"Seule la terre", brûlante passion entre hommes dans l'Angleterre rurale

God's Own Country
God's Own Country - © DR

"C'est très flatteur" d'être régulièrement comparé à "Brokeback Mountain" mais "ce sont deux films très différents", estime le Britannique Francis Lee, dont le premier long métrage "Seule la terre" évoque la lente éclosion des sentiments entre deux hommes dans une ferme du Yorkshire.

"Il y a des similitudes: deux hommes dans un endroit isolé, des moutons et un feu de camp", plaisante le réalisateur, lors d'un entretien à l'AFP. 

Mais la comparaison s'arrête là, son film montrant surtout la solitude du monde paysan et la difficulté à s'ouvrir aux autres plutôt qu'à vivre sa différence.

Récompensé à Sundance, puis au festival du film de Dinard, "Seule la terre" ("God's own country", en version originale) retrace l'histoire de Johnny (Josh O'Connor), qui travaille dans la ferme familiale du Yorkshire, où un saisonnier roumain, Gheorghe (Alec Secareanu) vient les aider. 

Une relation intense naît entre les deux hommes, qui bouleverse la vie de Johnny, jusqu'alors abonné à des relations de passage. 

"C'est un grand film d'amour", avait résumé l'actrice et réalisatrice Nicole Garcia, qui présidait le jury du festival de Dinard en septembre.

"Tomber amoureux et accepter une forme d'intimité peut être chose difficile", souligne Francis Lee qui a eu envie de filmer la région de son enfance, les Pennines (ouest du Yorshire), où il habite, après plusieurs années à Londres en tant qu'acteur. 

"Ma première envie était d'explorer ce paysage, qui m'a façonné physiquement et émotionnellement. C'est d'une part un endroit incroyablement sauvage, propice à la création et d'autre part, un lieu à la fois brutal et isolé", souligne-t-il. 

C'est cette rudesse qu'il a traduit à l'écran à travers le personnage de Johnny, jeune homme frustre, élevé par son père et sa grand-mère, qui n'a d'autre horizon que reprendre la ferme familiale et vivre dans une grande solitude. 

L'interprétation habitée de Josh O'Connor, récompensé d'un prix d'interprétation à Dinard, apporte beaucoup au film. 

"Je voulais montrer cet univers de manière authentique et ne pas détourner le regard", indique Francis Lee, qui montre des scènes de sexe crues et filme avec naturalisme la vie de la ferme.

Pour mettre son duo d'acteurs dans le bain, il les a emmenés trois mois avant le début du tournage dans le Yorkshire, les a formés à la vie de la ferme. "L'environnement a fini par les atteindre physiquement, ce qui a permis de se traduire à l'écran", explique le réalisateur.