De 1960 à aujourd'hui, 5 temps forts de l'histoire du Congo

De 1960 à aujourd’hui, 5 temps forts de l’histoire de la République Démocratique du Congo
De 1960 à aujourd’hui, 5 temps forts de l’histoire de la République Démocratique du Congo - © JOHN WESSELS - AFP

À l’aube des 60 ans d’anniversaire de l’indépendance du Congo, l’heure est à la commémoration. Ou plutôt à l’éducation. Celle de l’histoire de la colonisation de la Belgique sur le peuple congolais. L’occasion de faire la lumière sur cette période encore largement méconnue et tue. Au travers d’articles et d’émissions spéciales, la RTBF vous propose plusieurs portes d’entrée pour comprendre les enjeux et les conséquences de cette sombre partie de l’histoire.

Mais cet anniversaire est également le moment d’en apprendre davantage sur l’histoire du Congo de manière générale. Cet article propose de retracer cinq temps fort de l’histoire du pays après son indépendance, donc après les années 60. Réalisé avec l’aide du professeur en science politique à l’ULiège, Bob Kabamba, il donne une vision non-exhaustive de l’histoire contemporaine et des réalités actuelles de la République Démocratique du Congo.

24 novembre 1965, arrivée de Mobutu au pouvoir

Ce jour-là, Mobutu Sese Seko – né Joseph-Désiré Mobutu – accède au pouvoir et devient président d’un État qu’il rebaptisera le Zaïre et qui portera ce nom jusqu’à la fin de son règne plus de trente ans plus tard. Bob Kabamba raconte : "Mobutu a perpétré l’État colonial et est parvenu à préserver et à consolider l’œuvre de Léopold II. Sous son règne, le Congo est devenu un acteur important sur la scène internationale". À cette époque, le Congo a pris son indépendance de la Belgique depuis près de cinq ans. Les rébellions furent nombreuses et plusieurs provinces comme le Kassaï et le Katanga ont déclaré leur indépendance. En novembre 1965, le pays connaît une sorte d’accalmie. "Mobutu est arrivé à un moment propice où tout avait été mis en place pour lui. Il n’a pas eu grand-chose d’autre à faire que prendre le pouvoir."

Dans un premier temps, toute la communauté internationale donne son feu vert à la prise de pouvoir du nouveau chef d’État qui ne lâchera son siège que sous la contrainte à la fin des années 90. Mais au fil du temps, les méthodes de Mobutu et de son régime sont décriées et son non-respect des droits de l’Homme pointé du doigt.

Archive de la Sonuma de Mobutu à Bruxelles à l’occasion de l’expo 58. Il y parle de son métier de journaliste au Congo :

1974, apothéose du règne de Mobutu

Une dizaine d’années après avoir accédé à la tête du pays, Mobutu et son régime connaissent la consécration de leur règne. "C’est l’aboutissement. Le summum du développement du Zaïr. À l’époque, on considère que le pays est aussi développé que la Belgique et que toutes les autres puissances. Le PIB est plus qu’intéressant par rapport à aujourd’hui et les Congolais.e.s vivaient beaucoup mieux", détaille le professeur en science politique. Mobutu est parvenu à consolider le modèle colonial de Léopold II et contrôle l’entièreté du pays. La plupart des entreprises anciennement aux mains des étrangers sont nationalisées, l’armée et l’économie sont à sa solde et l’Église catholique a été mise au pas. En 1974, c’est tout le patrimoine congolais qui réside dans les mains de Mobutu.

1996 – 1997, chute de Mobutu et avènement de Laurent-Désiré Kabila

"Cet évènement est intimement lié au génocide du Rwanda. C’est en tout cas l’une des conséquences du génocide", analyse Bob Kabamba. La rébellion du Front Patriotique Rwandais (FPR) et Paul Kagame viennent tout juste de parvenir à prendre le pouvoir au Rwanda et de déclencher par la même occasion le départ de milliers de réfugiés rwandais hutus vers les pays limitrophes – dont une bonne partie à l’est du Congo. "Ces mêmes réfugiés vont tenter d’organiser une rébellion pour attaquer le Rwanda et le reprendre. Kagame l’anticipe et la contre en créant lui-même une défense avec l’appui de Congolais.e.s et de plusieurs autres pays étrangers. La mission initiale de cette manœuvre était de préserver le Rwanda de la menace de ces groupes ennemis. Mais la rébellion va se propager jusqu’à Kinshasa et aboutir au départ de Mobutu après 34 ans sans partage du pouvoir."

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En huit mois les rebelles prennent possession du Congo avec l’appui des armées des pays limitrophes tels que le Rwanda, le Burundi ou l’Ouganda. Mobutu est chassé du pays. Laurent-Désiré Kabila lui succède de 1997 à 2001 et devient président de la République Démocratique du Congo. Son fils, Joseph Kabila prendra le pouvoir après sa mort.

2019, arrivée au pouvoir de Félix Tshisekedi

Après des élections compliquées, Félix Tsishekedi remplace Joseph Kabila à la tête de la RDC et met fin à plus de vingt ans de règne de la famille Kabila. "Certain.e.s estiment que cette date marque le début d’une nouvelle ère pour la RDC, mais ce n’est pas mon ressenti, explique Bob Kabamba. Je ne vois pas l’arrivée de Tshisekedi au pouvoir comme étant une rupture avec le règne des Kabila. Pour moi il y a un continuum avec ce qui a commencé en 1997." Pour le politologue, Kabila et ses hommes sont, en réalité, toujours au pouvoir. Il illustre notamment son propos par le fait que 25 des 26 provinces de la RDC sont toujours aux mains des Kabila. Par contre, pour d’autres, l’arrivée de Félix Tshisekedi signe des changements de gouvernance et sociétaux. "Pour moi, on prend les mêmes et on recommence avec un autre président."

2020, entre espoirs et difficultés

Comme l’ensemble de la planète, la République Démocratique du Congo n’a pas été épargnée par l’épidémie du coronavirus. Touché dans un deuxième temps, le continent africain continue d’ailleurs de dénombrer contaminations et décès. Pour Bob Kabamba, cette pandémie pourrait cependant avoir un effet positif : celui d’impulser des changements. "En RDC, quand quelqu’un meurt du covid19 il est interdit de toucher le corps pour éviter d’être contaminé à son tour. Les corps sont donc parfois jetés dans la rue et ces personnes n’ont pas droit à enterrement digne. Je pense que ça va créer une frustration telle que la population congolaise va finir par se révolter." Pour le spécialiste, si les dirigeants des pays africains ne tiennent pas compte des revendications du peuple, ils risquent de voir leur régime s’écrouler. Au Cameroun par exemple, des attaques contre des centres de covid ont déjà eu lieu.

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En 2020, la RDC vit encore et toujours des temps compliqués. À l’est du pays, l’épidémie d’Ebola frappe les habitant.e.s. Dans le reste du pays, les groupes armés congolais et étrangers continuent de sévir. "Les conditions de vie restent difficiles, la monnaie est dépréciée, le peuple a du mal à joindre les deux bouts. Le Congo avance, mais les Congolais continuent de reculer." Par contre, Bob Kabamba voit en la jeunesse congolaise un espoir conséquent. "En 1960, il y avait grosso modo 110.000 Belges au Congo. Aujourd’hui, il y a entre 150.000 et 200.000 Belges d’origine congolaise. Les liens entre la RDC et la Belgique continuent de se renforcer sous une autre forme que celle que l’on a connue avant. La jeunesse congolaise est mobilisée et pleine de revendications. Que ce soit celle qui vit en Belgique ou celle qui vit là-bas. Quand je vois tous les mouvements antiracistes qui ont lieu actuellement, j’ai bon espoir. Les changements réclamés vont également atteindre le continent africain. Les jeunes veulent une meilleure existence et ça passe par l’accès aux études, la valorisation de leur diplôme, un salaire et un travail correct. Et surtout, ils veulent jouir d’une liberté d’expression. Pour moi, ce sont toutes des lueurs d’espoir."

Ces articles sont rédigés dans le cadre de l’émission télé spéciale "Le temps d’une histoire : Il y a 60 ans, l’indépendance du Congo" diffusée le 26 juin à 20h20 sur La Une et à retrouver à tout moment sur Auvio.