Quand Hollywood se met en scène, entre grandeur et décadence

Scarlett Johansson dans "Ave, César !" (2016)
Scarlett Johansson dans "Ave, César !" (2016) - © Universal Pictures

Si on surnomme Hollywood l'usine à rêves, elle est également synonyme de cauchemars et d'espoirs déçus. Pour chaque acteur ou actrice qui triomphe aux Oscars, on en compte des centaines qui n'iront jamais jusque là, malgré tous leurs efforts. Pour chaque film qui offre un peu d'évasion au spectateur, on compte une multitude d'histoires sordides, de chantages et de scandales en tout genre.

Il ne faut d'ailleurs pas aller bien loin pour en avoir une démonstration, puisque l'histoire du cinéma américain est peuplée de films qui mettent en scène Hollywood, dans toute sa grandeur... et sa décadence. Ce mercredi verra par exemple la sortie du nouveau long-métrage de Quentin Tarantino, "Once Upon a Time in Hollywood", qui prend place en 1969, une période charnière pour l'industrie cinématographique, bouleversée par les changements de l'époque, mais aussi par les meurtres de la "famille Manson".

À l'occasion de sa sortie, voici 5 grands films qui s'attaquent à Hollywood, entre joyeuses célébrations et critiques acerbes.

“Boulevard du Crépuscule”, le film noir

C'est tristement connu : les feux de la rampe n'ont qu'un temps, particulièrement pour les actrices. Dans "Boulevard du Crépuscule" de Billy Wilder (1949), cette cruelle réalité prend des proportions dramatiques. Suivant les pas d'un jeune scénariste sans le sou (William Holden), le long-métrage nous emmène dans l'immense demeure de Norma Desmond (Gloria Swanson), star du muet, qui n'a pas perdu une once de sa flamme, mais que les studios de cinéma ont évincé des salles obscures. Film noir hanté par les fantômes qu'Hollywood a, en quelques décennies d'existence, déjà créé, ce chef-d’œuvre expose le septième art dans toute sa désillusion.

“Chantons sous la pluie”, la joyeuse comédie musicale

Si le passage du muet au parlant est une tragédie pour certains, il est une excellente raison de se réjouir pour d'autres. Débordant d'une extraordinaire joie de vivre, la célèbre comédie musicale "Chantons sous la pluie" (1952) nous emporte au cœur des studios américains, alors que le cinéma devient parlant. Accumulant les numéros musicaux d'anthologie, le film est un délice d'images et de sons, une célébration triomphante du cinéma et de ses possibilités. Envisageant Hollywood d'un œil plutôt bon enfant, les réalisateurs Stanley Donen et Gene Kelly ne résistent cependant pas à envoyer quelques petites piques à l'encontre du "star-system", en tout bien tout honneur. 

“The Player”, la satire du système hollywoodien

Satire mordante et quelque peu cynique, " The Player " (1992) cible à peu près à tout ceux qui gravitent dans le monde du cinéma : financiers véreux, scénaristes en panne d'inspiration et acteurs prêts à tout. Mais le film, qui met en scène un producteur menacé de mort (Tim Robbins), ne se contente pas de les passer au crible, mais s'attaque aussi aux productions hollywoodiennes. Jouant avec les codes du cinéma américain, le film de Robert Altman s'amuse avec ce que doivent être un "happy ending" et un héros, pour mieux nous dérouter.

“Mulholland Drive”, le rêve qui devient un cauchemar

Transformant ce qui devait au départ être le premier épisode d'une série en un long-métrage de plus deux heures, David Lynch a réalisé avec "Mulholland Drive" (2001) ce que beaucoup considèrent être son chef-d’œuvre, un film profondément dérangeant et bouleversant. Fidèle à lui-même, il nous propose un récit labyrinthique, onirique et riche de sens, qu'il serait probablement vain de résumer en quelques lignes, tant l'interprétation de ce qui s'y passe changera de spectateur en spectateur. Mais nul doute qu'il nous présente ici deux facettes du rêve hollywoodien. D'un côté, le fantasme plein d'espoir d'une actrice. De l'autre, la réalité, sordide et cruelle, qui vient balayer tout ce qui l'a précédé.

“Ave, César !”, la comédie absurde

Les frères Coen, eux, envisagent le milieu du cinéma avec un certain humour. Basé sur la vie Eddie Manix, gérant d'un grand studio dans les années 50, "Ave, César !" (2016) approche l'âge d'or du cinéma hollywoodien d'un œil à la fois moqueur, amusé et admiratif. En suivant les pas de ce personnage (Josh Brolin) chargé de résoudre tous les problèmes qui ne manquent pas de survenir sur les plateaux de tournages (et en dehors), le film nous dévoile un univers désordonné et absurde, où s'emmêlent stars capricieuses, scandales en tout genres, complots politiques et crise de foi. De ce joyeux et mordant capharnaüm ressort une idée : qu'il s'agisse de cinéma ou de religion, l'important c'est d'y croire.