Rabban Bar Sauma, l'autre Marco Polo oublié de l'histoire

Aujourd’hui, le marchand et explorateur vénitien Marco Polo est inscrit dans les pages de l’Histoire pour avoir ouvert l’Europe sur l’Extrême Orient au XIIIe siècle. Saviez-vous qu'à la même époque, un moine chrétien nestorien* empruntait le chemin inverse ? 

Parmi ces personnalités qui ont "fait" l'Histoire sans forcément y laisser leur nom dans les manuels, découvrez cette fois Rabban Bar Sauma.

Qui est Rabban Bar Sauma ?

Au début du XIIIe siècle, l’empire Monghol de Gengis Khan recouvre la totalité de la Mongolie actuelle, la Chine, le nord de l’Inde et tout le Moyen-Orient jusqu’aux portes de l’Europe.

Avec un nom syriaque, Rabban Bar Sauma est issu d’une tribu turco-mongole, celle des 'öngüt', installée à proximité de la Grande Muraille. Né dans l’actuel Pékin vers 1225, il devint prêtre de la ville. Plus tard, il renonce à son mariage pour mener une vie de moine nestorien et pratiquer un ascétisme sévère. Reclus dans une grotte au milieu de la montagne, Rabban Bar Sauma est rejoint par son élève, Markos ou Markus, 20 ans plus jeune que lui.

Du pèlerin à l’ambassadeur chrétien

Désireux de mener un pèlerinage en Asie centrale, berceau du nestorianisme, les deux hommes d’Église prennent le départ avec, pour destination finale, Jérusalem. Leur périple s’avère plus difficile que prévu, à la croisée des montagnes, des steppes et des villes tantôt désertes, tantôt dévastées.

En raison des conflits entre Mongols et Mamelouks, une milice au service de souverains musulmans, les deux pèlerins sont bloqués à Bagdad.

Ces troubles leur barrent aussi le chemin inverse pour repartir en Chine. Entre-temps, Rabban Bar Sauma est nommé visiteur général - des fonctions qui le rapprochent de khan Arghoun, l’arrière-petit-fils de Gengis Khan.

À cette époque, Arghoun entendait s’allier aux chrétiens d’Occident pour s’en prendre aux Mamelouks et ainsi prendre Jérusalem. Dans cette idée et au vu de ses fonctions, le moine est désigné ambassadeur vers la Chrétienté.

À la conquête (pacifique) des souverains ouest-européens

C’est ainsi que Rabban Bar Sauma part à la rencontre de l’Europe, lui-même enthousiaste à l’idée de découvrir les sanctuaires, les églises et les reliques sacrées de cette terre inconnue.

En passant par Byzance, Naples, Rome, Gênes, Paris, Bordeaux, le moine croise la route de souverains européens notoires comme Charles II d’Anjou ou encore Philippe Le Bel, mais également celle d’un pape, Honorius IV. De retour à Rome à la fin de son périple, il sera d’ailleurs communié par le pape successeur, Nicolas IV.

Sa mission diplomatique demeure un échec puisqu’aucune alliance n’a pu être conclue avec les souverains européens, malgré son habileté rhétorique. L’année d’après, d’ailleurs, une autre délégation d’ambassadeurs échouera également à cette tentative.

Une figure d’ouverture sur le monde

Malgré cet échec, Rabban Bar Sauma pourrait se vanter aujourd’hui d’être un des premiers à avoir parcouru un tel chemin pour pousser les portes de cette partie inconnue du globe, au même moment où Marco Polo empruntait le chemin inverse.

Outre les nouveaux paysages, le moine put témoigner de l’existence d’autres cultures, d’autres manières de faire et de penser. À Gênes, par exemple, il découvre la possibilité de se passer d’un roi dans le cas d’un régime républicain. À Paris, aussi, il fut surpris par la présence de 30.000 étudiants.

* Les nestoriens sont les chrétiens qui suivent la pensée de Nestorius, patriarche de Constantinople (381-451). La doctrine du nestorianisme attribuait à Jésus-Christ une nature divine et une nature humaine.