Tim Burton : L'histoire de "Dumbo" ressemble à mon parcours chez Disney

Tim Burton au micro d'Hugues Dayez
Tim Burton au micro d'Hugues Dayez - © RTBF

A 60 ans, le créateur de "Edward Scissorhands" et de "L’étrange Noël de Mr Jack" revient chez Disney pour une adaptation "live" d’un dessin animé classique. Pour le studio, il avait déjà signé "Alice au Pays des merveilles" en 2010, il s’attaque cette fois à "Dumbo", le 4ème long-métrage animé de Disney, datant de 1941. Loin de se contenter d’une copie servile et paresseuse de l’original, il livre un "Dumbo" différent, environné d’artistes de cirque marginaux… Le "Freaks" de Tod Browning n’est pas loin.

Rencontre avec le réalisateur

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"Dumbo" est bien sûr un grand classique, ce n’est pas une histoire qui vient de votre propre imagination. Qu’est-ce qui vous a séduit dans ce projet ?

Tim Burton : Quand on m’a parlé de "Dumbo", ça m’a vraiment touché parce que ça représente quelque chose. Pas tellement le film, mais ce que le personnage représente. C’est un être étrange, les gens se moquent de lui, il a l’air bizarre. Travailler avec Disney, ça ressemblait à mon histoire en quelque sorte. Et ça fait longtemps que je travaille avec Disney, on a toujours eu une drôle de relation, et "Dumbo" représente bien ça pour moi, d’une bonne façon. Essayer de faire un film, ce que Disney faisait quand j’étais enfant, faire ces films… C’est la première fois dans notre vie qu’on découvre ces choses étranges : la vie, la mort, l’humour, la tristesse, la peur. Tous les films Disney présentaient tout ça.

Un des aspects intéressants de votre film, c’est que ça n’est pas qu’une copie de l’original avec de vrais acteurs. Dans l’original, il y a beaucoup d’animaux. Dans votre version, il n’y a que Dumbo entouré de nombreux personnages humains. Pourquoi avoir fait ce choix ?

Tim Burton : Comme vous le dites, je ne voulais pas d’animaux qui parlent, parce que c’est le dessin animé. Pour moi, je voulais retourner à ce que Disney était selon moi, c'est-à-dire des fables, raconter des histoires qui parlent d’émotions humaines. C’est pour ça que ça me paraissait bien d’avoir tous ces humains dans le film parce qu’ils reflètent ce que Dumbo traverse. L’enfant a perdu sa mère, Holt a perdu son bras, son travail, sa femme. Personne ne rentre dans les cases, parce que les gens sont des marginaux, le personnage d’Eva (Greene). J’adore que les humains véhiculent des thèmes parallèles. Je trouvais que ça restait fidèle à l’esprit de l’histoire de Dumbo tout en le rendant différent en même temps.

Était-ce difficile de trouver le bon équilibre entre le cœur du film, Dumbo et sa mère, et tous ces différents personnages ?

Tim Burton : Oui, ce que j’ai essayé de faire, pour le meilleur ou pour le pire, c’est de garder la simplicité de "Dumbo". Parce que c’est ça, "Dumbo", c’est un des films les plus simples qu’ils ont fait. C’est le plus court, ça traite de cette idée, ça a gardé sa force, l’image de Dumbo et ce que ça représente, comment trouver sa place dans le monde, la famille, pas de famille… Tourner un désavantage à son avantage. Ce sont toutes des choses auxquelles j’ai réfléchi pendant longtemps, et Dumbo représente tout ça très purement.

Vous avez choisi de tourner l’entièreté du film dans des studios au Royaume-Uni. Pourquoi ? Parce que vous aimé créer quelque chose de A à Z ?

Tim Burton : Dans ce cas-ci, oui. J’ai fait des films avec beaucoup de fond vert, mais construire des décors, de le faire de cette manière-là. On n’avait pas le personnage principal avec tous ces acteurs, donc c’était important d’essayer d’y apporter autant de réel que possible. Et aussi, même si c’est à grande échelle, dans le fond c’est une simple histoire de famille un peu bizarre. Je voulais que ça paraisse le plus réel possible avec ces décors.

D’un point de vue plus général, comment analysez-vous la nouvelle politique Disney de faire des remakes en live action de leurs classiques ?

Tim Burton : J’en fait partie, donc vous pouvez me tenir responsable en partie. Je n’y ai jamais pensé de cette manière. Quand j’ai fait "Alice", je me suis juste dit que ça me plaisait. Je n’ai pas pensé au fait que ça soit le point de départ pour une nouvelle tendance du remake. Et puis pour "Dumbo", j’aimais l’histoire. Mes raisons de faire quelque chose sont peut-être différentes de celles d’autres personnes. En y réfléchissant, c’est comme pour tout. C’est comme quand j’ai fait "Batman", je ne me suis pas dit "oh, ça va être un film de super-héros milliardaire". J’avais juste envie de faire ce projet. Je vois ça d’une autre manière que d’autres personnes.

Et quand vous faites une collaboration avec une grande entreprise comme les Studios Disney, est-ce facile de garder une liberté artistique ?

Tim Burton : Je pense que comme pour n’importe quel réalisateur, avoir de la liberté artistique, c’est juste la nature du cinéma. C’est comme un cirque, c’est pour ça que le cirque est un thème si important, parce que c’est du chaos. J’essaie toujours de garder ça. Mais c’est comme ça depuis le début. On essaie toujours de garder ça.