The Cinematic Saga of Tim Burton

Tim Burton , au festival "Tim Burton's Films World" présenté à Genk
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Tim Burton , au festival "Tim Burton's Films World" présenté à Genk - © YORICK JANSENS - BELGA

Selon ses propres termes, les fondements de ses personnages et des récits de Tim Burton seraient inscrits dans sa propre enfance, solitaire, et donc une manière de vaincre ses démons et, en même temps, de s’affirmer en tant que créateur.

Son univers, que d’aucuns disent "Fantastique",  "Gothique", "Expressioniste", voire "Horrifique",  s’abreuve directement à la source du cinéma expressionniste allemand des années 20 et 30  (Murnau, Lang, Wiene, Leni …) mais se veut également l’héritier d’une tradition de la littérature enfantine du 19e siècle.

Très doué pour le dessin (qu’il n’a jamais cessé de pratiquer), Tim Burton se tourne dès son plus jeune âge vers l'animation  … et sera embauché par les studios Disney, ce qui lui a permis (faute d’y trouver un monde qui lui corresponde) de faire ses premières armes et de réaliser ses deux premiers court-métrages "Vincent" et "Frankenweenie".  Deux petits bijoux que l’on peut, avec le recul, considérer comme un  manifeste artistique auquel il ne dérogera pas.

De "L’étrange Noel de Mr Jack" à "Dumbo", en passant par "Batman", "Edward Scissorhands”, "Ed Wood", "Mars Attacks!", "Sleepy Hollow", "Corpse Bride", ou encore "Alice au pays des merveilles" et "Miss Peregrine et les Enfants particuliers", la diversité de son œuvre rend son cinéma difficile à cerner mais, en même temps, c’est une manière, sinon de contester, au moins d’interroger la notion de genre !

Par ailleurs, la diversité formelle de ses réalisations (fictions, animation, stop-motion, 3D) est une sorte d’ode à l’imagination et à l’artisanat mais sans se priver des nouvelles technologies.  Côté récits et scénarios aussi, les  personnages et les univers souvent haut-en-couleurs, fantasques, mais n’en sont pas pour autant totalement irréels.  Autrement dit, l'imaginaire du cinéaste, fait de fantastique et de merveilleux va de pair avec un propos " politique " qui ne se prive pas d’ égratigner les représentations idéalisées de la société américaine en général (une banlieue américaine normative et dangereuse, par exemple) mais aussi les représentations trop lisses du cercle familial et de l’enfance.

Au-delà des filiations cinématographiques que l’on a déjà citées, il faut ajouter les liens très prégnants de Tim Burton avec les films de, notamment, Vincent Price, Bela Lugosi, Ed Wood mais aussi Ray Harryhausen (pour la stop-motion), et, bien sûr, l’importance capitale du dessin (et de la peinture) dans son cinéma …  et dans sa vie quotidienne ?

Enfin, si on insiste souvent, et à juste titre, sur la dimension "macabre" de la plupart de ses films,  ceux-ci sont tout autant gorger d’humour et de second degré qui en augmentent d’autant la qualité et permettent à Tim Burton de se construire un univers très personnel, à tout point de vue, mais qui résonne avec les désirs des spectateurs de tous horizons et de tous âges.

Pour nous en parler dans "Décadrages", Mélanie Boissonneau et Gilles Menegaldo.

Mélanie Boissonneau, membre de l’IRCAV, est docteure en études cinématographiques et audiovisuelles.   Elle enseigne à l'université Paris 3 Sorbonne-Nouvelle.

Outre un nombre conséquent d’articles, elle a publié :

"Les pin-up au cinéma", co-écrit avec Laurent Jullier, en 2010 aux éditions Armand Colin.

"Tim Burton : horreurs enfantines", ouvrage co-dirigé avec Bérénice Bonhomme et Adrienne Boutang, L'Harmattan 2016

pour lire un extrait

Gilles Menegaldo est Professeur de littérature américaine et de cinéma au Département d'Etudes anglophones et département Arts du spectacle UFR Lettres et Langues de l'Université de Poitiers

Spécialiste de H.P. Lovecraft et de Frankenstein, il publie régulièrement des articles concernant la littérature et le cinéma fantastique dans diverses revues.  Il est également  membre du comité de sélection du festival de cinéma les Rencontres Internationales Henri Langlois.

Ses principaux ouvrages sont :

"Frankenstein", Editions Autrement,/ collection Figures mythiques, 1998

"Dracula : L'oeuvre de Bram Stoker et le film de Francis F. Coppola", Editions Ellipses 2005 

"Les imaginaires de la ville : Entre littérature et arts" (Sous la direction de) Editions PU de Rennes 2007

"Le western et les mythes de l'Ouest : Littérature et arts de l'image", co-auteur, Editions PU de Rennes 2015

"Tim Burton : A Cinema of Transformations (Anglais)", (sous la direction de), Editions PUM 2018