAIMAGE

Le 30 juin 1960, le Congo déclarait son indépendance après des dizaines d’années d’occupation belge. Cette partie sombre de l’histoire que les deux pays partagent a longtemps été tue et reste méconnue des citoyen.ne.s.

Pour comprendre les bases de cette partie de l’histoire, nous vous proposons un abécédaire réalisé avec l’aide de Bob Kabamba, professeur en science politique à l’ULiège. Il reprend les mots tristement phares liés à cette époque. Cet article se veut être une base à la compréhension de la colonisation et peut évidemment s’accompagner d’approfondissements.

C comme caoutchouc

"Le caoutchouc a permis à l’État indépendant du Congo d’être propulsé sur la scène internationale et de devenir un enjeu mondial", détaille Bob Kabamba. Depuis le 19e siècle, le caoutchouc et son extraction suscite l’intérêt des puissances internationales. Encore aujourd’hui, cette matière première est l’une des richesses du Congo. Dans l’histoire de la colonisation par la Belgique, le caoutchouc résonne comme une torture pour le peuple congolais. "C’est l’exploitation dans son sens le plus terre à terre, le plus basique, le plus sauvage. C’était du capitalisme primaire. Les colons raisonnaient ainsi : j’ai besoin d’une matière première, je vais la chercher et l’exploiter quel qu'en soit le prix." Et le prix au début du 20e siècle se traduit en sévices, en villages volées, en humains tués, en mains coupées, etc. Pour s’enrichir sur le dos des Congolais.e.s, les colons belges ne reculaient devant rien. Maltraitance, privation de nourriture, mises à mort étaient le lot de celles et ceux qui tentaient de se soustraire au travail forcé. Le caoutchouc est également lié à l’affaire des mains coupées révélée par le diplomate britannique Roger Casement dans un rapport qui provoqua la constitution de la commission d’enquête sur les exactions commises dans l’État indépendant du Congo en 1904. L’une des conséquences de ce rapport sera l’annexion du Congo par la Belgique.

La photographe britannique, Alice Seeley, a immortalisé ces atrocités :

C comme chicote

Réel instrument de torture, la chicote – sorte de fouet tressé – a longtemps été utilisée par les colons sur les Congolais.e.s. Les colonisateurs se cachaient volontiers derrière l’excuse selon laquelle donner des coups était un moyen d’éduquer la civilisation. "Le colonisateur estimait que donner un coup de chicote revenait à mettre une claque à un enfant", explique le professeur de science politique. Pour le peuple congolais, la chicote était synonyme de torture. Un outil de subordination et d’asservissement.

C comme civilisation

Le but des colons ? Amener la civilisation au Congo. Aider ce pays à s’élever, s’industrialiser, se développer. "La civilisation était clairement l’alibi de la colonisation, ce derrière quoi les colonisateurs se cachaient pour justifier l’exploitation des terres et du peuple congolais." Mais pour les Congolais.e.s, cette notion de civilisation était largement incompatible avec certains principes de la culture locale et des modes de vies des habitant.e.s. Un prétexte pour justifier l’injustifiable.

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I comme Indépendance Cha Cha

Indépendance Cha Cha reste encore aujourd’hui l’une des chansons emblématiques du Congo. Bob Kabamba raconte : "Cette chanson de Joseph Kabasele (plus connu sous le nom Le Grand Kalé et considéré comme le père de la musique congolaise moderne, ndlr.) a été écrite dans un contexte très particulier. Kabasele et ses musiciens faisaient partie de la délégation de Congolais venus négocier l’indépendance du pays en Belgique. Indépendance Cha Cha a été jouée à l’hôtel Métropole à Bruxelles. Pendant que les politiciens discutaient, les artistes composaient et immortalisaient ce moment historique." Dans ce morceau, Kabasele raconte que le peuple congolais a enfin obtenu son indépendance grâce aux héros congolais de l’époque et de la lutte acharnée qu’ils ont menée. L’interprète est la première vedette africaine à se produire en Belgique.

C’est lors de cette négociation qui réunissait les autorités belges ainsi que les leaders politiques indépendantistes congolais (dont Joseph Kasa-Vubu et Patrice Lumumba), que la date de l’indépendance est fixée. "Mais, de la non-préparation à cette indépendance, découleront des rébellions au Congo et l’instabilité du pays pendant plusieurs années. Aussi, les objectifs défendus par les Belges étaient très différents de ceux des Congolais…"

L comme Léopold II

"Léopold II était un bâtisseur, un visionnaire, quelqu’un de moderne. Mais c’était aussi un pilleur, un exploiteur, le symbole du capitalisme sauvage et le responsable d'un massacre que l'on pourrait qualifier de crime contre l’humanité", détaille Bob Kabamba. Roi des Belges de 1865 à 1909, Léopold II est considéré comme le fondateur de l’État indépendant du Congo. Il a surtout permis le massacre de milliers de morts et autres atrocités commises sur le peuple congolais.

Vu comme le "roi bâtisseur", Léopold II a longtemps été glorifié mais cette vision tronquée de la réalité est en passe de changer. Depuis plusieurs années, associations et militant.e.s se battent pour le déboulonnage des statues des colons de l’époque dont Léopold II faisait partie. Aussi, ils demandent que la lumière soit faite sur ses actes. "Le momentum est bien choisi pour que la Belgique se pose enfin la question de son rôle dans la colonisation. Elle n’en a d’ailleurs jamais digéré la fin. C’est un peu comme une histoire d’amour qui s’est mal terminée et pour laquelle le divorce a été mal géré. Les conséquences se porteront toute la vie. Je ne suis personnellement pas pour un déboulonnage des statues. Je préfère la réécriture et le fait d’assumer. Que les messages qui accompagnent ces statues soient véritablement le reflet de qui étaient ces personnages dont Léopold II faisait partie", détaille le professeur. Pour Bob Kabamba il est indéniable que Léopold II représente une partie de l’histoire de la Belgique. Reste à faire la lumière sur tous ses comportements et présenter de manière claire et nuancée qui était réellement le deuxième roi des Belges.

S comme ségrégation

Pour parvenir à contrôler un territoire près de 80 fois plus grand que la Belgique ainsi que les 14 millions de personnes qui y habitaient à l’époque, les colons ont décidé de mettre en place une ségrégation et une catégorisation de la population congolaise. Les Congolais.e.s étaient divisé.e.s en trois couches. D’abord les indigènes qui correspondaient à la masse populaire sans réelle identité, celle qui ne compte pas mais qu’il faut bien mettre dans une case. À cette idée est également associé le mot nègre. Ensuite les immatriculé.e.s, c’est-à-dire celles et ceux qui ont un minimum d’instruction et accès à certains services. Enfin, les évolué.e.s, à savoir les élites qu’il fallait absolument contrôler. " Mais attention, ce n’est pas parce qu’on fait partie des évolué.e.s qu’on est égal à un Blanc. Un Noir restait un Noir et leur accès aux privilèges était limité. L’idée de cette classification était réellement de contrôler au mieux les Congolais.e.s et de les soumettre à des restrictions. "

Z comme zoos humains

Le 17 avril 1958 s’ouvrait l’exposition universelle de Bruxelles. Urbanisation de la ville, Atomium, pavillons internationaux, l’Expo 58 a laissé certaines traces encore visibles aujourd’hui. Mais il n’y avait pas que des marques de modernité. Au contraire. L’exposition universelle fut également l’occasion "d’exposer la vie congolaise" à travers les pires moyens qui soient et l’élaboration de zoos humains. "L’idée était d’exposer la vie africaine mais on ne tenait pas compte de comment les personnes étaient choisies pour être affichées. Des dizaines de Congolais.e.s ont été sélectionné.e.s pour faire le voyage jusqu’ici et être exposé.e.s aux Belges comme des objets. Plusieurs mourront d’ailleurs de maladies telles que la pneumonie et seront ensuite jeté.e.s dans une fosse commune. Sans enterrement digne. Sans humanité ", relate Bob Kabamba. Des images glaçantes et des comportements odieux de la part de certain.e.s visiteur.teuse.s qui se permettaient de jeter des bananes aux humains.

Mais ce n’est pas tout puisque des ossements humains des quelques résistant.e.s opposé.e.s au pouvoir et qui ont mené une rude bataille contre l’occupation de leur territoire seront envoyés en Belgique. L’idée ? Les faire analyser par des scientifiques afin de comprendre comment il était possible qu’ils soient plus intelligents, plus évolués que les autres. "On estimait que s’ils avaient résisté c’est qu’ils étaient plus intelligents et il fallait comprendre comment c’était possible. En réalité, ces preuves prétendument scientifiques visaient à prouver que, quoi qu’il arrive, le Blanc était supérieur au Noir, mieux développé que lui."

Ces articles sont rédigés dans le cadre de l’émission télé spéciale "Le temps d’une histoire : Il y a 60 ans, l’indépendance du Congo" diffusée le 26 juin à 20h20 sur La Une et à retrouver à tout moment sur Auvio.