Terreur et émerveillement: la science-fiction chez Steven Spielberg

Rencontres du troisième type
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La science-fiction et Steven Spielberg, c’est une longue histoire. De ses débuts, avec le long-métrage amateur "Firelight", à "Ready Player One", son dernier film en date, dans lequel il joue avec un univers virtuel ambitieux, le réalisateur américain a toujours voué une affection particulière pour les récits d’anticipation technologique et les histoires d’extra-terrestres. Partagée entre terreur et émerveillement pour ce que nous réservent le futur et l’infinité de l’espace, sa production en la matière est d’une richesse extraordinaire : elle nous dessine en filigrane son évolution en tant que réalisateur. Comme une conversation cinématographique sur plusieurs décennies, les films de Spielberg se répondent les uns aux autres, répétant les mêmes motifs et thèmes, les inversant et les contredisant fréquemment.

La sortie de son "Ready Player One", dans lequel il revisite la pop-culture des années 80 et ses propres contributions au canon cinématographique, est l’occasion rêvée pour explorer ce pan de son œuvre. Panorama de la science-fiction de Steven Spielberg, en 5 grands films :

Rencontres du troisième type

Les extra-terrestres du premier long-métrage de science-fiction "officiel" de Spielberg ont beau être amicaux, leurs effets n’en sont pas moins dévastateurs. C’est la cellule familiale qui éclate, alors que la fascination d’un père et mari aimant après une fameuse "rencontre du troisième type" devient rapidement une obsession destructrice. Majestueux, le film déroule les séquences d’anthologie : on pensera à ce navire abandonné en plein désert par les aliens, au kidnapping magique et terrifiant d’un enfant, et à cet acte final, où scientifiques, militaires et gens ordinaires, émerveillés et exaltés, font la rencontre tant attendue avec quelque chose qui les dépasse, et a le pouvoir de les changer complètement.

E.T. l'extra-terrestre

Avec son adorable extra-terrestre, ses charmants bambins, l’inoubliable musique de John Williams et sa main sur le cœur, "E.T." est sans conteste le film le plus explicitement adressé aux enfants que Steven Spielberg a réalisé. Mais enfance ne veut pas dire enfantin, et le long-métrage baigne autant dans la féerie (l’envolée nocturne du vélo devant la lune), que dans une imagerie parfois très marquante, comme le corps desséché de l’extra-terrestre mourant ou ces membres du gouvernement à l’air menaçant, dont on ne peut distinguer le visage pendant une bonne partie du récit... Sans en avoir l’air, le film confronte les plus jeunes à ce que l’inconnu peut avoir d’émouvant, mais aussi d’effrayant.

A.I. Intelligence artificielle

"A.I." a beau avoir lui pour personnage principal un enfant (un robot cette fois-ci) et une intrigue qui suit dans les grandes lignes celles de "Pinocchio", le film n’est pas forcément à mettre devant tous les yeux. Conte de fée aussi cruel que tendre, le long-métrage alterne entre scènes attendrissantes et séquences sordides en l’espace de quelques secondes parfois. Détail amusant et assez parlant : la lune, comme on a pu la voir dans "E.T." n'est pas une vision merveilleuse, mais un objet de menace.

C’est peut-être l’œuvre qui illustre le mieux cette dualité du cinéma de Spielberg de vouloir émerveiller tout en évoquant les frayeurs les plus enfouies. La peur de David l’enfant-robot n’est rien de moins que de ne pas être aimé par sa mère adoptive.

On s’étonnera peut-être d’apprendre que Stanley Kubrick avait initialement travaillé sur le projet, mais la cruauté du grand cinéaste est bien présente dans ce récit étrange, qui n’est pas dépourvu d’intérêt philosophique et de plaisirs cinématographiques.

Minority Report

Sur le papier, un système lequel les meurtres peuvent arrêtés avant d’avoir lieu semble idéal. Mais comme l’en atteste "Minority Report", adaptation d’une nouvelle de Philip K. Dick, la société parfaite n’existe pas. Suivant les pas du chef de la cellule précrime, qui se retrouve lui-même accusé d’un acte qu’il n’a pas encore commis, le film nous emmène dans une exploration des bas-fonds d’une ville futuriste, où les merveilles technologiques extraordinaires vont de pair avec les aspects les plus sordides de l’âme humaine. Réflexion ambiguë sur le système judiciaire, le film s’impose comme un grand thriller paranoïaque.

La Guerre des Mondes

Poursuivant sur cette même voie de science-fiction plus sombre, Spielberg adapte H.G. Wells pour un film d’invasion extra-terrestre. Reflétant peut-être sa vision du monde après les attentats du 11 septembre, Spielberg envisage l’attaque d’un point de vue assez terre-à-terre. Il nous donne à voir l’expérience d’une famille de classe moyenne qui n’a pas un rôle majeur à jouer dans le combat, mais doit néanmoins se battre pour sa survie.

Alliant le drame intime et le film apocalyptique, "La Guerre des Mondes" nous réserve quelques séquences particulièrement éprouvantes. On est loin du blockbuster attendu, et c’est tant mieux. À bien des égards, le long-métrage prend aussi le contre-pied de "Rencontres du troisième type" : les extra-terrestres sont ici malveillants, et la nécessité d’assumer son rôle de parent est clairement mise en avant. La boucle est bouclée, signe peut-être de la transformation de Spielberg de jeune cinéaste un peu fou à celui d’adulte plus mature, mais tout aussi talentueux.