Murena : chapitre neuvième : Les Epines

Murena : chapitre neuvième : Les Epines
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Murena : chapitre neuvième : Les Epines - © Tous droits réservés

Les talents conjugués d’un scénariste éclairé et d’un dessinateur hors-pair font de cette série un véritable chef d’œuvre de la bande dessinée historique.

Voici donc la suite –tant attendue- d’une série culte qui se plonge dans les méandres d’une Rome dirigée par un Néron omnipotent, omniprésent. Sans faux fuyants, sans se contenter de reproduire les constructions habituelles de cet univers, les auteurs, Dufaux et Delaby, réussissent à s’immerger, et à nous immerger à leur suite, dans une histoire où personnages réels et fictifs se mêlent intimement et avec une cohérence parfaite.

Une bande dessinée, c’est, bien évidemment, d’abord du graphisme. C’est le dessin, en premier lieu, qui attire le regard, qui donne envie d’ouvrir le livre, d’en feuilleter les pages, de l’acquérir ou de le rejeter. Et avec Philippe Delaby, on peut parler d’un talent exceptionnel, d’une puissance évocatrice sans commune mesure avec ce qu’on a l’habitude de voir. Son " style " a été, depuis le premier opus de Murena, souvent imité, parfois avec réussite, mais jamais avec la force qui est la sienne, la maîtrise qu’il a d’un réalisme qui frôle parfois l’hyper-réalisme, et qui parvient, toujours, grâce à la variété des plans choisis et à l’extraordinaire présence des décors, à enthousiasmer ses lecteurs.

Au-delà des nombreux personnages qui peuplent cette série, cette saga historique, c’est Rome qui est et reste, d’album en album, au centre-même du récit, de l’intrigue, de l’évolution des différents protagonistes. Une Rome qui, par bien des aspects, ressemble à l’univers qui est le nôtre. Mais une Rome, aussi, qui se différencie de notre présent de manière radicale. Et c’est en partant de destins humains précis que Jean Dufaux nous entraîne dans une restitution historique envoûtante.

Même si Rome occupe plus que le décor de cette série, ce sont quand même les héros, les anti-héros, qui font l’essentiel de l’histoire qui nous est racontée. Des personnages entiers, qui n’ont rien, jamais, de manichéen. Pas de " bons et de méchants ", dans Murena, mais des êtres complexes, et le bien et le mal qui se mêlent sans cesse. Des personnages qui existent, véritablement, et dont on sent, dans le dessin comme dans le texte, l’intérêt qui leur est porté par leurs auteurs.

Ce qui est remarquable également dans cette série, outre l’intrigue, le plaisir qu’on ressent, lecteurs attentifs, à suivre quelques existences exceptionnelles vécues dans une époque tout aussi exceptionnelle, c’est ce qu’on pourrait appeler le respect de la vérité historique. Même si, comme le dit Jean Dufaux lui-même, cette vérité historique laisse la place à l’imaginaire, sans cesse, à l’éloignement volontaire et réussi des clichés qui nous habitent, toutes et tous, quand on pense à cette époque troublée et trouble de l’histoire humaine.

Il faut encore souligner une qualité de plus à cette série, une qualité essentielle même : la mise en couleurs. Sébastien Gérard a incontestablement, sa part dans l’engouement que provoque Murena. La couleur n’est jamais un simple rajout. Elle participe pleinement à la dramaturgie de chaque scène, de chaque album.

Neuf chapitres, déjà, pour cette série. Des chapitres, oui, qui ont, chacun, leur propre unité. Des chapitres d’un grand roman historique dessiné. C’est, à mon humble avis, pour une œuvre comme celle-ci qu’il faudrait pouvoir utiliser le terme " roman graphique ", d’ailleurs, plutôt que de le faire pour ces productions qui, nombriliques, finissent par (presque) toutes se ressembler.

Murena : une aventure éditorial que tout amateur de bd se doit de connaître, de posséder, de lire, de relire, et de faire lire !

 

Jacques Schraûwen

 

Murena : chapitre neuvième : Les Epines (scénario : Dufaux – dessin : Delaby – couleurs : Gérard – éditeur : Dargaud)